Le wali : commis de l'Etat, saint patron ou deus ex machina ?

Les walis ne tardent jamais à un poste.
Les walis ne tardent jamais à un poste.

Commis de l'Etat, représentant du gouvernement au niveau de sa wilaya, le wali - pour lequel on aurait pu garder, en français, le nom de préfet, qui était en vigueur jusqu'à la fin des années 1960 -, est investi de toutes les missions régaliennes relatives à l'ordre public, à la sécurité des biens et des personnes, mais aussi des missions de développement, de l'encadrement de l'investissement et de la bonne marche des services publics.

Trop ou pas assez de tâches, de missions et d'occupations ? Le débat n'a jamais eu lieu sur ce chapitre, y compris lorsque le président, le Premier ministre ou le ministre de l'Intérieur procèdent à un mouvement dans ce corps (nominations, mutations, mise fin de fonction, départ à la retraite). Autrement dit, s'il y a un bilan fait sur la gestion d'un wali, cela demeure dans le secret des dieux. Il n'est jamais étalé en public. L'opinion et les administrés, sauf par les fécondes fuites qui passent au travers des interstices de l'administration, ne peuvent connaître les vraies raisons de ces mouvements, comme ceux intervenus au milieu du mois de juillet dernier.

Avec l'avènement de la crise financière induite par la chute des revenus pétroliers, le gouvernement a donné l'impression de paniquer et de chercher, dans le tas, des solutions qui seraient à portée de main. Pendant plus de deux ans, les mesures de surcharges fiscales grevant le budget des ménages et les appels du pied aux barons de l'informel pour mettre leur argent dans les banques n'avaient pratiquement rien apporté de nouveau en matière de perspectives de diversification des investissements et de rupture avec la rente pétrolière. Et c'est après un constat de carence que l'on fit appel à ces commis de l'Etat qui chapeautent les wilayas pour leur signifier leur nouveau rôle, consistant à devenir la "plaque tournante" des nouveaux investissements qu'il y a lieu d'attirer vers les territoires qui sont sous leur administration. On veut, désormais, faire de lui le chef d'orchestre des projets d'investissement, dans un contexte où toutes les articulations de l'administration sont plus que jamais rouillées, et ce, nonobstant les belles clauses du nouveau Code de l'investissement adopté en 2016.

L'intérêt accordé au mouvement dans le corps des walis de la République, et le suspense qui lui est intimement lié, sont en rapport direct avec cette image hypertrophiée de responsables aux larges prérogatives, mais qui, dans la machine administrative hyper-centralisée des institutions algériennes, en sont réduits à un maillon dont l'efficacité n'est pas toujours prouvée. Si, en octobre 2016, dans la wilaya de Mila, les populations avaient battu le pavé à minuit, c'est-à-dire dès l'annonce de la nouvelle du mouvement dans le corps des walis, pour soutenir le chef de l'exécutif qui y a officié à peine pendant une année et qui venait d'être muté à Boumerdès, en demandant son maintien à la tête de la wilaya, ailleurs, dans d'autres régions, on a presque "festoyé" à l'occasion du départ du premier responsable de l'exécutif local.

Au wali, sont symboliquement et par les textes accordés de larges pouvoirs dans sa circonscription administrative, la wilaya, dont la population peut parfois dépasser un million d'habitants. Mais, il serait sans doute présomptueux de mettre le wali dans la position d'un "Deux ex machina", détenant une baguette magique à même d'assurer la sécurité, l'ordre public, l'amélioration du cadre de vie des populations, le fonctionnement optimal de tous les services publics et la promotion des investissements. Cette vision découle d'une centralisation excessive des institutions qui mutile des segments entiers des démembrements de l'Etat et de la société civile de certaines fonctions à même d'élargir le cercle de la prise de décision et de fluidifier son processus. La pyramide des institutions administratives et élues est une parfaite illustration du mouvement descendant du processus de la prise de décision, en contradiction totale avec l'esprit des nouvelles règles du management de la gestion publique.

Comme l'a fait remarquer un analyste, l'administration algérienne "travaille pour elle-même". C'est une lourde machine budgétivore qui peine à justifier ses salaires et ses autres consommations. La preuve n'a pas besoin d'être cherchée dans une quelconque thèse universitaire, mais dans la rue et devant les façades et portails des grandes institutions, comme la daïra et la wilaya, où se donnent tous les rendez-vous de tous les protestations, qu'elles se rapportent à la distribution de logements sociaux ou à d'autres questions relatives aux déficiences en matière de services publics et de cadre de vie des populations.

L'obstruction du canal de la communication et l'absence d'autres cadres d'organisation et de débats, pouvant faire associer les populations à la gestion des affaires de la cité, amènent les différents segments de l'administration à se rejeter la responsabilité et à se "couvrir" par d'interminables écrits (courriers, PV, comptes-rendus,…), supposés dégager la responsabilité de tout le monde. Dans ce genre d'impasse, qui se répète à l'infini, le dernier recours demeure le wali, vu comme un justicier, sans doute même dans le sens originel et algérien du mot "wali" (tuteur, intercesseur,…). Il est des moments où le wali, ne se sentant pas la force de régler le problème tout seul, recourt à une…commission. Et l'on connaît, depuis des décennies, la maxime qui dit qu'en Algérie, pour diluer ou faire oublier un problème, on lui crée une commission.

