Le gouvernement Tebboune a-t-il besoin d’un porte-parole ?

Le palais du gouvernement.
Le palais du gouvernement.

Aujourd’hui, exister médiatiquement pour une institution gouvernementale, ou un homme politique, c’est d’abord surfer en permanence sur l’actualité pour dialoguer, dans un premier temps, avec les citoyens et montrer qu’on est sensible à leurs doléances. Et, ensuite et surtout, qu’on est disposés à les satisfaire. Chose qu’à, apparemment, bien assimilé le Premier Ministre, Abdelmadjid Tebboune, qui, aujourd’hui, tente de communiquer utile et juste.

Dans sa récente tournée dans la wilaya d’Alger, il a tenu à faire des mises au point sur des questions d’actualités brûlantes : l’industrie automobile qualifiée par son ministre de l’industrie d’ "importation déguisée", les migrants clandestins qui ont suscité des « déclarations controversées » au sein même de l’exécutif, même si dans l’esprit du Premier ministre "ce n’est pas grave" etc.

Autant de polémiques et de couacs provoqués par des membres du gouvernement, cela fait absolument désordre, selon les observateurs ! Ces ministères de la parole et de la langue de bois qui, à vouloir sans cesse intervenir, surtout sans forme de discours et de déclaration à vif, continuent à décrédibiliser la parole publique pour la rendre inaudible. Cela crée dans l’imaginaire social l’impression de déjà vu, déjà entendu. Ces derniers, gagneraient-ils à modérer leur emballement, à supposer que cela soit possible ?

Aujourd’hui, le foisonnement des journaux fait que la concurrence dans le secteur est féroce. C'est la course à qui sortira le scoop ou la nouvelle frappée du fameux sceau racoleur "aadjel" ; certains journalistes ne prennent aucune précaution, ni celle consistant à en vérifier la teneur encore moins celle confortant la source de leurs informations.

Une personnalité politique distille "à vif" analyses et confidences à quelques journalistes politiques. Ce n'est pas à proprement parler une interview ; la règle veut que le journaliste utilise ces informations pour mieux comprendre, mieux raconter la situation politique, mais sans citer, nommément, l'auteur de ces propos.

Cette même règle exige du journaliste qu'il doit respecter la personnalité qui fait la déclaration et qu'elle refuse qu'elle sorte, l'idée étant de permettre audit journaliste de saisir le contexte dans lequel la déclaration a été émise. La personnalité peut, aussi, accepter, mais à condition que l'on conserve le secret sur son identité, un secret qui vaut à l'égard du public, mais qui peut s'imposer de manière plus absolue.

Sur le principe, la pratique paraît, parfaitement, fondée : à quoi bon mettre dans l'embarras celui qui a fait la déclaration ?

Mais, certains journalistes pris dans le tourbillon de la quête du scoop ne mesurent pas l'effet de déflagration qui s'attache à la diffusion d'un propos ou à la publication d'une information émis "en off". Et l’exemple le plus édifiant est contenu dans le propos malheureux émis en son temps, par Abdelmalek Sellal, directeur de campagne de Abdelaziz Bouteflika, qui a failli provoquer la révolte de toute une région d’Algérie !

En faisant face à une concurrence accrue, entre les médias, comment un journaliste détenant une information brûlante, exclusive, un scoop, pourrait-il respecter cet accord, basé sur le bien-fondé de la morale ? Quant au contenu des informations rapportées sous le couvert du confidentiel et bien qu'elles ne soient pas, toujours, utiles ou passionnantes, le public en raffole et se délecte des "radars" et autres "périscoopes" qui les hébergent ; les petites phrases, les blagues, croqueuses et ravageuses donnent l'impression au lecteur de découvrir, enfin, "ce qui se passe derrière les coulisses".

A l’ère des technologies de l’information et de la communication, une information fait le tour de la planète en une minute à travers une diffusion instantanée sur les réseaux sociaux et autres sites électroniques. L’actualité vient de nous en offrir un exemple frappant : les incendies qui ont ravagé des villages en Kabylie et aussi dans d’autres régions du pays. Les réseaux sociaux ont fait circulé des images « en live » des lieux rongés par les flammes, sous les yeux des habitants hagards, impuissants devant la puissance du sinistre.

Les autorités, notamment centrales, ont tardé à réagir ce qui suscité moult commentaires de la part des algériens. Et c’est bien après que le ministre de l’intérieur s’est déplacé à Tizi-Ouzou pour apporter la bonne parole et surtout afficher le soutien des pouvoirs publics, disposés, cette fois-ci, à prendre en charge les pertes occasionnées par le sinistre. Une décision, faut-il le dire, prise par le président de la République, et qui concernera 17 wilayas dont les citoyens touchés seront indemnisés.

C’est une leçon aussi pour les gouvernants qui doivent intégrer dans leur logiciel le facteur temps : réagir vingt-quatre heures ou plus après un événement qui a frappé l’opinion, n’est pas sans conséquences. L’hyper visibilité est devenue une nécessité absolue, une façon de maintenir le lien avec les gens, eux qui sont relativement, détachés de la vie politique et en même temps plus exigeants envers leurs gouvernants.

Aujourd’hui, il faut le dire, il y a unanimité sur la faiblesse de notre communication institutionnelle. Le premier Ministre s’est, à l’évidence, aperçu. Mais il ne peut pas être à la fois, au four et au moulin. Faire aussi le travail des autres. Ou les évincer, in situ, face aux caméras de télévision. Méthode contreproductive, rappelant celle de l’ancien ministre de la santé Yahia Guidoum, qui virait les responsables de son secteur à chaque sortie sur le terrain.

Le poids grandissant des chaînes d’information en continue conjugué à la montée en puissance des réseaux sociaux mettent le gouvernement et les ministres à rude épreuve. Aujourd’hui, Abdelmadjid Tebboune, le premier ministre est face à deux défis majeurs :

  1. maitriser plus que jamais sa parole dans un contexte d’hyper réactivité médiatique
  2. gérer la dispersion de la parole gouvernementale

D’où la nécessité pour lui de nommer un ou une "porte-parole" qui sera, en principe, le seul habilité à engager la position du gouvernement sur tous les sujets. Ses principales missions, rendre compte des travaux du conseil des ministres et exercer une mission d’information sur les activités du gouvernement.

Bien évidemment, il doit faire montre d’une maitrise absolue du langage, même s’il va, fatalement, faire usage de la langue de bois, ce qui va être considéré, somme toute, comme une réaction saine face à un paysage médiatique toujours prompt à s’emballer.

Le porte-parole, en quelque sorte "un airbag" dont le gouvernement a besoin, lui qui est sur la brèche sur plusieurs fronts, notamment en ce qui concerne la moralisation de la vie publique. De ce fait, il est grand temps pour lui de comprendre que la communication est un acte politique ou les « états d’âmes » des dirigeants et la "peopolisation" de tel ou tel ministre n’ont pas de place.

Alors oui, il a besoin d’un porte-parole pour rendre compte de son action aux Algériens, ces contribuables et, accessoirement, électeurs.

Cherif Ali

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