Essai d'Adunation : Apulée, jeux sur l'identité: l'Autre de Soi e(s)t le Même (III)

Le tombeau de Massinissa.
Le tombeau de Massinissa.

La confrontation du texte de N. Fick avec le droit romain ne fournit aucune donnée qui peut favoriser un quelconque recours au droit coutumier berbère ou libyco-berbère.(61) Par conséquent, le contexte de l'urbanité romaine prime sur l'élément culturel, social et juridique des Autochtones. Ainsi le régime de la succession et du statut de la femme sont romains. A juste titre, la prévalence des textes du droit romain marque l'empreinte de l'acculturation des Africains romanisés et des conditions sociales de l'urbanité romaine.(62)

L'interprétation que fait N. Fick du mariage d'Apulée donne quelques éléments de la vie sociale en Tripolitaine. Incontestablement, l'un de ces éléments sur quoi elle s'attarde, est la dot. Dès lors à partir de ce fait social peut-on reconstituer le premier mariage de Pudentilla avec Sinicus Amicus afin d'établir le profil d'une famille libyco-phénicienne. Du coup, ce profil réajuste la vision qu'ont les acteurs de leur propre histoire. En effet, l'historiographie gréco-latine a trop tendance à les faire figurer hors de la société traditionnelle c’est-à-dire pris dans la transformation intégrale de leur ethos. Donc, il est plus au moins nécessaire de statuer sur l'identité libyco-phénicienne avant de saisir l'expression traditionnelle des Africains romanisés. Il se peut que par ce renversement de perspective, permette de repositionner la culture d'origine berbère d'Apulée en revoyant le cadre de la société indigène de l'Afrique antique. Cette société indigène de l'antiquité concerne tous les Africains restés totalement amazighophones, punicophones ou ceux qui parlent les deux ou trois langues en usage à l'époque en Afrique du Nord. Une seule certitude se dégage de ce renversement de perspective c'est que l'élément punique est contributif à la mixture culturelle des Africains romanisés. Et c'est le cas d'Emilanius. La saisie du cas d'Emilanius, l'Africain romanisé et de surcroît libyco-phénicien permet de retracer le processus de l'africanisation de la puniphilie. En d'autres termes, comprendre le sens donné à l'identification des individus nécessite un retour sur l'histoire nord africaine avant la domination romaine c’est-à-dire avant 146 A.J.-C. A l'appui des travaux de S. Gsell nous allons nous pencher sur l'africanisation de la puniphilie en terre amazighe. Dans sa monumentale histoire de l'Afrique du nord antique, le grand historien compartimente son œuvre en deux principaux volets. Le premier, mis à part les "temps primitifs", commence l'histoire de l'Afrique du Nord par la colonisation phénicienne -V 1- et consacre les quatre premiers livres à Carthage.(63) Il va de soi que sur un intervalle d'un siècle, la connaissance historique de l'Afrique du Nord a beaucoup évolué pour faire valoir, une présence continue des Berbères depuis au moins 20.000 ans et une "entrée dans l'histoire" bien avant la fondation des comptoirs phéniciens. Du reste, l'exploitation de la documentation de l’Égypte ancienne laisse entrevoir des perspectives sur l'ancienneté des relations inter-méditerranéennes bien avant les guerres libyques et la XXIIIe dynastie fondée par Schechong.(64) Il demeure que les avancées notoires de la préhistoire nord-africaine et les travaux des Égyptologues (J. Yoyotte et F. Colin) ne suffisent pas à décloisonner l'histoire de l'Afrique du Nord antique qui reste trop dépendante de l'historiographie gréco-latine.(65) En effet, dans plusieurs de nos écrits, nous avons déjà signalé cet état de fait de la science historique prise en étau par les discours de la domination noologique. Bref, Les quatre derniers livres consacrés à la société indigène, nous rapprochent un peu de notre enquête. Le volume V traite des royaumes indigènes: l'organisation sociale, politique et économique. l'examen séparé des entités carthaginoises et "indigènes" qui par commodité nous appelons libyques par référence à la terminologie égyptienne, présente un handicap majeur sur la définition du libyco-phénicien. Par le biais du partage au sens épistémologique que lui donne B. Latour, S. Gsell fait une distinction ethnique entre les Carthaginois et les Libyques et du coup enlève à l'entité libyco-phénicienne, toute consistance identitaire qui lui est propre.

