Partage de la rente pétrolière et Etat de droit : quel processus ? (I)

L'Etat algérien est dirigé par un clan dont la seule obsession est celle de se maintenir.
L'Etat algérien est dirigé par un clan dont la seule obsession est celle de se maintenir.

Notre société est marquée, dans son imaginaire, par la grandeur de la guerre de libération nationale (qui a enfanté l’actuel Etat) et vit, à la limite, dans une crise existentielle et une perte de ses points de repère. La société scrute à l’horizon, un probable changement radical, consciente que ce « système », qui porte tous les signes d’un corps véritablement malade, ne peut encore perdurer, arrivé à ses limites.

Paradoxe du rêve d’une société et principe de réalité d’un système despotique. Un blocage qui continue d’alimenter toutes sortes de projections, de spéculations et d’initiatives. L’importante diminution de la rente pétrolière, les problèmes de son partage ainsi que les mesures d’austérité (mal ciblées) vont accélérer les évènements, redéfinir les termes de la paix sociale et peut-être, aboutir, espérons-le, à un nouveau contrat social. Retour sur un évènement, sa signification dans le paysage politique et les leçons à tirer de cette dynamique qui reporte, encore une fois, des mesures de rupture, arrivées à maturité. Cette contribution ne répond pas, de manière académique, à cette interrogation centrale, soulevée dans le titre, mais propose des matériaux, une réflexion politique, des pistes de solutions, aptes à nous amener, en définissant les étapes intermédiaires, vers la démarche collective de réalisation du projet historique, inscrit dans les gènes de la révolution de Novembre : la République démocratique et sociale.

L’option gouvernementale de l’équipe de Tebboune qui visait, symboliquement, à séparer le politique, c’est-à-dire les institutions de l'Etat, de la pression des cercles de l’argent, comme une probable issue à la crise politique (ou l’amorce d’une transition) a échoué, bloquée brutalement par d’autres forces, liées aux lobbies des affaires mais aussi aux enjeux des présidentielles ainsi que par la peur d’un "basculement" immaîtrisable ou d’une fracture politique. Cette initiative a surgi des principaux cercles du système, et même si elle s’est inscrite dans une perspective tactique, elle a généré une forte opinion exigeante, visant la réhabilitation des institutions de l’Etat, considéré comme le principal artisan des réformes institutionnelles, économiques et politiques. Ce brouillement d’une société vivante, à la recherche de cadres intègres dans des institutions transparentes, d’une meilleure utilisation des moyens de l’Etat et surtout d’une lutte résolue contre le bien mal acquis, le blanchiment de l’argent sale, la fuite des capitaux qui ont fait la "une" de tous les journaux, s’est pleinement retrouvé dans ces orientations. C’est la principale leçon tirée de ces évènements, au-delà des objectifs tactiques ou conjoncturels de ces cercles qui s’inscrivent toujours, dans le consensus présidentiel, mais avec des réserves et des contradictions.

Ces évènements racontent et font dérouler toute l’histoire de la société algérienne. Toutes ses accumulations, ses contradictions et la formation de ses classes sociales. C’est le résultat de tout un processus historique et principalement, de l’accumulation des "richesses", nées de la prédation, du détournement des crédits des banques, de la fuite des capitaux, du blanchiment d’argent, et des réseaux financiers dans l’informel que les services de l’état évaluent à 40 milliards de dollars. C’est l’émergence de couches parasitaires et de la bourgeoisie compradore et, il faut le préciser, la constitution et la prise de conscience de son "poids" politique, à la différence des étapes précédentes. Les chiffres disponibles affirment l’existence de plus de 80.000 importateurs et d’une oligarchie de 500 personnes, au maximum (M. Belhoucine, El Watan).

Selon l’expert et économiste pétrolier, Rabah Reghis, l’Algérie pourrait compter près de 4500 milliardaires qui disposent d’une fortune de plus d’un million de dollars (près de 11 milliards de centimes). Parmi eux, il y a 170 multimillionnaires avec des biens financiers excédant les 10 millions de dollars. Leur fortune cumulée est estimée à 119 milliards de dollars (Matindz).

