Rapport de l'institut Montaigne : la "succession pourrait aussi être un non-événement"

Pour l'Institut Montaigne, le régime a réussi à se reproduire depuis 1962.
Pour l'Institut Montaigne, le régime a réussi à se reproduire depuis 1962.

Dans un rapport rendu public, l’Institut Montaigne analyse les relations et rapports de la France avec le monde arabe et le Maghreb.

Diplomatie, religion, économie, pouvoir, francophonie, immigration… tout est passé en revue dans ce rapport de plus de 200 pages. Le document a pour ambition de servir de base pour une nouvelle approche des rapports de la France avec cette région.

En terme d’investissement, l’auteur du rapport observe qu’"au Maghreb, les barrières à l’entrée sont hautes, mais les opportunités importantes pour qui sait les franchir, notamment en Algérie. Les groupes familiaux nationaux de grande taille se développent vite et investissent dans les secteurs porteurs, créant de grands holdings familiaux composés souvent paradoxalement d’entreprises de taille relativement modestes". Puis de souligner comme pour faire équilibre que "le Maroc apparaît à première vue comme l’un des pays les plus stables de la région et les Marocains en savent gré à l’institution monarchique qui structure l’identité nationale marocaine".

Dans le même sillage de la densité des rapports entre l'Afrique du Nord et la France on lit que le Maghreb est surreprésenté en terme de voyageurs : "Plus de 3 millions de siège à la fois pour le Maroc et pour l’Algérie, 1,6 million pour la Tunisie, contre un peu plus d’un million pour les Émirats arabes unis et 400 000 pour le Qatar (en 2016)".

Dans les parties concernant l’Algérie, il est mentionné que notre pays "est un cas d'école". "L’Algérie est souvent présentée comme étant le pays le plus instable de l’équation. Si elle est en effet traversée par de nombreuses fragilités, notamment au niveau économique, le pays connaît une relative stabilité depuis la fin de la guerre civile en raison notamment d’un équilibre subtil entre redistribution de la rente pétrolière et contrôle de la société civile par un appareil sécuritaire extrêmement développé (les forces de police compteraient 200 000 membres). Le traumatisme de la « décennie noire » permet également d’expliquer l’atonie de la société algérienne face à un État sécuritaire très puissant, critiqué par beaucoup mais jamais sérieusement remis en cause depuis l’offensive islamiste au début des années 1990. Mais ces deux piliers de la stabilité de l’État algérien que sont la redistribution de la rente et le contrôle de la société par l’appareil de sécurité sont toujours fragiles. À l’instar des autres États rentiers, l’Algérie subit la chute des cours du pétrole, qui affectera ses capacités redistributives si elle dure trop longtemps. Aujourd’hui encore très peu endettée, l’Algérie peut faire perdurer son système économique encore quelques années. La principale menace qui pèse sur elle est moins connue : c’est l’épuisement de ses ressources gazières à l’horizon de dix ou quinze ans, ressources qu’elle comptait bien élargir de nouveau grâce au gaz de schiste. Mais, l’exploitation de ce dernier s’annonce plus complexe et plus incertaine que prévue.

De nombreuses manifestations locales ont eu lieu pour s’opposer aux premiers forages : dans ce cas comme dans d’autres, les populations ne se laissent plus faire par leurs gouvernants. Reste le conjoncturel et la succession à prévoir du président Bouteflika qui pourrait, dans le pire des cas, causer des affrontements entre les différents pôles de pouvoir (armée, services de renseignement, cadres du FLN, proches de l’ancien président) et ainsi déstabiliser durablement le système algérien dans son ensemble. Mais, cette succession pourrait aussi être un non-événement : le pouvoir algérien depuis 1962 a toujours réussi à se succéder à lui-même, malgré les coups d’État (Boumediene contre Ben Bella) et les assassinats (Mohamed Boudiaf)", lit-on dans ce rapport dont nous avons mis le lien ci-dessous.

Sur l'islam en France, nous apprenons que "l’ambassadeur du royaume d’Arabie saoudite en France, Khalid Bin Mohammed Al Ankary, a ainsi indiqué que l’État saoudien, depuis 2011, «avait participé au financement de huit mosquées françaises : les aides ont varié entre 200 000 et 900 000 euros par projet. Au total, nous avons versé 3 759 400 euros», soit en moyenne 750 000 euros par an." Malgré la densité des échanges et des intérêts, le rapport pointe le recul de l'influence française un peu partout et son manque d'ambition dans cette partie du monde. Aussi, il est conseillé que "le soutien à l’exportation par l’Arabie saoudite et le Qatar des idéologies salafiste et frériste au moyen d’une stratégie audiovisuelle et internet très élaborée, de financements associatifs, de formation d’imams officiant en France et de production de « littérature» religieuse doit être freiné et si possible stoppé".

Yacine K.

Lire ici le rapport dans son intégralité : Nouveau monde arabe, nouvelle « politique arabe » pour la France

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