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La formation de l'identité libyco-phénicienne eu égard à la définition que lui donnent plusieurs historiens (G. Camps, S. Lancel, etc,) est de fait africaine si l'on prend en considération la composition ethnique formée principalement de l'élément berbère au contact des Phéniciens installés dans des comptoirs. Le long processus de la formation identitaire du libyco-phénicien laisse entrevoir des ramifications du phylum génétique des populations autochtones au contact des événements historiques orchestrés par des puissances régionales dont on connaît l'influence culturelle par le biais de la fameuse origine cananéenne des Berbères. Cette variante de l'orientalisation de l'origine des Berbères fait partie de tout un arsenal documentaire mobilisé par les puissances politiques de l'époque. L'idéologie carthaginoise est la principale inspiratrice au détriment de la libycisation. Et du reste, la compilation des récits des origines mobilise plus de ressources dès qu'il s'agit d'asseoir une domination noologique. Du coup, la fameuse vague orientale a toujours contribué à donner à l'allochtonie ou ce que J. Berque appelle "l'ailleurs" comme morphologie du Maghreb, une valeur historique sans qu'aucune précaution épistémologique ne soit prise en compte. Dans son livre grand public sur les Berbères, G. Camps consacre un chapitre au problème des origines.(66) Il contribue à mettre en évidence l'influence des récits des origines sur l'écriture de l'histoire de l'Afrique du Nord. Il rappelle que l'idée de l'origine cananéenne des Berbères, émise et discutée par plusieurs auteurs dont Movers qui accorde un crédit aux récits de Salluste et de Procope.

A l'appui des auteurs antiques, Movers estime que "les Cananééens fugitifs seraient passés en Afrique sur les vaisseaux des Phéniciens et, en se melant aux Libyens primitifs qu'ils auraient initiés à l'agriculture, seraient devenus des Libyco-phéniciens."(67). Nous ne reviendrons pas sur le terme de libyco-phénicien dont nous avons déjà parlé ci-dessus mais l'identité libyco-phénicienne telle qu'elle est traitée ici, pose beaucoup de problème d'ordre chronologique et historique. S'il est quasiment certain que le libyco-phénicien est un métissage du libyque et du phénicien, il reste que les fugitifs Cananéens relèvent de la mythologie consacrée par l'orientalisation. C'est la mobilisation des ressources orales adossées aux événements historiques de l'invasion des Hyksos et mal interprétés par les chroniqueurs qui fait que les peuples de la mer se sont aventurés en Afrique du Nord. Tout au moins, la production de l'identité juxtaposée à l'idéologie des ethnies, met à profit l'allochtonie au détriment de l'autochtonie. La battue en brèche des récits orientaux des origines berbères et plus spécifiquement par Y. Modéran, doit être poursuivie pour donner aux autochtones, un rôle plus actif dans l'histoire. Par ricochet à l'histoire des Hyksos et des Phéniciens, G. Camps fait preuve d'une connaissance lapidaire de l’Égyptologie lorsqu'il dit :"Le développement de l’Égyptologie favorisa également la tradition orientale car plusieurs savants ont cru que les Hyksos, originaires d'Asie mineure et de Syrie, chassés d’Égypte, se réfugièrent en partie en Afrique et se seraient mêlés aux Libyens.(68).