La structure du système d’Etat bureaucratique, verrouillant les libertés des citoyens et limitant (ou manipulant) les organisations professionnelles et politiques, a permis et facilité la constitution de réseaux de captation de la rente pétrolière, en utilisant différents procédés et artifices et principalement, des complicités dans les centres nerveux de l’Etat ainsi que leurs connexions avec les réseaux de la finance internationale. Faute d’une présence effective de forces politiques (patriotiques, de gauche etc.) en mesure d’affronter le système despotique, en tant que tel, et d’assurer une transition ou une révolution. La pression de la société, sous toutes ses formes (militantisme, citoyenneté, médias et opinion publique etc.) assurant, une sorte de dialectique alimentant et participant à la maturation de toutes ces initiatives des cercles de l’état. L’inverse est aussi vrai.

Ces secousses internes, si on veut tirer une deuxième leçon, sont symptomatiques de fissures (ou de décantations politiques) qui vont donc se renouveler, sans aucun doute, dans les prochaines périodes, autour des présidentielles et d’autres réformes, institutionnelles, économiques et sociales. Il faut mettre les choses dans leurs proportionnalités et leurs perspectives historiques. Ce sont, fondamentalement, comme on les appelle, des luttes de palais. Mais avec cette différence, que les groupes de ce "palais" fermé, sont connectés à la dynamique de la société. A ce titre, l’expérience de transition démocratique des ex-pays de l’Est mérite d’être mise à profit. La principale contradiction, de notre point de vue, qui bloque le développement, la modernisation et la démocratisation de la société algérienne, est "le système d’Etat", obsolète, avec sa culture, ses valeurs et la nécessité d’un développement, en grand, d’un système national productif (les forces productives), avec aussi sa culture et ses valeurs du mérite, du partage, de solidarité et de justice sociale, dans le cadre d’un Etat civil et de droit. Le défi du changement, dans les prochaines élections présidentielles, est inscrit dans cette perspective stratégique.

C’est toute l’histoire mouvementée de la société algérienne, de la construction de son appareil d’Etat, sur la base des détachements de l’ALN et de ses cadres, dans les centres du pouvoir, qui ne formaient plus une homogénéité politique à l’indépendance, qui est résumée, racontée et dont on fait, nécessairement référence, indirectement, à travers cette analyse. En sachant que le noyau de ces personnalités de nationalistes (de différents horizons), de syndicalistes et de militants de gauche dont les conceptions ont évolué, par la suite, (et d’autres courants et dirigeants), a été, pour différents facteurs, tout au long de ce cheminement historique, affaiblit : le coup d’Etat de 1965 et l’arrêt brutal, d’une voie démocratique (Ben Bella a, dès l’indépendance, interdit le multipartisme et imposé le FLN, comme parti unique). On note aussi l’assassinat du colonel Said Abid, une personnalité progressiste, après le coup d’Etat raté de 1967, la dissolution de l’organisation des étudiants, l’UNEA et la caporalisation de l’UGTA par l’aile droitière du FLN, dans les années 1970, etc. Le pré-plan ou le premier plan triennal n’est mis sur rail qu’en 1967-1969. C’est avec le plan quadriennal (1970-1973) que la politique économique de l’Algérie indépendante est lancée… Les luttes pour un développement économique indépendant et pour le pouvoir, ont continués, en se croisant, fortement, à chaque étape de l’histoire post-indépendance de l’Algérie.

Après la mort de Houari Boumediene, pour résumer, c’est le tournant, à droite, vers l’infitah et une pseudo-économie de marché, sans règles établies et, enfin, la grande désillusion, à partir d’octobre 1988, pour les libertés, la démocratie et surtout, pour un multipartisme, finalement, de façade. Et un affaiblissement et des divisions du camp républicain… Dans les deux tomes de témoignages sur le parcours de Abdesselam Belaid, "Le hasard et l’histoire (1990)", interviewé par deux grands chercheurs, Mahfoud Bennoune et Ali El Kenz, il relate et décrit cette période d’édification d’une économie nationale et les difficultés de pilotage dues aux incohérences, conflits et contradictions de la «direction politique » de l’époque.

