La littérature américaine du XXe siècle

La littérature américaine du XXe siècle

La littérature américaine du XXème siècle nous a tous, à divers degrés, au même titre que le cinéma, fait rêver avec ses immenses plaines et de ses paysages à couper le souffle.

Cependant, au contraire du cinéma, la littérature a été foncièrement réaliste. Elle a, au cours des dernières décennies, développé et accentué sa libération du puritanisme ou des tabous de jadis. On ne remplace plus les mots par des tirets ou par des points de suspension, on appelle un chat un chat. Le langage des homosexuels et des autres communautés s’est intégré à l’écriture. Et cette littérature s’est enrichie de l’apport des latino-américains, des asiatiques, des anglophones d’ailleurs…

Le roman a toujours été critique. Les écrivains, pour la plupart, sont opposés à "l'American way of life". Beaucoup ont répudié le culte de Mammon et se sont élevés contre l’accumulation de richesses matérielles, le racisme, le conformisme. Presque tous, de façon active, ont manifesté contre la guerre du Vietnam et leur désapprobation vis-à-vis de la politique étrangère de leurs gouvernements successifs. Norman Mailer, Le Roi Jones, Susan Sontag sont des écrivains "engagés".

Il y a là, d’ailleurs, une tradition véritablement américaine. De génération en génération, des intellectuels ont dénoncé la guerre, la barbarie des mœurs et plus généralement, ce qui est convenu d’appeler le mal. La tradition d’Henry David Thoreau, d’Herman Melville, de Walt Whitman et de Ralph Waldo Emerson a été reprise par Norman Mailer, James Purdy, Thomas Pynchon…

Beaucoup de ces écrivains se sont opposés à l’optimisme béat prévalant dans la presse. On pense parfois à la phrase de James Purdy : « Heureux les pays où les écrivains sont tristes et les commerçants sont contents ! » Les romanciers de la deuxième moitié du XXème siècle, obsédés par le milieu qui les entoure, semblent pratiquer le culte de la laideur. C’est ce que leur reproche d’ailleurs une minorité d’écrivains qui, comme Anaïs Nin, souhaiteraient faire revivre la beauté et la poésie dans l’art d’écrire.

Un palliatif ancien continue cependant à sauver la littérature américaine d’un contexte sordide, c’est l’humour pratiqué à des degrés divers dans la description de la comédie humaine ou des plaies dont souffre l’humanité : humour pudique chez James Purdy, William Goyen, et jusqu’à un certain point chez Saül Bellow ; humour compatissant d’un Norman Mailer ou d’un William Styron ; humour féroce d’Edward Albee et de Thomas Pynchon ; humour dévastateur de William Burroughs ou de LeRoi Jones ; humour rabelaisien et parfois dantesque de John Barth et de William Baldwin.

Où en est la littérature américaine d’aujourd’hui ? D’aucuns sont prêts à affirmer qu’elle ne s’en va nulle part, qu’elle piétine sur place, que rien de nouveau n’est apparu récemment à l’horizon. La littérature d’avant 1950 était déjà pessimiste, celle d’après 1950 représenterait les multiples essais d’un désespoir qui plonge ses racines dans la période antérieure — un désespoir autour duquel les auteurs américains tournent en rond sans grande perspective d’évasion.

Et pourtant, la littérature a toujours cherché de nouvelles directions, qui sont éventuellement d’anciennes voies mieux balayées. Et ce pays est capable de se renouveler dans tous les domaines. Dans celui de la littérature en particulier, le XXIème siècle a vu la naissance de nouveaux talents qui ont pour noms Jonathan Franzén, Daniel Mendelsohn, Lauren Groff, Jonathan Safran Foer ou Gary Shteyngart mais cette période ne recueille pas notre intérêt pour aujourd’hui.

Il y a une obsession du passé, des valeurs morales disparues chez John Updike, chez Thomas Pynchon, chez Edward Albee, et, avec Flannery O’Connor et toute la tradition catholique derrière elle, le pessimisme a de grandes chances d’être surmonté.

Avec Erskine Caldwell, il y a un retour à Kierkegaard et un désespoir abyssal qui, lui aussi, offre une chance de salut.

Chez Henry Miller et ses disciples, on trouve une influence des thèmes, chers à Emerson et à Whitman. On écoute une petite voix intérieure. On mentionnera également ici l’attraction exercée par les "sages" hindous sur certains écrivains comme J.D. Salinger ou Jack Kerouac ou même Allen Ginsberg.

Semaine après semaine, auteur après auteur, j’aurai la joie et le privilège de vous parler de la vingtaine d’écrivains qui m’ont donné cet incommensurable plaisir de la lecture de leurs livres avant que je n’aille découvrir sur place l’objet de leurs si belles descriptions. A commencer par l’inénarrable Norman Mailer.

Kamel Bencheikh













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