En effet, mot à mot, elle recoupe les arguments de D. Mattingly sur les Laouata d'ailleurs critiqués par Y. Modéran (69). Or, notre enquête sur les travaux et les débats au sein de la société d'anthropologie de Paris à bien montré l'association libyco-égyptienne débattue par les N.A. Perier et le docteur Prunet -bey qui ont indirectement inspiré aussi bien les historiens comme B. Lugain, P. Grandet que les Égyptologues comme J. Yoyotte et F. Colin ou les préhistoriens spécialistes du néolithique nord-africain et saharien. Revenons à la question de l'origine qui est de tout temps vécue comme une obsession voire comme une malédiction, G. Camps entame ce problème par l'évocation de la figure d'Hercule pour discuter de la légende des origines perse et mède des Libyens. A point nommé, la reprise par M. Coltelloni-trannoy du même thème, remet au goût du jour la question de la religion ancienne des Berbères. Depuis les travaux sur le syncrétisme de M. Leglay qui font autorité en la matière (70), il demeure et ce malgré les travaux de R. Basset et tant d'autres (71) qu'une histoire de la religion ancienne des Préhistoriques et des Berbères historiques est plus que nécessaire pour comprendre le phénomène de l'acculturation. A tout point de vue, il se justifie que la religion joue un rôle prépondérant dans la conscientisation des groupes sociaux. Et ce que corrobore M. Clavel-Levêque en affirmant dans: A propos de L'Hercule : réflexion sur les modes du syncrétisme que: " une nouvelle fois encore la religion s'affirme dans le domaine de la pratique de la langue latine. (72). Nous reviendrons plus loin sur l'impact de la religion dans l'acculturation d'Apulée. Bref, si G. Camps s'évertue à reprendre les grandes lignes des légendes antique et médiévale sur l'origine des Berbères, malheureusement, il ne fait aucune étude critique et laisse en suspens ce problème épineux de la mémoire historique. Les différentes versions mythique et légendaire de l'origine allochtone des Berbères nécessite une analyse sérieuse pour saisir l'influence culturelle qui a conditionné ces modes de savoirs. On peut d'ores et déjà, sérier tous les corpus idéologiques en fonction des compartiments propres à chaque tradition sourcelogique. Aussi bien les historiographies égyptienne, gréco-latine relayées par celle de Vandales et surtout byzantine à laquelle succombe sans avoir la maîtrise des grands érudits, J. Hureiki, enfin arabo-musulmane, ont toutes sans exception, participé au conditionnement de la connaissance historique de l'Afrique du Nord et du Sahara. Revenons au texte de G. Camps. Pour bien étayer l'accréditation des différentes thèses contenues dans les écrits des auteurs gréco-latins qui sont abondamment cités, il reprend les discours mythico-historiques pour nous donner une ou plusieurs versions du récit des origines herculéennes des Numides et des Maures. A peu de choses près, il cite Salluste qui dit en substance:" Les premiers habitants de l'Afrique furent les Gétules et les Libyens gens grossiers et barbares qui se nourrissaient de la chaire des bêtes sauvages ou de l'herbe des près, à la façon des troupeaux. Plus tard, des Mèdes, des Arméniens et des Perses conduits par Hercule en Espagne, passèrent en Afrique et se mêlèrent, les premiers avec les Libyens; les Perses avec les Gétules. Tandis que les Mèdes et Libyens, bientôt confondus sous le nom de Maures ; eurent de bonne heure des villes et échangèrent des produits avec l'Espagne,les Gétules et les Perses condamnés à une vie errante, prirent le nom de Nomades. Cependant la puissance de ces derniers s'accrut rapidement, et sous le nom de Numides, ils conquirent tout le pays jusqu'au voisinage de Carthage"(73) Cette longue citation du livre de G. Camps est une condensée de l'ensemble des connaissances que nous pouvons tirer de l'ethnographie gréco-latine qui produit autant d'images du barbare et du sauvage qu'a analysées E. Wolff (74). La mise a contributions des savoirs gréco-latins traduit l’achalandage des valeurs culturelles à partir d'un centre grec puis romain. L'image de l'autre en l’occurrence celle de l'Africain est affectée de stéréotypes qui par l'usage de l'antonomase fait glisser le terme nomade vers l'appellation numide et verser la transformation des mondes du sauvage et du barbare qui a tant été affectionnée par les historiens de l'antiquité