Enfin, avec la récente disparition de Redha Malek, ce grand intellectuel et patriote, il faut rappeler dans cette sommaire contribution, l’échec du projet d’union qui devait se réaliser, dans le feu de l’action et la lutte contre le terrorisme, entre les forces démocratiques et républicaines qui constituèrent l’ANR (en 1995) et les forces de gauche et modernistes qui se sont constituées dans Ettahadi-Tafat (1994), qui s’est redéployé, en 1998, dans le MDS. On évalue, maintenant, la dynamique que pouvait déclencher une telle union de ces forces dans un seul parti (même pluriel), mais aussi les préjugés, l’exagération des contradictions secondaires, les erreurs d’évaluation politique des patriotes algériens et le rôle négatif (évident) de certaines forces du pouvoir pour décourager un tel projet.

Avec le recul, on peut l’affirmer, la décennie noire du terrorisme islamiste, avec ses assassinats et destruction des infrastructures, entreprises publiques et privées, de toutes sortes (estimées à 24 milliards de dollars), n’a servi qu’à marginaliser l’élite républicaine et préparer, la voie maudite du néolibéralisme. La période de chasse aux cadres des entreprises du secteur public, pour "faute de gestion", il faut le souligner, est aussi un autre maillon, dans la destruction de notre économie nationale et de son potentiel managérial et s’inscrit, à mon avis, dans le même projet, la même perspective.

Il faut, un jour, pour le devoir de mémoire, car les archives existent, s’organiser légalement pour publier, pour les générations à venir et les autres sociétés, le livre noir sur les assassinats et la destruction du bien public et le bilan de la chasse aux gestionnaires et compétences nationales.

Ce qui rend difficile l'analyse politique, l’abstraction ou l’accès au réel, comme on l’affirme dans l’approche académique, c’est l’absence d’une visibilité, encore moins de la transparence, dans le fonctionnement institutionnel et ses contradictions. C’est un fonctionnement obscur, opaque, presque informel d'une institution fondamentale, comme la Présidence de la République. Mais, il faut reconnaître aussi, qu’en plus de ces difficultés, les universitaires et intellectuels progressistes ne fournissent pas, comme il se doit, l’éclairage intellectuel et politique suffisant qui permet de visualiser les acteurs politiques en scène, leurs idées essentielles et leurs positions respectives. La société apprend à analyser, à partir des faits, des résultats, des décisions concrètes prises et avec ses propres réseaux, au-delà des forces organisées. (A suivre)

Mustapha Ghobrini, Universitaire

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Commentaires (4) | Réagir ?

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oziris dzeus

rente pétrolière et Etat de droit ne vont pas ensemble, incompatibilité totale,

bill gates 62 ans 86 Mds usd

mark zukerberg 36 ans 56 Mds usd

soit à eux deux ils cumulent 98 ans et 142 Mds usd

alors que les 4500 milliardaires () en dinars -recensés dans cet article- cumulent 120 milliards usd et - avec une moyenne d'age de 30 ans- 135000 ans, c'est dingue,

l'écart est terrible,

1 million usd est la fortune moyenne d'enfants américains de mois de 14 ans,

10 millions usd est la fortune moyenne d'enfants américains ayant entre 15 et 20 ans,

c'est encore terrible,

l'état le plus riche au monde est la californie, 420 000 km, 40 millions d'habitants, avec un PIB de 2500 milliards usd, et c'est la plus grande puissance économique au monde si on tient compte des paramètres

superficie, population, PIB,

puisque ainsi la californie ne peut disposait de plus de ressources naturelles que des pays dont la superficie et la population sont double ou triple

la chine en est 23 fois plus grande avec une population 33 fois plus importante, et des salaires très bas 4. 5 usd/h pour 10 usd/h en Californie,

et surement que la force de la californie est donc son système politique de gestion et de gouvernance,

si la californie était restée mexicaine elle ne serait pas la californie,

sinon le mexique serait aussi puissant que les usa,

la différence entre les USA et les USM (mexique) c'est le type de gouvernance qui est aussi la différence entre la californie et pas seulment les autres états US mais tous les pays du monde,

