Baccalauréat 2017 : les éléments troublants d'une session embarrassante

Baccalauréat 2017 : les éléments troublants d'une session embarrassante

En juin 2017, se sont présentés comme d'habitude 761 071 candidats à la session du baccalauréat ordinaire organisé du 13 au 17 juin 2017, dont 491 298 scolarisés et 270 403 libres c'est à dire que 35% des candidats sont des candidats libres. La majorité des candidats libres sont en générale des bacheliers qui étudient à l'université. Après la décision prise par le gouvernement de donner une chance à tous les candidats retardataires, absents ou ayant abandonné à la session de juin 2017. 104 036 candidats se sont de nouveau présentés pour refaire le bac 2017 dont 10 082 scolarisés et 93 954 candidats libres.

- 104 036 candidats représentent 13,6% des candidats de la session de juin 2017.

- 10 082 candidats scolarisés représentent seulement 09,6% de ceux (104 036) qui ont repassé leur bac et 01,3% (761 071).

A la première lecture de ces pourcentages, nous nous apercevons que seulement 01,3% des candidats scolarisés ont refait leur bac alors que 12,34% des candidats libres l'ont refait.

Ces taux montrent que la décision de la session spéciale est une faveur uniquement pour les candidats libres dont la plupart ont raté la session de juin 2017 volontairement. Des questions resteront poser à vie pour l'histoire du baccalauréat en Algérie le vrai pourquoi de la session de juillet 2017.

L'une des taches noires du baccalauréat 2017 qui restera graver est la session spéciale de juillet 2017.

Nous sommes surpris de l'annonce du taux de réussite annoncé par la tutelle car sur les 761 071 candidats de la session de juin 2017 seuls 621 035 ont passé leur bac correctement c'est à dire 81% donc et vu le taux d'absentéisme à la session spéciale de juillet 2017 dont personne ne saura ni le taux de réussite ni le taux exact d'absentéisme. Donc si tous les candidats ayant terminé leur examen jusqu'au dernier jour avec une réussite de 100% cela nous donnera un taux de

81% au plus car la participation à la session spéciale est insignifiante dont son taux de réussite l'est aussi.. Le manque de transparence dans la saisie des notes des candidats et du logiciel de calcul laisse prévoir toutes les spéculations sur le taux de réussite mais une chose est sûr ce taux annoncé dépasse les taux calculés le long de l'année scolaire ainsi que tous ceux des syndicats qui ont fait leur analyse à partir des données des correcteurs qui étaient sur le terrain qui affirment que le taux de réussite n'a pas dépassé 45%.

Considérons que ce taux officiel reflète la réalité et regardons quel est sa répercussion sur la déperdition scolaire qu'on ignore.

Nous avons donc 340.338 bacheliers qui mais aussi une déperdition de

761 071 - 340.338= 420 033 candidats à la recherche d'une place dans un établissement ou automatiquement dans la rue.

Il est temps de revoir notre système éducatif et celui de l'enseignement secondaire. Le CLA lors de son université d'été de Melbou 2017 s'est penché sur ce problème et a établi une réforme du baccalauréat et de l'enseignement secondaire qu'il présentera publiquement et défendra.

Regardons maintenant les taux de réussite suivant les branches

Branche

Taux de réussite

Mathématiques

68,70%

Sciences expérimentales

62,51%

Techniques mathématiques

53,12%

Lettres et philosophie

52,09%

Langues étrangères

47,18%

Gestion économiques

50,78%

- La branche mathématiques est en nette régression par rapport aux résultats attendus car vu le sérieux et le niveau des élèves orientés vers cette spécialité qui regroupe la crème des élèves algériens les taux de réussite devrait varier entre 90% et 100% par établissement.

- La même remarque pour la branche technique-mathématique qui regroupe les meilleurs élèves en Mathématiques et en technologie donc le faible taux annoncé montre une mauvaise orientation pour une grande partie de ces élèves.

- Le taux des sciences expérimentales est aussi décevant, vu les épreuves étaient à la portée du candidat juste moyen.

Mais tous ces taux restent insignifiant, s'il ne sont pas accompagnés par ceux des matières essentielles car les coefficients entre les matières sont très proches et peuvent être compensées entre-elles. Un bachelier scientifique peut avoir son sésame sans la moyenne dans les matières essentielles.

- Pour les lettres et philosophie, les résultats stagnent d'année en année. Et le problème reste insoluble tant qu'on aura pas choisi ceux qui ont le profil littéraire dans cette branche.

- En ce qui concerne, les langues étrangères, le problème du profil de l'élève qui n'a aucun rapport avec les langues étrangères ainsi que le sureffectif dans cette branche reflète les taux annoncés.

- Pour ce qui est des gestions économiques, le faible niveau des élèves en mathématiques ne peut améliorer les taux dans cette branche.

En conclusion, loin de la polémique des résultats et des taux de réussite affichés et annoncés par la tutelle qui surprirent aussi bien les élèves, les parents d'élèves que les enseignants correcteurs, nous allons voir la réalité des résultats.

Un logiciel louche

Tout d'abord que ce soit cette année ou bien les années antérieures, un manque de transparence par rapport aux années où la délibération des résultats se faisait sur place par des jurys, est signalé chaque année entre la fin de la correction et le regroupement des notes au niveau d'un ordinateur qui fait le calcul de la moyenne à l'aide d'un logiciel louche. L'autre remarque est le taux de réussite des élèves entre 10 et 11, ainsi que celui entre 16 et 20, inhabituel par rapport à ceux observés lors des délibérations faites par des jurys comprenant un professeur correcteur du jury dans chaque matière et dirigé par un enseignant universitaire lorsque les résultats étaient annoncés le jour même en toute transparence. Donc, ce manque de transparence du regroupement des notes et leur voyage d'un regroupement régional vers un regroupement national, ouvrira le débat sur toutes les polémiques.

Maintenant, revenons à ces résultats par branches, il ne reflète pas les taux des élèves le long de l'année scolaire qui sont très loin de ceux de l'examen ce qui est anormal.

Mais nous pouvons dire que les problèmes des branches mathématiques et techniques mathématiques sont mis à nu car malgré toutes les faveurs qui leurs sont octroyés dans le degré de difficulté dans leurs matières de spécialité, leur taux de réussite devrait dépasser les 90%. Leur problème est connu par tous les enseignants car il s'agit d'orientation et dans certains cas de sureffectif. Pour celui des autres branches, il est surtout lié aux profils des élèves ainsi que de leurs mauvaises orientations et de leur évaluation car chaque année de la première année secondaire à la terminale les taux sont de 95% et arrivé en terminale ces résultats chutent à moins de 50% de taux de réussite réel. Donc de 95% à 50%, montre qu'on garde l'enfant dans l'éducation jusqu'à l'âge maximum 18 ans pour le mettre dans la rue après avoir passé 3 ans dans l'enseignement. Donc l'élève est trompé par lui-même, ses parents, la tutelle et les enseignants pendant trois ans pour être confronté en terminale à la réalité de son vrai niveau grâce à l'examen du baccalauréat. Le taux d'échec lors des passages d'année en année est de moins de 05% et tout le monde se satisfait alors pourquoi se satisfaire lorsque ce taux atteint 50%. La moyenne de déperdition scolaire continue et continuera si une vraie réforme algérienne ne se fait pas dans les plus brefs délais.

Hakem Bachir,

Professeur de mathématiques au lycée Colonel Lotfi d'Oran

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