nord-africaine qui voient en Massinissa, l'homme d’État et l'organisateur de la sédentarité des populations locales. D'autant qu'en termes de production onomastique, les formations ethniques formulées par Salluste se juxtaposent aux appellations données aussi bien par ses prédécesseurs que ses continuateurs dont on dit qu'ils se sont tous inspirés des fameux libri punici de Hiempsal. À sa manière, M. Coltelloni-Trannoy aiguise son analyse par une interprétation plus détaillée des textes des auteurs gréco-latins. Elle passe en revue les écrits de toute une suite d'écrivains antiques en citant Salluste, Strabon Pomponius Mela, Pline l'ancien pour simplement dire que pour les trois derniers : " les épisodes maurétanniens du mythe d'Héraclès sont de pures inventions, des énormités.(75) Le passage au crible des différents textes lui a permis de repérer la tradition faisant référence aux œuvres d'Hercule à Melqart qui ont un rapport avec les mythes étiologiques indirectement liés au cycle canonique des douze travaux. En effet par le biais de la contamination ethnique qui reste en partie inexpliquée dans ses mécanismes, on décèle une empreinte punique qui a fortement contribué à la croyance populaire d'une origine orientale des Africains.(76) Les libri punici portent en grande partie la responsabilité de la divulgation de la légende orientale des Berbères. Il se dégage tout un corpus de traditions orales méconnues qui colportent comme aux temps médiévaux, le récit des origines allochtones de populations africaines. Ce même récit des origines contribue à donner plus d'affinités linguistiques entre les Berbères et les Phéniciens.(77) D'un point de vue strictement historique, il est évident que, le dernier millénaire avant notre ère a été le théâtre d'une série d'événements qui ont littéralement gommé la période antérieure et plus particulièrement les relations internationales entre Libyens, Égyptiens et Grecs du deuxième millénaire.

L’enchaînement causal de l'exercice de la puissance des États conquérants a complètement anéanti les possibilités de résistance de la population lorsque les chefs de tribus se donnent au jeu de la séduction. Comprendre la réversibilité du jeu séducteur d'Elissa et la volonté de puissance de Schechong revient à dire que l'espace de l'Afrique du Nord est miné par la volonté de puissance des tribus qui rivalisent entre elles. L’irréversibilité de l'histoire se fait sentir dès que les chefs berbères se donnent aux dires de l'Autre pour asseoir une autorité et une domination. Le mythe et la légende contribuent par le verbe à valider cette domination. À l'encontre de M. Coltelloni-Trannoy, la généalogie comme telle, a très peu joué sur le registre de la reconnaissance de l'autorité étatique, mais c'est plutôt le mythe et la légende qui ont contribué à la suprématie des cultures dominantes. Dans tous les cas, la généalogie des princes berbères de l'antiquité n'est pas de la même nature religieuse que celle des dynastes maghrébins de la période médiévale. Elle n'a pas la même finalité ni les mêmes contours géopolitiques. L'examen du cas de Juba II comparé à celui des dynasties musulmanes du Maghreb fait valoir, une différenciation dans l'entreprise d'identification des groupes sociaux. Elle s'est pour la période médiévale, beaucoup plus généralisée et elle a été beaucoup plus extensive que pour la période antique jusqu'à englober toute la société de haut en bas. L'entreprise de la généalogisation des histoires familiales, claniques, tribales et dynastiques a finalisé le mode d'identification des groupes sociaux et de leur appartenance selon une variation graduelle de l'islamisation de la population nord-africaine. D'un point de vue purement historique, la chronologie des événements valide l'avers et le revers de l'appartenance soumise aux conditions de la romanité et de l'islam. La transition est toute faite pour rappeler que les modalités d'identification des individus et des groupes sont différentes pour l'une et l'autre des périodes historiques. L'inscription enregistrée du temps de l'islam dissolvant s'est accélérée par le rythme de l'islamisation adopté par les populations nord-africaines qui est totalement différent de celui de l'antiquité où la majorité de la population est restée païenne. Dans l'antiquité, juste une minorité qui est devenue chrétienne. L'envers du