Chanson douce : sombre thriller de Leila Slimani

Chanson douce : sombre thriller de Leila Slimani

Qui n’a pas rêvé l’idéal pour ses enfants ? La meilleure personne pour les prendre en charge, pour s’occuper d’eux quand les deux parents travaillent ? Cette préoccupation est intégrée par les parents dès lors que les enfants viennent au monde.

Alors quand Myriam décide de reprendre le travail, elle se met à chercher la bonne personne pour s’occuper de ses deux enfants Mila et Adam. Paul, son mari, d’abord réticent, va lui aussi se laisser convaincre. De tous, Louise leur apparait comme la perle rare, la pépite des nounous… Seulement sous cette pépite se cache une âme malheureuse, un être tourmenté dans une détresse délirante qui va détruire cette sympathique famille en tuant les deux enfants.

L’histoire est d’une déchirante écriture qu’on peine à le lâcher. L’auteur a tissé les paragraphes de telle sorte à s’attacher le lecteur qui met les yeux dedans. On pressent les sentiments de chaque personnage, on les touche presque du doigt. Epoustouflant.

Myriam, cette mère de famille somme toute classique, tiraillée entre l’amour de ses enfants et sa passion de son travail, Paul, ce mari envahi par son travail dans le milieu musical, Louise, cette femme anéantie par sa vie passée avec un mari qui ne travaille pas, qui accumule les dettes… Louise qui travaille comme nounou à domicile, même si son mari n’aime pas que ça se fasse sous son toit… Tout pour rendre la vie de la nounou impossible en clair.

A la mort son mari, elle est obligée de quitter la maison, car elle a trop de dettes. Elle loue un petit studio. Elle vit seule, sa fille Stéphanie est partie après une fugue. Depuis, Louise ne l’a plus revue. Elle se retrouve donc seule et sans emploi quand Myriam et Paul cherchent une nounou. Elle se dit qu’il lui fallait coûte que coûte ce job. Elle est engagée. Au début tout se passe pour le meilleur des mondes. Trop bien même pour être vrai ! Louise n’a pas d’heure. Elle se présente aux aurores et part très tard le soir. Puis peu à peu, Myriam et Paul commencent à douter. Ils perçoivent quelques difficultés sans pour autant s’alarmer.

Mais l'indispensable Louise est malade de sa tête. Elle a beau le cacher rien n’empêche la descente aux enfers.

Ce roman est le deuxième de Leila Slimani. Il a obtenu le prix Goncourt 2016. Chanson douce est écrit d’une plume rageuse qui tutoie la réalité. Il fait vivre sensation et appréhension. A la dernière page de Chanson douce on en ressort affligé et la tête pleine d’interrogations.

Oui ce roman interroge les relations employés-employeurs, le mode de vie familial…

Chanson douce accroche et sensibilise au regard de l’autre. Si j’avais su, si j’avais vu…laisse-t-il suggérer au lecteur.

Laissez-vous entraîner par ce roman percutant, envoûtant mais sombre. Et racontez-nous comment vous le percevez. Qu’en pensez-vous ? Je vous invite à le lire.

Kassia G.-A.

Plus d'articles de : Culture

Commentaires (1) | Réagir ?

avatar
Kacem Madani

C’est vrai que « Chanson Douce » est un livre bouleversant qu’on lit d’une traite ! Au-delà de la monstruosité du drame final, lequel se profile dès la première page, mais dont on ne découvre l’étendue de l’horreur qu’en fin d’ouvrage, c’est la machine infernale de nos sociétés dites modernes qui est mis en relief de façon beaucoup plus subtile que la trame de l’Histoire ! Car la malade de la tête, comme vous la surnommez, est aussi une victime des mécanismes administratifs tout aussi monstrueux que le forfait fatal qu’elle commet, comme pour se délivrer du piège qui s’est refermé sur elle, au lendemain de la mort de son mari !

Aucun être humain, digne de ce nom, ne peut échapper à ce désespoir qui la broie sans pitié !

On ne le comprend pas facilement quand il touche les autres, mais le désespoir mène souvent au suicide ! Et ce geste d’horreur ultime est la façon sa façon à cette « malade de la tête » de mettre fin à ses jours de manière encore plus horrible que le suicide ! Evidemment, on comprend bien qu’à force d’oppression fiscalo-administratif, elle ait fini par perdre la tête, mais en-t-elle vraiment responsable ! Et si responsabilité aux deux drames doit être pointé du doigt, il doit s’orienter vers cette machine administrative qui vous broie dès que vous avez la malchance de tomber dans ses pièges !

À propos de désespoir, on apprend que des américains en meurent bien plus fréquemment qu’on ne le pense ! La hausse du taux de mortalité chez les américains blancs âgés de 45 à 55 ans a atteint des niveaux alarmants. Tel désespoir est particulièrement élevé chez les personnes qui ont perdu un poste bien rémunéré ! Passer, du jour au lendemain, d’un salaire qui se chiffre en centaines de milliers de dollars l’an à quelques miettes de dollars, qui peut prétendre résister à tel abattement ?

La course à l’avoir a transformé l’être humain en machine à surconsommer ! Rien ne semble plus le maintenir en vie que le fait de consommer toujours plus, toujours mieux ! Et quand la source d’avoir se tarit, c’est la panique et le désespoir qui prennent le relais !

Il serait intéressant d’avoir des statistiques concernant le suicide par désespoir, en France ! Nous serions certainement tous étonnés de leur ampleur ! Ne parlons pas de notre doux pays, l’Algérie. À part Saïd Bouteflika, l’imbécile heureux qui s’esclaffe au beau milieu d’un cimetière, il est à se demander qui d’autre peut se vanter de ne pas trainer sa petite dose de désespoir, quasiment au quotidien !

En tous cas « Chanson Douce » est un livre à lire ! D’autant que le style d’écriture verse dans fluidité manifeste qui le rend très agréable à lire !