Limogeage de Tebboune : pourquoi ces analyses déroutantes ? (Ve partie et fin)

Il y a 4.600 millionnaires en Algérie
Il y a 4.600 millionnaires en Algérie

Si l’on réfère à plusieurs sources concordantes comme Afrasia Bank, l’organisme britannique New World Wealth et la Banque Mondiale, l’Algérie pourrait compter près de 4500 milliardaires qui disposent d’une fortune de plus d’un million de dollars (près de 11 milliards de centimes). Parmi eux, il y a 170 multimillionnaires avec des biens financiers excédant les 10 millions de dollars. Leur fortune cumulé est essimée à 119 milliards de dollars. Ce n’est certainement pas grand-chose comparée aux autres pays africains.

5- L’oligarchie algérienne est caractérisée par sa forte jouissance seulement

De ce fait, le pays occupe la 7ème place au niveau africain derrière le Maroc (6e) avec 4.600 millionnaires, l’Angola (5ème) avec 6.100, le Kenya (4e) 9.400, le Nigeria (3e) 12.300, l’Egypte (2e) 18.100 et l’Afrique du Sud (1re) 40.400 millionnaires. Près de la moitié des riches algériens, au nombre de 1900, sont établis à Alger qui est la 12e capitale en Afrique en terme du nombre de millionnaires.

Par rapport au fortunés de l’ensemble de l’Afrique estimé 145 000 millionnaires cumulant une fortune de 800 milliards de dollars, nos oligarques ne représentent finalement que près de 15%. Mais alors quelle est le problème ? Il s’agit sans aucun doute de la disparité puisque 80 % de la population algérienne sont confrontés aux difficultés de la vie en dépit du fait que les riches en Algérie ne sont pas nombreux. C’est l’une des conclusions qu’on peut tirer de cette enquête décennale effectuée par un organisme étatique, l’ONS. Une enquête réalisée depuis 2000 jusqu’à 2011 et qui a étudié profondément les dépenses de consommation des ménages entre les différentes catégories de la population durant toute cette période. Cette enquête a prouvé qu’il existe une très grande disparité entre les riches et les pauvres en Algérie. D’abord, les Algériens à la bourse modeste, et qui sont confrontés aux difficultés de la vie, représentent 80 % de la population algérienne.

| Lire : Limogeage de Tebboune : pourquoi ces analyses déroutantes ? (IV)

Un chiffre effrayant qui contredit, tout de même, les constats positifs dressés par les ministres algériens qui ne cessent de louer l’amélioration du pouvoir d’achat et les réalisations de l’Etat. L’enquête de l’ONS dément tout l'argumentaire du gouvernement et démontre que ce sont les riches qui dépensent le plus dans notre pays alors que les pauvres tentent de survivre. "En 2011, les dépenses des ménages les plus défavorisés n’ont représenté que 3,5% (157,1 milliards DA) de la dépense totale (4.489,5 milliards DA), alors que les dépenses de la catégorie la plus aisée de la société algérienne ont représenté 40% du total annuel dont un quart de ce total, soit 26% (1.167,2 milliards DA) a été réalisé par la classe supérieure".

L’ONS a élaboré des déciles de population en utilisant la dépense annuelle moyenne par tête. "La notion de décile correspond à celle de pauvre et de riche de la population”, selon lequel les déciles sont définis comme étant des groupes de 10% de la population, classés par ordre croissant selon la dépense moyenne par tête. Dans cet ordre d’idée, le premier décile (D1) correspond aux 10% du nombre global de la population algérienne (36,717 millions d’habitants à la date de l’étude, aujourd’hui 40 millions), soit 3,7 millions d’habitants, dont la dépense annuelle moyenne par tête est la plus faible (population la plus défavorisée). En revanche, le deuxième décile (D2) correspond aux 10% de la population (3,7 millions d’habitants) dont la dépense moyenne par tête est immédiatement supérieure à celle du D1 et ainsi de suite jusqu’au dixième décile (D10) qui correspond aux 10% de la population dont la dépense est la plus élevée (population aisée). Cette méthodologie a permis à l’ONS d’établir un constat éloquent :

La population la plus aisée a une dépense 7,4 fois supérieure à celle de la population la plus défavorisée.