décor religieux se juxtapose au système de reconnaissance de l'autorité adopté par les tribus. Il semble que l'islam dissolvant a libéré un "trop plein de puissance" des groupes en compétition face à une implacable politique du contrôle des hommes et de la terre par les Romains. Les fac-similés des dominations vandales ou byzantines sont à peu près du même ressort que celui de l'impérialisme romain.L'écart différentiel de la propagation des valeurs occidentales et orientales s'expliquent en partie par les techniques mises en place par les dominants. Et c'est dans le cadre d'une restriction de la "contamination ethnique" que nous pouvons saisir, la personnalité d'Apulée. L'écrivain représente cette fraction de la population des Africains romanisés et sa biographie rappelle les conditions sociales et culturelles qui par la force des choses, engloutissent la mémoire des ancêtres. Le peu d'évocation en profondeur de l'ancestralité lui sert du moins, de jouer sur les origines qu'il veut dissimuler afin d'appartenir à la romanité. Ce soupçon de la dissimulation de ses origines s'avère exact si on examine, le contexte de la déclaration publique devant Lollianus Avinus ou devant Claudius Maximus lors du procès tenu à Sabratha.(78) L'évocation de l'histoire des Numides ne remplace aucunement le snobisme littéraire dont il fait preuve pour séduire l'establishment romain. La reprise de la double origine d'Apulée par Cl. Briand-Ponsart se juxtapose à une autre doublure mythique qui est celle des Perses et des Mèdes.(79) A l'instar des écrivains antiques qu'Apulée a lus, il ressort que le mythe de l'origine orientale antique est convoqué pour se doter d'une filiation culturelle prompte à fournir des arguments d'appartenance à la civilisation romaine. Dans son commentaire de Cl. Briand-Ponsart insiste fortement sur la comparaison avec Cyrus, fils du Perse Cambyse et de la princesse Mandane, fille du roi mède Astyge. L'opération du dédoublement de l'origine chez Apulée participe non pas seulement comme le pense le commentateur, à évoquer les rivalités entre la Grèce et la Perse mais à justifier une histoire très ancienne des cités africaines que l'on considère à tort uniquement de punique. En effet, il se dégage, un flou sur l'origine des cités appelées maladroitement de libyco-phéniciennes. Comme, il s'agit des trois villes où a résidé Apulée, il ressort que la définition de la population de Madaure, d'Eoa et de Sabratha est au cœur du problème de l'évocation de l'origine des protagonistes du procès. En clair, la remontée du temps des cités africaines avant la domination romaine, laisse entrevoir la dissolution de l'élément phénicien dans une nouvelle entité formée en majorité par des Africains au contact des Phéniciens. Cette formation sociale est toute désignée par l'identité libyco-punique. En suivant la déclaration d'Apulée sur les doubles origines, il se pose aussi le problème de la définition de l'identité des populations des trois villes africaines. Enchâssement de la doublure mythico-historique sert après tout le snobisme d'Apulée envers Emilanius. Le double rattachement ethnique et spirituelle incarne la construction de la personnalité d'Apulée. Il va s'en dire que cette opération d'identification historico-mythique a l'avantage de renforcer une sorte d'ennoblissement dont font généralement preuve, les élites nord-africaines. Certes, le terme ennoblissement est plus approprié pour l'histoire généalogique mais il est aussi un gradient social lorsqu'on analyse les cadres des rapports entre la civilisation et la barbarie, termes récurrents qui renvoient à l'image que se faisait l'élite politique et intellectuelle de la masse populaire. Il reste que l'inventaire des déclarations du partage des mondes des barbares et des civilisés n'a pas encore été fait, mais à l'instar du snobisme d'Apulée, nous avons quelques figures représentatives de la séparation par la culture qui accentue les degrés de l'ennoblissement des princes, des rois etc des intellectuels. Dans le jeu de miroir du clientélisme de Juba II, M. Coltelloni-Trannoy résume bien la situation des relations de subordination imposées par Rome aux rois africains.