"Pourquoi je n'ai pas écrit de film sur Sitting Bull", de Claire Barré

La couverture de l'ouvrage.
La couverture de l'ouvrage.

Il est des livres qui savent interroger notre âme profonde; il est des livres qui nous poussent à méditer sur le sens introuvable de notre passage sur terre. Le récit de Claire Barré, "Pourquoi je n'ai pas écrit de film sur Sitting Bull", en fait partie.

Du coup, on apprend beaucoup de choses en se laissant entraîner par ce livre magique. C'est un samedi, à midi, en déjeunant tranquillement en famille que Claire Barré voit le visage d'un Indien. Etrange apparition. Lorsqu'elle va sur google chercher des chefs indiens, elle reconnait tout de suite celui qu'elle vient de voir, c'est Sitting Bull, le chef emblématique d'un peuple écrasé par l'appât du gain et le désir de puissance de ceux qui sont venus en conquérants, sans valeurs humaines.

"Ma vie est sortie de son axe, comme une funambule qui aurait décidé de faire un pas de côté. Sans prévenir, ni envoyer de signaux annonciateurs de métamorphose, elle a quitté les rails de la raison", écrit Claire Barré. A l'âge de neuf ans, l'écrivain vivait aux USA; elle se souvient qu'un aigle royal avait fondu le ciel au-dessus de sa tête, en territoire indien. Plus tard, à Moscou, sur un immense pont, un corbeau la précéda durant tout le trajet : là, elle se rend compte qu'elle connait par coeur un poème de Roger Gilbert-Lecomte ; ce poème l'habitait. "Il n'est pas nécessaire que les aigles soient des corbeaux", disait Sitting Bull. "Qu'étais-je, moi ? Aigle ou corbeau ? Difficile à dire. ces oiseaux reflétaient peut-être des parts différents de ma personnalité. Représentaient deux aspects de ma présence au monde", souligne l'écrivain.

En se plongeant dans l'Histoire des Indiens, Claire Barré verse des larmes quand elle passe en revue le génocide dont ils sont les victimes. Un génocide souvent méconnu, souvent nié, souvent censuré. Né dans le Dakota du sud, Sitting Bull a eu un parcours extraordinaire : en 1876, il avait battu les troupes américaines dans la célèbre bataille de Little Big Horn; il s'était exilé au Canada avant de revenir sur ses terres où il est mis en prison. Pour comprendre le sens de cette étrange apparition, Claire Barré décide de consulter un chaman. Ce sera une femme, Elena Michetchkina qui l'interroge sur une éventuelle quête spirituelle. "Ma foi, si j'en ai une, ne se rattache à aucune religion précise et reposerait plutôt sur des impressions saisissantes vécues lors d'expériences d'états de conscience modifiée, provoqués par des drogues dans ma jeunesse. Avec cette perception particulière, élargie, je me sentais reliée à la lune, au soleil, aux particules de l'air, j'avais la sensation que tout était lié à tout et que nous étions tous les atomes d'une seule et même harmonie universelle, aussi disharmonique qu'elle puisse paraître quand on s'arrête sur chaque détail. Ces états m'ont toujours plongée dans des questionnements métaphysiques, axés plus particulièrement sur la raison de notre exil sur terre, et je ne crois n'avoir presque jamais pris de drogues dans un but purement récréatif", estime l'écrivain.

Aidée d'un tambour et du savoir de la chamane russe, Claire Barré va faire de nombreux voyages sans qu'elle ne se déplace. Pour être près de l'esprit de Sitting Bull, l'écrivain entreprend une virée aux USA où elle rencontre Ernie, un descendant de Siting Bull. Et sur les terres indiennes qu'elle comprend qu'elle ne va pas écrire de film sur le chef indien.

Avec ce récit flamboyant et touchant, Claire Barré continue une belle aventure littéraire déjà entamée par trois précieux romans, tous cités dans ce récit-même. Scénariste reconnue, Claire Barré confirme avec ce récit qu'elle est une voix qui compte dans la littérature française d'aujourd'hui.

Youcef Zirem

Pourquoi je n'ai pas écrit de film sur Sitting Bull, de Claire Barré, éditions Robert Laffont, en librairie le 17 août 2017...

Plus d'articles de : Culture

Commentaires (0) | Réagir ?