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Massinissa Umerri

Le probleme fondamental le zami, est d'ordre moral - celui de la chektchuka demokhratik et baba-ulaire... Le Lobby est tout a fait naturel. C'est la "libre expression" et "defense des interets" des uns et des autres, ORGANISE'E ET CIVILISEE. Le problemeest le deni, de l'autre partie dans la bataille-du-lobby, ou les syndicats Autonomes mais surtout INDEPENDENTS. Puis, ce qui se fait dans cette chektchuka, c'est de la CORRUPTION CRUE, et non du Lobby.

La fonction de Lobby, necessite UNE PRESSE PLUS QU'AUTONOME ET INDEPENDANTE, mais AGGRESSIVE. J'espere que dans vos billets suivants, vous vous alarmerez sur LA CORRUPTION DES ALGERIENS DITS CITOYENS, plus que des Etreprises, qui a la rigueur, creent une activite'.

Quand a la productivite' et la faillite de la societe' et le pseudo-etat qui la met sous-couvercle, son centre de gravite' est le maintien du faux, moyennant une langue et religion d'abrutissement - Bref, la langue Arabe et la religion Islamique dans les ecoles, le financement des mosque'es - qui sont a detruire, tout simplement, comme une intervention chirurgicale, pour arreter la propagation d'un cancer. Que va-t-il falloir de tous ces enfants qu'on emmene voir un mouton se faire egorger ? Qui peut un tel enfant egorger sinon sa propre famille ou ses voisins ? Certainnement un kofar qui l'abattrait a distance. Brahim a sauve' son fils, etc. -

On n'en a rien a foutre. Au temps de ces histoires-la, nous n'avions meme pas de contact avec tout ce monde-la. Les Iles Canaris n'etaient pas solitaires - l'Atlantique avait sa propre culture et civilisation.

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Massinissa Umerri

"... Avec le recul, on peut l’affirmer, la décennie noire du terrorisme islamiste, avec ses assassinats et destruction des infrastructures, entreprises publiques et privées, de toutes sortes (estimées à 24 milliards de dollars), n’a servi qu’à marginaliser l’élite républicaine et préparer, la voie maudite du néolibéralisme. La période de chasse aux cadres des entreprises du secteur public, pour "faute de gestion", il faut le souligner, est aussi un autre maillon, dans la destruction de notre économie nationale et de son potentiel managérial et s’inscrit, à mon avis, dans le même projet, la même perspective. ... "

2 parties: Les Islamistes et les "cadres" bla bla.

Les jeunes Islamistes, sont a prendre comme des chiens enrage's, qui ont le merite d'avoir indique' COMMENT PROCEDER pour deraciner, cette merde de joomlookia sauvagia.

Les "cadres", bon disons que des gestionnaires capables, il n'y en avait pas - on rentrait dans la fonction public, pour VOLER ET EXECUTER LA HAINE DE SOI, en la projetant sur ses semblables, comme mepris.

Ce qu'on a vole' a la jeunesse Algerienne, c'est plus que de l'argent, identite' et dignite', mais leur avenir-meme. Il n'aurait jamais fallut vendre la moindre goutte de petrole a l'etranger - mais que du fruit et legume, pour acheter du savoir et rien que du savoir. Les Marocains et Tunisiens l'ont fait bordel ! L'energie sert a energiser l'activite' Humaine- la seule qui valorise, quelconque personne. Faire des douzaines d'enfants et dire qu'on les aime, c'est se foutre de la gueule du monde.

Quoi faire? Prendre le pouvoir, bordel.

Comment? Vous connaissez mieux que moi, l'episode 54 - 61. (notez 61 et non 62 !!!)

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