Afrique du Nord : 100 millions de disparus !

Seif el Islam libéré par la milice amazighe de Zenten
Seif el Islam libéré par la milice amazighe de Zenten

Que le lecteur se rassure. Il ne s'agit pas là d'un nouveau détournement de 100 millions de dollars causé par nos dirigeants indélicats chargés de sécuriser (1) la rente pétrolière dans les banques étrangères. C'est bien connu, les détournements en cours, nous ne les connaîtrons (pour certains) qu'une fois le butin ''sécurisé'' et les coupables hors de portée de la justice. Mais là n'est pas le propos de l'article.

Il s'agit de la centaine de millions d'hommes, de femmes, de jeunes, de vieux, de Tanger à Tripoli et d'Alger à l'Azawad, qui étudient, travaillent et tentent tant bien que mal de vivre et beaucoup de survivre à cause de l'incompétence des dirigeants illégitimes qui pratiquent la rapine et les détournements à la place de stratégies efficientes de développement.

Il y a quelques années, l'illustre président libyen, Mouammar Guadafi, au pouvoir absolu depuis septembre 1969 suite à un coup d'Etat, avait déclaré que ''les berbères avaient existé mais ils ont disparu''. L'histoire lui a donné tort, car c'est lui qui a disparu, pas les 100 millions d'amazighs qui sont toujours là.

Ajoutons au crédit de Guadafi, qu'il avait un peu évolué sur le sujet. En 2005, il avait déclaré à une délégation du CMA (Congrès Mondial Amazigh), dans sa résidence d’État de Tripoli, ''… les Amazighs de Libye peuvent jouir pleinement de leurs libertés et que la langue amazighe, langue de la Libye, sera reconnue et enseignée. Un décret a déjà été publié dans ce sens pour le parler Tamacheq, et un autre devrait suivre concernant l'amazigh des régions de Nefoussa et de Zwara…'' (2). Ce qui n'est pas exprimé ici, c'est que Guadafi ne voyait les Amazighs que comme minorités dans une Libye arabo-islamique, et aussi pour en tirer quelques bénéfices, en utilisant ces ''minorités utilitaires'' comme mercenaires : renforcer son armée avec le réservoir des Touarègues et tolérer les Amazighs de Nefoussa comme bouclier pour protéger son pays sur sa frontière ouest.

Alors, rien de nouveau sous le soleil ? Si.

Depuis la disparition de Guadafi et l'éclatement de la Libye, c'est la course entre les différentes tribus à qui contrôlera le pays, et chacune use de sa puissance et des soutiens toujours intéressés de l'extérieur pour battre ses adversaires. Ce qui se passe à l'Est avec ''le maréchal'' Haftar s'inscrit dans cette perspective.

Il y a deux semaines, la milice de Zenten (Iznaten) vient de faire une annonce inattendue. Elle aurait libéré le fils de Guadafi, Saif El Islam (le sabre de l'islam), qu'elle détenait depuis 2011. L'objectif est évident : utiliser ce joker pour s'imposer et mettre en échec la tentative de prise du pouvoir par le ''maréchal'' et ainsi doubler les autres milices en préparant la mise sur le trône du fils Guadafi, l'homme à la kalachnikov, qui paradait fièrement sur son 4x4 et promettait du sang aux Libyens qui manifestaient alors pacifiquement. Il aurait certainement, si d'aventure l'initiative prenait, le plaisir de continuer l’œuvre de son père et de faire disparaître les Amazighs !

Et c'est là que nous retrouvons intact, avec l'initiative des Iznaten de Zenten, le réflexe de nos ancêtres, depuis des siècles, de porter au pouvoir ceux qui préparent notre propre négation et destruction.

Il y a plusieurs siècles, c'était à Tafilelt, dans le sud marocain, qu'ils avaient porté au pouvoir, comme sultan (3), un obscur prédicateur venu d'Arabie. La farce continue aujourd'hui avec le sultan Mohammed VI. En Tunisie, le mouvement national tunisien avait sacralisé Bourguiba président à vie, celui qui se revendiquait plus d'Hannibal, descendant de conquérant phénicien, que comme petit-fils de Jugurtha.

En Algérie, la tentative d'installer président à vie Ahmed Messali (4), descendant d'Albano-Turc, avait failli obérer définitivement la perspective de libération nationale.

Aujourd'hui, El Baghdadi (5) ayant été tué par l'aviation russe, il ne resterait à l'Algérie, pour confirmer cet atavisme ancestral, que d'aller chercher et installer comme président à vie… Tariq Ramadan (6).

Le grand écrivain Mohia aimait à dire : ''On n'est pas sorti de l'auberge'' !

Aumer U Lamara, écrivain

Notes :

(1) La liste est trop longue de nos voyous financiers internationaux impliqués dans des détournements colossaux (l'affaire SAIPEM Sonatrach et le rôle de C. Khelil et F. Bejaoui (en fuite, recherché par interpol) en est une illustration.

(2) lire le compte rendu de la rencontre sur le site amazighworld : Le président du CMA, Belkacem Lounes, rencontre le président libyien, Maamar Kadhafi

(3) : Idris 1er, venu d'Arabie, désigné sultan par la tribu des Iwraben du Tafilelt en 788. Quelques année plus tard, son fils Idris II, installa de fait ''un royaume arabe'' à Fès !

(4) Le congrès du MTLD tenu à Hornu en Belgique en 1954 (connu sous l'appellation ''congrès d'Hornu''), avait élu Messali président à vie (dans un pays colonisé).

(5) Abou Bakr El Baghdadi, de son vai nom Ibrahim Awad Ibrahim al-Badri, chef de l'OEI (Organisation de l’État islamique). Déclaré mort en juillet 2017.

(6) Tariq Ramadan, petit-fils de Hassan El Banna (chef des frères musulmans d’Égypte), islamologue ; prédicateur islamiste.

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