La pyramide de l'administration algérienne, au cœur de laquelle se trouve la fonction de wali, l'organigramme qui la sous-tend, les prérogatives qui sont assignées à chaque segment de ce corps, et les ressources humaines qui le constituent, présentent une symptomatologie qui établit son inadaptation aux défis actuels du pays. Déjà, bien avant la crise financière et économique d'aujourd'hui, une commission spéciale, installée par le président Bouteflika au début des années 2000, sous la présidence de Missoum S'bih, avait fait un diagnostic peu flatteur des différentes structures de l'Etat, concluant à leur peu d'efficacité sur le terrain. Bureaucratie, centralisation de la prise de décision, déficit flagrant de formation du personnel, manque d'implication des agents publics sur le terrain,…etc. Le rapport de la commission, qui n'est jamais rendu public dans son intégralité, a aussi insisté sur les prérogatives à accorder aux régions et aux wilayas dans un esprit de véritable de décentralisation.

Plus d'une décennie plus tard, avec la crise financière qui met à nu les divers dysfonctionnements des institutions, l'Algérie a besoin, plus que jamais, de revoir le schéma d'organisation du territoire, les missions dévolues aux différentes structures de l'Etat et la qualité de formation des agents publics. Faute de quoi, tous les discours sur l'amélioration de la qualité des services publics- pour lesquels il est même crée… un Observatoire-, sur l'amélioration du climat des affaires, dans l'objectif de hâter la diversification des activités économiques, et sur la lutte contre la corruption demeureront des professions de foi sans lendemain.

Au moment où - en pleine crise des revenus pétroliers et en pleine zone d'incertitude quant aux solutions à engager comme alternatives à la rente pétrolière déclinante- la population, les partis politiques, la société civile et les opérateurs économiques s'attendaient à une décentralisation plus large des différents démembrements de l'Etat et du processus de concertation et de prise de décision, l'impression qui se dégage du fonctionnement actuel de la pyramide institutionnelle, est que l'on n'est pas "pressé" de donner un contenu concret à cet idéal, ni même à mettre en œuvre les instruments de la "démocratie participative" sur laquelle ont pourtant bien discouru les trois derniers ministres de l'Intérieur (Ouled Kablia, Belaïz et Bedoui).

Pourtant, à l'échelle des pays développés, il a été prouvé que l'implication des populations et de la société civile dans la gestion des affaires publiques fait émerger de nouvelles énergies et de nouvelles synergies, travaille mieux pour la gestion rationnelle des ressources (naturelles, financières,…) et des territoires, et consacre dans les faits l'idéal de l'intégration nationale, avec les richesses des diversités régionales.

Avec des wilayas déléguées ligotées dans leurs missions, des walis qui "passent comme un vent" au bout d'une année, des codes de la commune et de la wilaya qui n'arrivent pas à se mettre au diapason des exigences de la modernité politique et administrative du 21e siècle, il est pour le moins aléatoire de s'attendre à des changements substantiels par le seul fait de muter les walis ou d'en nommer d'autres.

Amar Naït Messaoud

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Commentaires (6) | Réagir ?

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moh arwal

@Atala:

jr comfirme que moi aussi que:

De votre commentaire n'est vraissemblable que la derniere phrase, c. a. d. "A vrai dire, je ne comprends rien.

vous surfez sur les problemes a un niveau epidermique. Le mal est plus profond

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Massinissa Umerri

J'ai donc, il y a quelques semaines, poste' un commentaire dans ce sens, dans une "analyse" de cheikh Mebtoul, qui se perdait dans les chiffres, cependant HORS-SUJET.

Concernant celle-ci (analyse), la technique est la meme au sous-niveau suivant n'est-ce pas ? c. a. d. la "Daira" et en est-il de meme au sous-sol, c. a. d. les COMMUNES - la structure institutionnelle la plus proche du Citoyen.

Tout compte fait, c'est le lien Indirect, entre le Barzidan et le dit "Citoyen" qui n'est tout compte fait que celle de SUJET.

Ainsi, quand on dit d'un berzidan "Un Souverain", dans une Republique, on enttend UNE (souverainete') REPRESENTRATRICE de celle de MILLIONS de Citoyens - Sauf dans les ROYAUMES, ou c'est la Souverainete' du Chikour, qui s'ettend a celles de ses sujets. Cela pourrait marcher a l'echelle internationale "peut-etre", mais pas a l'interieur du pays meme.

Vue de plus pres, c'est la structuretype des organisations religieuses, dont l'example classique le Vatican - Une souverainete' reconnue a l'ONU. Nous sommes loin de sortir de l'auberge. Souvenez-vous, qui parmis tous les Etats du monde a trouve' le FIS comme un partenaire legitime pour trauquer avec? Le Vatican, alors que le seul troc ou il devrait mettre ses doigts est dans la gestion de la ville dite "sainte" Jerusalem.

La question qui se pose est: Votre Souverain Berwitta, et celles qui l'ont intronise', ignorent-elles tout ca, ou est une tout simplement une question de MEPRIS PRIMAIRE, envers les Algeriens ?

Oui, relisez ma question une 2nde fois, la question ne parle pas d'IMPOSTURE, c. a. d. une triche pour voler, c. a. d. gain mateirel/financier, mais un DENI d'existence et un mepris.

Dans les lois Americaines, VOLER fait partie du Code Civil, mais Tuer Tuer et Torturer, c. a. d. infliger une paine physique ou psychologique est Criminel. Il est clair qu'il n'y a pas de frontiere en Algerie, comme en temoigne plus d'uyn demi-siecle de dictature brutale.

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