(80) En réponse à l'intervention de cette dernière, M. Kolendo dit en substance ceci:" Donc la place tenue par Hercule dans le monnayage de Juba II doit s'expliquer plutôt par des considérations africaines. Hercule, héros grec et romain luttant contre la sauvagerie, avait dans la mythologie classique des liens assez forts avec l'Afrique (cf. l'expédition au jardin des Hespérides ou les colonnes d'Hercule). En mettant l'accent sur le culte d'Hercule, Juba II voulait souligner que lui, un prince africain, appartenait cependant au monde de la civilisation gréco-romaine. Comme Hercule, il était propagateur de la civilisation contre la sauvagerie."(81) Rien n'y est fait, l'histoire nord-africaine d'où qu'on l'aborde est soumise aux conditions de domination qui assujettit aussi bien les autorités politiques que les intellectuels. L'emphase historique est en permanence tributaire de l'acculturation et de la dépersonnalisation des collaborateurs du pouvoir romain. Certes, les figures connues contribuent à des degrés divers au renforcement de leur acculturation et participent activement à se distinguer des Barbares mais l'état intermédiaire que représente celui d'Apulée et de Juba II qui rappelons-le, ont des vécus différents, renforcent leur position sociale au nom d'une revendication ethnique comme le fait Apulée ou d'une mise en scène de l'autorité par Ptolémée envers Calligula qui lui valut un lourd tribut. Ce dernier subi le chatiment suprême, la mort, parce qu'il voulait disputer l'autorité impériale et de surcroît avec son parent en la personne de Calligula. L'histoire du pourpre est de nouveau reprise pour expliquer la rivalité entre les chefs maures et romains. Cette représentation de l'histoire de l'usurpation est reprise postérieurement par Ammien Marcellin au sujet de la révolte Firmus. L'ambivalence de la situation sociale des personnages historiques reproduit l'état des forces politiques, économiques et sociales et met en rapport de subordination culturelle tous ceux qui sont pris dans le vertige de la domination ou de l’empiétement. Cette récurrence thématique de l'ethnique et de la culture juxtapose des dualités imposées par l'impérialisme romain. Aux faits des déclarations duelles rapportées par commentateurs, nous reprenons le texte de l'Apologie pour débattre une nouvelle fois des prises de positions d'Apulée. Les déclarations d'Apulée sont saisies au gré des circonstances textuelles. Les plus retentissantes d’entre elles sont citées en abondance pour étayer l'objet d'étude choisi par le commentateur. Parmi elles, nous retenons quelques-unes.

Premièrement: E. Ndiaye donne une version latine: eloquentiam Graecum, patrium barbaram (Apologie 25.2)

Deuxièment; l'intégralité de la déclaration sur l'origine est contenue dans les paragraphes XXIV et XXV. Il est dit: " De patria mea uero, quod eam sitam Nimidiae et Gaetuliae in ipso confinio meis scriptis ostendis; quibus memet professus sum, cum lolliano Auito C.V. praesente publice dusseren, seminumidam et semigaetulum."

- "Nec hoc eo dixi, quo me patriae meae paeniteret; etsi adhuc Syfacius oppidum essemus. Quo tamen uicto ad masinissam regem munere populi Romani cocessimus ac deinceps ueteranorum militum nuou conditu spendidissima colonia sumus , in qua colonia patrem habui loco principis duumuiralem cunctis honoribus perfunctum, cuius ego locum il illa re publica, exinde ut partipare curiam coepi, nequaquam degener pari, spero, honor et existimatione tueror."(82)

Ces assertions ethnico-géographiques donnent la mesure de la légitimation mise en avant par Apulée pour rappeler le degré de son intégration dans l'ordre romain. Le rappel de l'histoire des rois numides lui sert d'adjuvants pour sur-affecter l'empreinte de la romanité sur le destin de l'Afrique. Les mots ne sont pas prononcés, mais il s'agit bel et bien de la commémoration des alliances controversées, passées entre les Numides et les Romains. Dans tous les cas, les guerres puniques sont à l'arrière-plan du discours apuléen. Au fond que voulait-il dire en évoquant Syphax etMassinissa? Curieusement, il ne cite ni Polype, ni Tite-Live et ni Appien alors qu'il se donne à cœur joie lorsqu'il s'agit des Philosophes dont il trouve toujours une parenté "spirituelle" très rapprochée. Le statut de l'histoire désigne tout droit le soupçon d'une négation complète de l'héritage des royaumes numido-maures. Du coup, il s’enchaîne une série d’interrogations sur l’effondrement de la mémoire historique qui avalise de fait, une entreprise générale de la démolition de l'ethos berbère qui n'est plus seulement l'exclusion du barbare de œkoumène, mais de l'histoire des autochtones.