"Zabor ou les psaumes", de Kamel Daoud : quand l'écriture sauve de la mort

La couverture de l'ouvrage "Zabor ou les psaumes".
La couverture de l'ouvrage "Zabor ou les psaumes".

C'est un roman-conte plein d'enseignements et d'audace. "Zabor ou les psaumes", le dernier roman de Kamel Daoud est une belle ode à l'écriture, aux mots, aux livres et aux questionnements salvateurs.

Orphelin de mère, Zabor, le personnage principal de ce texte captivant, assiste, tout seul, le vendredi 8 août 1984 à la mort de son grand-père Hadj Hbib. Zabor n'a alors que quatorze ans mais il trouve le réflexe de lire au père de son géniteur Hadj Brahim un extrait de roman écrit en langue française. Zabor ne vit pas avec son père, Hadj Brahim qui s'est remarié. Hadjer, une tante célibataire l'accueille chez elle, dans une demeure un peu à l'écart d'Aboukir, ce village qui ressemble à tant d'autres dans ce pays fier de son indépendance depuis quelques années.

Devant tous les malentendus qui se dressent devant lui, Zabor se réfugie dans la lecture, puis l'écriture; il noircit des cahiers et il se découvre un pouvoir insoupçonné. "Ecrire est la seule ruse efficace contre la mort. Les gens ont essayé la prière, les médicaments, la magie, les versets en boucle ou l'immobilité, mais je pense à être le seul à avoir trouvé la solution: écrire." Au fil du temps, la réputation de Zabor se propage; de plus en plus de gens viennent solliciter son pouvoir de s'opposer à la grande Faucheuse.

Zabor se raconte, il donne à lire également des extraits de ce qu'il scribouille dans ses 5436 cahiers. Chaque cahier porte un titre de roman qui l'a marqué ; ces titres voyagent beaucoup: Le Quai aux fleurs ne répond plus, les Chemins qui montent, Lumière d'août, Saison de la migration vers le nord..."Rien d'autre à dire: le véritable sens du monde était dans les livres (...)". Zabor n'aime pas beaucoup son père, il n'a pas de bons rapports avec demi-frère, il est cependant à l'écoute de tout ce qui se passe à Aboukir. "Parfois, quand la saison est bonne, je croise le retour des amateurs de vin qui vont boire dans les champs, discrets, un peu honteux, titubants mais stricts dans leur effort pour paraître sobres. J'ai de la tendresse pour leur sort : il n'est pas facile de boire dans ce pays sans se faire lapider par les yeux ou même les pierres".

Malgré les réticences de certains, le pouvoir de prolonger la vie de Zabor est reconnu. Et quand son père, Hadj Brahim, est agonisant, tous les yeux des habitants d'Aboukir se braquent sur lui. Va-t-il encore une fois sauver une vie humaine grâce à ses écritures, ou bien va-t-il laisser son géniteur partir, pour se venger de tant de brimades ? "J'ai décidé de tout disperser en descendant de la colline, de repeupler l'île avec mes pages, d'en faire la révélation finale et de transformer la chair même d'Aboukir en manuscrit. La création est un livre ? Mon village et les siens sont des cahiers, des talismans, des prescriptions contre le néant".

A travers ce roman-conte, Kamel Daoud continue ses nombreuses quêtes en approfondissant des thématiques déjà abordées dans ses chroniques, ses nouvelles et ses interventions médiatiques. il y a dans Zabor ou les psaumes, dans ces précieuses descriptions de la vie des petites gens du Rachid Mimouni (L'Honneur de la tribu) ou encore du Ali Malek (Les Chemins qui remontent). Zabor ou les psaumes est un livre qui vaut le détour, c'est un texte qui peut réconcilier certains avec la lecture. Un peuple qui ne lit pas ne sera jamais libre.

Youcef Zirem

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Hend Uqaci Ivarwaqène

c'est un texte qui peut réconcilier certains avec la lecture. Un peuple qui ne lit pas ne sera jamais libre.