Rif : le mépris souverain de Mohamed VI

Le Rif réprimé.
Le Rif réprimé.

On sait le palais sourcilleux, voire très méfiant vis-à-vis de cette région traditionnellement rebelle qu’est le Rif.

Encore une fois le roi Mohamed VI a raté l’occasion de se montrer à la hauteur de la gravité de la situation. Vent debout depuis 10 mois, les Rifains espéraient, - les naïfs – que le souverain fera acte de mansuétude envers les protestataires du mouvement populaire, le Hirak. Il n’en fut rien dans son dernier discours.

L’homme est resté droit sur son trône. Aucune libération des dizaines de prisonniers qui croupissent dans les geôles du royaume. Il a préféré discourir sur l’Afrique, sa nouvelle terre de conquête.

Taghzut pour les Rifains ou El Hoceima pour les autres n’est pas prête de panser ses nombreuses blessures.

La ville est encerclée par des escouades de policiers qui surveillent tout mouvement suspect. La vie semble reprendre son cours en surface. Même les touristes sont encouragés par le palais à aller profiter des plages en proposant notamment des tarifs imbattables.

Cependant si les manifestations ont cessé, le Rif subit toujours la loi policière.

Pire la chasse aux activistes du mouvement se poursuit. Les réseaux sociaux bruissent toujours d’arrestations. Comme celle de Mohamed Almoqadam, un militant à Ait Hodaifa arrêté mercredi. Vendredi, les sbires du palais ont défoncé le domicile du domicile d’une activiste pour l’enlever devant sa famille.

Le palais n’entend reculer devant aucune méthode pour dompter le Rif, faire taire la révolte. On sait le palais particulièrement habilement dans l’achat du silence d’une certaine intelligentsia et la manipulation.

La méthode est éprouvée : la police rafle les activistes et les porte-voix du palais distillent la bonne parole dans les médias, notamment occidentaux. Ceux-ci ont fait preuve d’un silence coupable pendant de longues semaines sur la répression dans le Rif. Pas seulement puisque même les intellectuels marocains n’ont pas été d’un grand courage. Les Tahar Bendjeloun, ou l’humoriste Jamel Debbouz, habitués des plateaux télé et médias ont mangé leur cravate. Jamais deux sans trois, depuis quelques semaines, les limiers du palais ont été lancés sur les réseaux sociaux pour faire porter la parole du Makhzen et inonder les internautes de messages anti-Hirak, voire accusateurs de l’Algérie.

Mais il y a plus pernicieux encore…

A la faveur des derniers attentats en Espagne notamment, certains médias peu scrupuleux font un amalgame des plus insupportables entre le Rif et le terrorisme islamiste. Cette campagne diabolique ferme les yeux sur l’Arabie saoudite et l’idéologie wahhabite qui irrigue la pensée et les poches des extrémistes islamistes pour faire un parallèle nauséabond avec le combat du Rif.

On ne désamorce pas une bombe sociale ainsi. On ne mobilise pas une partie du peuple par le silence contre une autre partie. Ces enfumages de l'opinion dont sont friands les pouvoirs totalitaires peuvent fonctionner un temps mais ne feront pas taire la colère des familles qui ont leurs enfants en prison. Ni encore faire oublier les violences policières et les morts.

Hamid Arab

Marche de la dignité

Ce dimanche 27 août, une marche de soutien au Hirak inédite va traverser la frontière franco-allemande.

Conjointement initiée par les comités de soutiens au Hirak, section de Düsseldorf, Francfort et Strasbourg, la nouvelle sortie contestataire, baptisée "la marche de dignité", prévoie de mobiliser une "marche européenne" au départ de Kehl (Allemagne), à 14h00, vers Strasbourg (France) où elle devra sillonner les principales artères de la ville alsacienne. Le parcours de la marche prévoit de passer devant des instances européennes installées à Strasbourg. Notamment le Parlement européen, mais surtout la plus importante cours européenne des droits de l’homme.

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