(83) C'est cette destruction définitive qui va jouer un rôle déterminant dans le processus de désintégration de l'identité maure. Est-ce avec la disparition des Libri punici qu'aurait en dernier utilisé Juba II que l'on peut dater la fin de la mémoire collectivement incarnée par les princes berbères? Et est-ce que la fin de la Maurétanie comme le laisse supposer les historiens que sonne le glas de la spécificité berbère? L'annexion totale et le morcellement du territoire ont-ils contribué à accentuer le processus d'intégration de l'élite nord-africaine et dater une acculturation généralisée des intellectuels africains? La fin tragique de Ptolémée marque-t-elle, l'accélération du processus d'acculturation des Africains romanisés? Toutes ces questions délimitent le champ d'investigation pour comprendre l'histoire de l'Afrique du Nord du Iè au IVè siècles ap. J.-C, théâtre en l'an 40 après J.-C d'une pure annexion de la Maurétanie par Caligula qui met fin à la politique du protectorat initiée par Auguste. Ainsi, cette annexion va largement contribuer à l'intégration dans l'empire des Africains romanisés. Il ne s'agit pas pour nous de reprendre la totalité de l'histoire événementielle, mais de situer les dates marquantes de la romanisation par le haut c’est-à-dire par la puissance publique de l’État romain qui cela va de soi allait diffuser largement la culture gréco-latine. Si des tensions subsistaient entre les Maures et les Romains, il n'en demeure pas moins que les Maures clients des Romains ont contribué aux différents face-à-face qui ont opposé les autochtones aux envahisseurs. Les personnes formant la clientèle de Rome sont connues. La carrière dans l'administration romaine a favorisé l'intégration de leur progéniture et l'acquisition de la culture gréco-latine. Parmi toutes ces personnes, Apulée donne l'exemple de la transition entre la culture du terroir et celle de l'empire. Entre Apulée et Saint Augustin, une pléiade d'écrivains fils de l'élite africaine romanisée, font preuve aussi bien dans le domaine politique que celui de la culture ou la religion, d'un prosélytisme déconsidéré eu égard à leur origine. Ce prosélytisme débouche soit sur une ambivalence de la personnalité ou sur une assimilation intégrale sans doublure possible. On peut classer dans le premier groupe tous ceux qui n'ont pas nié leur terroir d'origine et ceux qui ont soit perdu toute trace de la tradition berbère soit volontairement omis leur histoire familiale. La complexité de la situation et l'enchevêtrement de la décision politique sur le social et la culture, rendent plus obscures les visées personnelles des individus à telle enseigne que la distinction n'est pas aussi nette comme le pense M. Benabou qui voulait rendre compte de la situation ambiguë en disant ceci:"Bien plus, chacun peut produire sa galerie de portraits symboliques et de gloires nationales pour en tirer des conclusions péremptoires; on trouvera ainsi, d'in côté- les héritiers de l'"éternel Jugurtha"-, Tacfarinas, Faraxen ou Firmus, et de l'autre,- lointains successeurs de Juba II-, Apulée, Tertullien ou Saint Augustin. (84) Le face-à-face préconisé par M. Benabou ne tient pas compte de la diversité des situations vécues et des domaines d'appréciation des relations entretenues entre ces personnes et la romanité. Nous pensons que l'image de l'éternel rebelle n'est pas du tout du ressort de la seule figure de Jugurtha d'autant que de dernier n'incarne pas toute la résistance africaine à la romanisation. L'amitié scellée entre Massinissa et Scipion l'Africain enlève de facto toute légitimité révolutionnaire à la famille royale masaesyle au détriment des massyles dirigés par Sphax . Jugurtha lui-même a bénéficié de largesses de clans rivaux romains. Tout autant que le personnage d'Apulée est très différent de celui de Saint Augustin ou de Tertullien et les autres Africains romanisés. A plus forte raison, des nuances doivent être prises en compte pour évaluer la résistance, la soumission, l'acculturation et l'assimilation des Africains. À des degrés divers, tous les personnages cités par l'historiographie gréco-romaine sont compromis avec l'ordre établi et ne représentent par l'autre face de la réalité nord-africaine incarnée par tous ceux qui n'étaient pas tributaires de l'impérialisme romain. Nous pouvons citer toutes ces tribus autonomes et indépendantes de l'autorité romaine. A souhait, nous avons introduit, une réflexion sur la personnalité de Igmazen qui à nos yeux représente les valeurs sûres de l'autochtonie mais qui hélas ont été introverties par la fameuse traîtrise envers Firmus qui lui-même de part son parcours et de l'histoire de sa famille, avait les mains liées avec l'ordre romain.