Au Togo, mobilisation populaire contre la violation de la constitution

Grande mobilisation populaire contre le pouvoir à Lomé.
Grande mobilisation populaire contre le pouvoir à Lomé.

Au Togo, l’Internet mobile est toujours coupé, ce jeudi 7 septembre 2017, alors que de nouveaux rassemblements de l’opposition ont lieu. Une nouvelle journée de mobilisation massive contre le pouvoir, notamment dans les rues de Lomé. L’opposition ne lâche rien. Plus de 100 000 manifestants, selon Amnesty International, réclament les réformes constitutionnelles promises par le régime de Faure Gnassingbé depuis des années.

A Lomé, une foule déchaînée a brandi des pancartes et crié des slogans hostiles au régime de Faure Gnassingbé : "La dictature se nourrit du silence et de l’inactivité", pouvait-on lire sur l’une d’elles. "Les réformes, c’est des mensonges, on ne les croit plus. Si le peuple est décidé, rien ne peut l’arrêter, pas même l’armée", a assuré à l’AFP Armand Jarre, un manifestant de 26 ans.

L’opposition ne lâche rien et compte capitaliser sur cette sortie massive de la population dans les rues mercredi. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’au grand meeting qui clôturait la marche de cette première journée, Jean-Pierre Fabre a renouvelé l’appel au rassemblement pour ce jeudi.

En début d’après-midi, aux trois points de rassemblement, les choses se précisent. Malgré la fine pluie qui a arrosé Lomé ce jeudi matin, les manifestants continuent d’arriver. Drapeaux à la main, sifflet à la bouche, le rassemblement a presque des allures de carnaval. Certains manifestants abordent même des t-shirts sur lesquels il est écrit : "Les enfants du Togo se sont réveillés".

En clair, la mobilisation reste intacte. Les leaders, qui ont retrouvé la force de l’unicité d’action, veulent désormais mettre la pression pour obtenir cette fois ce qu’ils réclament depuis plusieurs années. Alors, la même marée humaine continue d’arriver et se rassemble pour le même mot d’ordre : le retour à la Constitution de 1992 qui prévoyait notamment une limitation des mandats présidentielle et une élection à deux tours, le vote de la diaspora et la réforme sur le Code électoral.

Le projet de loi de la discorde

Mardi soir, le gouvernement a pourtant voulu montrer sa bonne volonté en annonçant des réformes, mais cela n'a pas suffi à rassurer l'opposition. Les députés togolais sont convoqués en session extraordinaire le 12 septembre, mardi prochain, pour se pencher sur cet avant-projet de loi de révision constitutionnelle. Un texte qui fera l'objet de débats, d'amendements et qui nécessitera 4/5e des votes pour être adopté. Un texte qui prévoit une limitation des mandats présidentiel et parlementaire, et propose un mode de scrutin présidentiel à deux tours. Deux des principales revendications de l'opposition.

Le pouvoir tente d'apaiser la situation, mais ça ne suffit pas. Les manifestants pour beaucoup demande le départ pur et simple du président Faure Gnassimbé. Nombre d'opposants affirment en effet ne plus faire confiance au chef de l'Etat et aux autorités et parlent de manœuvres dilatoires pour qualifier cet avant-projet de loi.

Pour eux, la suite de l'histoire doit se jouer sans Faure Gnassimbé. Or il semble que rien dans le texte qui doit être examiné la semaine prochaine à l'Assemblée ne concerne la rétroactivité. Cela signifie que le président pourrait briguer aux élections de 2020 un nouveau "premier" mandat de cinq ans, renouvelable donc et potentiellement pourrait rester au pouvoir dix ans de plus. Du côté du gouvernement, on ne veut pas s'avancer là-dessus en expliquant que la version actuelle du texte sera probablement amendée. Les manifestants, qui ne cachent pas leurs espoirs d'alternance, ne veulent pas en entendre parler.

Internet toujours coupé au Togo

En plus de ces revendications de fond, l'opposition réclame aussi le rétablissement d'internet. Le réseau est coupé depuis mercredi sur tout le territoire togolais. Il est aussi impossible d'envoyer des SMS. Une censure dénoncée par Norbert Glakpe, président du chapitre togolais de l’Internet Society.

Le président Faure Gnassingbé a succédé à son père, le général Gnassingbé Eyadéma qui a dirigé sans partage le pays pendant trente-huit ans avec l’appui de l’armée, ce qui avait entraîné de violentes manifestations et une féroce répression. Faure Gnassingbé a été réélu en 2010 et en 2015 lors de scrutins très contestés par l’opposition.

Avec RFI/AFP

Plus d'articles de : International

Commentaires (1) | Réagir ?

avatar
salam benzzedine

Enfin les africains commencent à comprendre que l'indépendance n'est pas automatiquement synonyme de démocratie et de liberté. Le premier responsable en est d'abord la colonisation qui au départ a remis les clés des pays soi disant indépendants entre les mains des maffias locales ensuite c'est encore la colonisation qui a aidé à l'implantation et le maintien de régimes dysnatiques corrompus et vassaux des occidentaux. Mais alors ou est la solution ? Faut -il assister pendant des générations voire des siécles à ces tragédies, ou faut_il un printemps africain qui comme le printemps arabe, spontané au départ, et récuperé pour etre 'amener par la main àux catrastrophes que nous avons vécu ces dernieres années. Pour moi, pour l'Afrique c'est la grande question pour les décennies a venir