Réajustement des subventions : le gouvernement à la recherche d'un "consensus"

Abdelmadjid Tebboune.
Abdelmadjid Tebboune.

Le Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, compte "consulter" l'opposition et la société civile pour décider du nouveau sort qui devra être réservé aux subventions destinées au soutien des prix à la consommation.

On sait que l'Etat-providence, rendu possible par l'argent du pétrole, a permis des transferts sociaux qui ont atteint 20 milliards de dollars, dont la majorité est allée au soutien des pris en 2014, année qui a connu le point d'inflexion du prix du baril, lequel n'arrive plus à relever la tête au-dessus de 50 dollars, après avoir caracolé à 140 dollars. Tebboune ne voudrait pas engager le gouvernement seul dans une entreprise qui prend les allures d'une aventure. Le gouvernement n'avait pas écouté, pendant les années d'euphorie rentière, les experts algériens et ceux des institutions financières internationales lorsqu'ils lui reprochaient de généraliser les subventions, en en faisant profiter, de façon indiscriminée, la femme de ménage, l'ingénieur, le maire, le maçon, le député et l'entrepreneur. Le procédé à généré aussi bien une forme d'injustice- que, ironie du sort, on a voulu résorber avec les subventions- que moult gaspillages affectant plusieurs produits.

Néanmoins, tout en souhaitant, comme il l'a déclaré publiquement devant les députés à la fin du mois de juin dernier, mener une "large consultation", prévue, selon certaines indiscrétions pour les semaines qui vont suivre les élections locales, lesquelles devront se tenir fin novembre ou début décembre 2017, le Premier ministre aurait déjà installé dans les bureaux de son département une équipe technique- sorte de brain-trust, censée préparer le travail et la version à soumettre aux syndicats, aux organisations patronales, aux associations de consommateurs, aux élus et aux partis politiques.

Le moins que l'on puisse dire est que, si le projet de réajustement des subventions selon les franges sociales qui sont dans le besoin reçoit l'assentiment de la plupart des acteurs sociaux et politiques, l'idée de consultation pour "cautionner" la démarche du gouvernement n'est pas partagée par tout le monde. Les partis de l'opposition, mal représentés à l'Assemblée nationale, verraient, dans une telle démarche, le cautionnement de la politique d'austérité prônée par le gouvernement depuis l'adoption de loi de finances 2016.

L'entreprise n'est pas de "tout repos" pour le gouvernement. Rogner ce qui est appelé les "acquis sociaux" relève, aux yeux de l'opinion, d'une "aventure" qui ne ferait qu'attiser davantage le front social déjà bien bouillonnant. Le tout est, pour le gouvernement, de savoir comment faire "passer la pilule" dans un contexte des plus incertains sur tous les plans.

Le paradoxe de la situation est que, pour le cas précis des subventions destinées au soutien des prix, les franges les plus fragiles de la société n'y ont rien gagné puisque les mêmes avantages sont consentis à tout le monde.

Le ciblage que compte asseoir le gouvernement pour attribuer ces subventions pose aussi, ô comble d'hérésie, un problème d'identification des ménages et des personnes concernés. Ce n'est pas un opposant politique ou analyste pointilleux qui doute des statistiques nationales,; c'est le Premier ministre lui-mêmeb! Il reconnaît la déficience et les insuffisances de l'appareil statistique du pays. On n'arrive pas à identifier les revenus et les familles nécessiteuses. Les statistiques sociales et économiques en Algérie vont à vau-l'eau, comme naviguent également à vue tous ceux qui sont portés par des projets d'évaluation sociale et économique d'un secteur, d'une région ou de toute l'économie nationale. C'est depuis 2004 que l'idée de réaliser une étude sur le secteur informel a été lancée par Bouteflika, faisant savoir qu'elle serait faite par un système de partenariat avec une partie étrangère. La même idée a été reprise au début de l'année en cours, c'est-à-dire treize ans plus tard. Une étude est confiée au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread), qu'il mènera conjointement avec le ministère du Commerce.

Consultation pour impliquer le maximum d'acteurs politiques et sociaux, effort de recensement et de détermination des personnes et ménages nécessiteux et, enfin, détermination des procédures pratiques de la libération des subventions (aide par le moyen de "bons alimentaires", de chèque à verser au compte du bénéficiaire,…), cela fait beaucoup d'incertitudes et de préalables pour l'opération de réajustement des subventions au soutien des prix.

Amar Naït Messaoud

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Commentaires (4) | Réagir ?

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oziris dzeus

Pour redresser la situation il est important de :

1- remettre en cause les accords avec l'UE ou les suspendre pour 5 ans et renégocier après avec de nouvelles modalités,

2- revoir les partenariats avec les étrangers et se passer de tout ce qui est nuisible à l'économie nationale,

3- libérer l'investissement industriel au profit des nationaux

4- libérer l'investissement dans l'agriculture et l'agroalimentaire pour les nationaux

5- le marché informel des devises peut être un élément motivant pour la relance économique et il permettra de faire entrer sur les devises de la diaspora algérienne, il y aura des abus mais il y aura aussi des gens qui utiliseront ces devises pour faire des investissement,

6- réguler l'agriculture de façon à ce que les producteurs ne soient jamais pénalisés, les prix trop bas des fruits et légumes découragent les producteurs, et cela crée la spéculation,

7- aucun pays au monde n'est dans l'obligation de produire tout ce qui permet d'avoir des échanges avec d'autres pays donc de devenir un acteur économique auprès des autres,

et pour réussir il faut un plan pour durer,

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Anonyme Anonyme

Aujourd’hui qu’il est devenu, premier ministre, « TEBBOUNE reconnaît la déficience et les insuffisances de l'appareil statistique du pays ». Pourquoi ne l’a t-il pas reconnu avant, quand il était ministre de l ‘Habitat ???? fait de même pour les PRIX appliqués dans le secteur de l’Habitat qu’il était censé bien connaître ??? A la vérité, il n’aura pas pu ignorer qu’aucun bureau d’études digne de ce nom n’est capable, à ce jour, de sortir un étude technico-économique fondée sur des prix réalistes, et ce, à cause de l’absence de toute donnée statistique publiée en la matière.

Au demeurant, qu’ont fait les pouvoirs publics deuis l’indépendance pour promouvoir des institutions chargées de suivre l’évolution des prix et de les PUBLIER afin de permettre de voir un peu plus clair dans la siuation du marché algérien ????? RIEN !..... STRICTEMENT RIEN !..... Et pourquoi n’a-t-on rien fait dans ce domaine, laissant ainsi se développer sans broncher le marché parallèle au point que celui-ci va bientôt se tailler la part du lion ????? La réponse coule de source : C’est pour que les affairistes véreux complices des gouvernants puissent agir comme ils veulent en vue de garnir leurs comptes off shore en toute impunité............... Quand je pense à la pseudo « dépénalisation de l’acte de gestion », je ris aux éclats !.......

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