Cette équation résume donc significativement les inégalités sociales en Algérie et qui caractérise l’oligarchie Algérienne. La deuxième caractéristique serait sans aucun doute l’étalement de ces richesses dans l’espace et dans le temps.

La société est pervertie par l’argent facile, trop souvent mal acquis. Les impôts ont engagé des opérations de vérification des fortunes liées aux signes extérieurs de richesse. Mais la lutte contre l’argent issu de la corruption, du blanchiment, de l’informel et du terrorisme est encore à ses balbutiements. Jamais un train de vie aussi dispendieux n’a été affiché si ouvertement en Algérie. Dans un pays en crise, les signes extérieurs de richesse qu’étale une partie de la population algérienne peuvent être perçus comme une provocation. Le culte que vouent les Algériens aux apparences de la réussite sociale les mène parfois aux pires excès. Derrière les piscines et les bateaux de luxe, apparaissent parfois de sombres histoires de corruption, de blanchiment d’argent, d’import-import et de terrorisme.

| Lire aussi : Limogeage de Tebboune : pourquoi ces analyses déroutantes ?(III) ?

Dans un pays où tout s’achète, les brigades de la Vérification Approfondie de aituation fiscale d’ensemble (Vasfe) ont parfois du mal à s’y retrouver, ce qui l’oblige à tout abandonner sous la pression des interventions et du noyautage des institutions de l’Etat. En définitive, les oligarques algériens ne sont ni besogneux ni industriels et ne visent aucune portée stratégique pour la poursuite de leurs affaires. Ils jouissent de leur richesse comme font ceux du pays du Golfe parce qu’ils amassent beaucoup en peu de temps. Par cet étalement, leur objectif primordial est la recherche d’un statut social qui marque leur présence et pourquoi pas leur pouvoir. Dans l’affaire de Tebboune/Haddad, c’est l’égo des uns et des autres qui a été touché. Ceci explique amplement l’illogisme de la suite des événements suivis par l’ensemble des citoyens algériens.

Rabah Reghis, consultant et économiste pétrolier

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Commentaires (7) | Réagir ?

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khalid merad

Le pdt de la république n'est plus aux commandes du pays, et celà depuis près de cinq ans. Des hommes proches et dans la confidence de ce centre de pouvoir effiloché et diffus, agissant ensemble en clan global organisent individuellement à leur tour pour leur ambition d'être toujours amarrés au centre névralgique de la décision politique nationale, des sous-clans leur permettant de faire des coups leur semblant fortifier leur présence et leur influence à l'horizon très proche d'avril 2019. Le pdt de la république vit, pour cause de maladie handicapante très grave dans une inconscience presque totale et permanente. Cette situation perdurant dans le temps crée une dilution dans le choix et la prise de décision politique nationale. Certes le frère conseiller en informatique du prdt est puissant, mais il n'est pas le seul joueur capable d'organiser des coups de jeu d'échec. Un sous-clan a utilisé le 1er ministre sortant à la manière d'une pièce de jeu d'échec, et lui a donné le rôle du cheval devant donner des talonnades aux 2 tours que sont le chef du fce et le SG du syndicat maison, normalement comptés comme affidés du sous-clan dudit frère du prdt. La stratégie et tactique du sous-clan à jouet 1er ministre sortant a été étranglée illico-presto par le sous-clan adverse du trio fce-syndicat maison et le conseiller spécial et personnel du pdt. Et les choses ont repris leur statu quo comme auparavant. Pointer du doigt une soi-disant léthargie de certaines forces d'opposition politique de la part de certains analystes politiques, est un non-sens, parce que dès le départ c'est un coup en sourdine au sein du même clan présidentiel crée et entretenu par certains de ses sous-clans. Une agitation politique créée en quelque sorte en intra-muros.

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moh arwal

Avant c 'était qui tue qui, maintenant c'est qui, vole qui ?

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