Endettement : Souveraineté ou petit orgueil de Bouteflika ?

Endettement : Souveraineté ou petit orgueil de Bouteflika ?

C'est le nouveau Premier ministre qui prend la responsabilité de l'affirmer, quitte à se désavouer dans quelques mois : l'Algérie ne va pas recourir à l’endettement extérieur malgré les graves problèmes de trésorerie provoqués par la chute des prix du pétrole.

Abdelmadjid Tebboune use de vocables résolus : “Il est hors de question de recourir à l’endettement extérieur et nous ne voulons même pas y penser. Nous refusons d’hypothéquer notre souveraineté quelle que soit la situation, et ce sont là les instructions du Président de la République". Ce même président qui avait fait le serment, en 1999, de "relever la tête de l'Algérien", de projeter l'Algérie dans un univers de prospérité et qui, aujourd'hui, 19 ans plus tard, nous invite à compter nos sous.

M. Tebboune nous apprend que "nous allons compter sur nos capacités, petites ou grandes soient-elles" pour continuer à financer les projets de développement prioritaires notamment en matière de logement, de santé et d’enseignement, à payer les salaires et à importer à hauteur de 35 milliards de dollars par an".

Le nouveau Premier ministre chargé de se faire l'écho des délires présidentiels sait que tout cela est mensonges, que la crise est bien plus profonde qu'il ne le dit et que le recours à l'emprunt extérieur est inévitable. Du reste, il l'avoue, à demi-mot, dans ce même discours : "Nous sommes au milieu du gué. Ou nous avançons ensemble, ou on va être emportés". Autrement dit, la souveraineté ne tient qu'à un fil. C'est la dure réalité, après 19 ans de pouvoir de Bouteflika. La souveraineté, il fallait y penser entre 2001 et 2013, quand le pétrole valait quatre fois le cours actuel, que les caisses étaient pleines et que, faute de projet, faute de liberté d'initiatives, faute de transparence dans la gestion des recettes pétrolières, on a gaspillé cette manne financère qui ne se renouvellera plus et qui aurait pu doter le pays d'un dispositif industriel, agricole et de services qui aurait suppléé à la baisse des cours pétroliers.

Mais las ! Les exportations hors-pétrole sont toujours de 3% après 19 ans de bouteflikisme ! En vérité, ce n'est point la souveraineté qui intéresse le président, c'est sa petite image : il veut rester dans les mémoires comme l'homme qui a remboursé par anticipation a dette algérienne. Retourner à l'endettement extérieur, durant son règne, lui enlèverait cette gloriole. Il ne serait plus le président qui a désendetté l'Algérie, mais le président qui l'a désendettée pour mieux l'endetter. Et cela serait insupportable pour Bouteflika et son clan. Pourtant, cher M. Tebboune, vous savez bien que c'est cela qui va se produire dès 2018.

La rédaction

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Commentaires (3) | Réagir ?

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oziris dzeus

1-Votre créancier vous surveille et cherche a savoir ce que vous pouvez faire avec son argent pour qu'il soit certain de toucher ses intérêts et de reprendre son argent le moment venu, et il vous protège contre le gaspillage de son propre argent,

2-quand on a des dettes on fait attention à ses dépenses pour pouvoir rembourser ses créanciers,

Tous les pays qu ont payés leurs dettes par anticipation -pour échapper aux contrôles du FMI et de la banque mondiale et ainsi avoir la liberté de flamber l'argent des peuples - ont finis par couler,

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khelaf hellal

"Dans le cabaret de la globalisation, l'Etat se livre à un strip-tease au terme duquel il ne conserve que le minimum indispensable : sa force de répression. Sa base matérielle détruite, sa souveraineté et son indépendance annulées, sa classe politique effacée, l'Etat-nation devient un simple appareil de sécurité au service des méga-entreprises. Au lieu d'orienter l'investissement public vers la dépense sociale, il préfère améliorer les équipements qui lui permettent de contrôler plus efficacement la société. "

Sous-commandant Marcos - Armée zapatiste - Le Monde Diplomatique, août 1997

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