(85) La rébellion ne fait que de rendre compte de la sempiternelle rivalité familiale ou tribale du temps des royaumes numides et bien avant si on prend soin de chercher les avatars des relations inter-libyennes entre le 3000 ans A.J.-C et 1000 ans A.J.-C. La nécessité de remonter le temps de l'histoire du Nord de l'Afrique préfigure l’enchaînement causal des dualités entre les différents topoi qui structurent la mentalité des hommes et de l'espace. Curieusement les indications géographiques d'Apulée sur la Numidie et la Gétulie et le rappel historique des guerres puniques n'ont pas trouvé des échos auprès des spécialistes de l'Afrique du Nord antique. Dans une certaine mesure, la signification première de telles évocations nous incitent à approfondir la teneur de telles propos. Il est tout à fait possible d'exploiter ces indices pour transcrire l'évolution historique de ces deux contrées. Si la Numidie est connue grâce à l'histoire de la famille masaesyle, il n'en demeure pas moins que la Gétulie relève de cette constante inconnue.

A ce jour, il n'existe pas des études et des recherches archéologiques de l'espace saharien de la dimension de celle de la Garamantie entreprises par l'école anglaise. L'intérêt de telles recherches sont primordiales pour établir la cartographie de la fameuse frontière évoquée par Apulée entre la Numidie et la Gétulie afin de retranscrire l'itinéraire de la famille d'Apulée. Il ressort qu'il existe des espaces de confrontation culturelle qui ont opposé les Libyens aux Puniques dont rend compte la volonté d'expansion de Massinissa au lendemain de la troisième guerre punique.Le jeu de cartes reproduit par V. Bridoux induit une mouvance des frontières qui montre la variation territoriale de " l'aire d'implantation originelle des peuples maure , masaesyle et massyle", (Fig, 6) jusqu'à l'an 33 A.J.-C.(86). Ce jeu de cartes nous apprend que l'implantation originelle des Masaesyles ne représentait qu'un portion limitée du territoire incluant les villes de Cirta, Madaure, Sicca, Mactar et Dougga. L'expansion masaessyle de la Moulouya à la Tripolitaine atteint le maximum de son étendue après 148 A.J-C., (Fig, 9). Or, d'un point de vue proprement historique, les propos d'Apulée ne fournissent pas assez de précisions sur le moment où Madaure était sous l'autorité des Massyles d'autant si nous suivons la limite établie entre les deux royaumes numides, la ville de Madaure indique la frontière entre eux. (Fig, 8). Le rôle joué par Madaure dans la lutte entre les deux royaumes, reste flou eu égard à l'importance stratégique de la ville. Par ailleurs, un autre voile couvre d'un point de vue onomastique Madaure comme cité nord-africaine. Le propos tenu par Apulée sur la reconstruction par les vétérans romains, ne donnent pas des indications précises sur la fondation de Madaure. Mais il semble qu'il rejette l'idée d'une origine punique. L'enigme de la question de l'origine est contributive d'un certain amalgame entre punicisation de la population autochtone et la colonisation phénicienne de Madaure en particulier et de l'Afrique du Nord en général. Comme nous l'avons souligné plus haut, le traitement infligé par Apulée à Emilanius lors du procès reflète les rivalités de l'appartenance qui ont de tout temps, traversé l'esprit des élites nord-africaines. Ainsi, les équivoques de l'appartenance ethnique se juxtaposent à l'histoire des topoi. En l’occurrence, Madaure est un cas parmi d'autres sur lequel nous reviendrons plus loin en étudiant le cas de la Gétulie.

Pour finir, il nous semble qu'il est urgent d'entreprendre une introspection historique des élites nord-africaines ou maghrébines pour comprendre l'effet dévastateur de leur collaboration avec les puissances étrangères. L'urgence de la catharsis est fondamentale pour asseoir un tant soit peu, l'adunation comme critique de l'acculturation des élites. Toujours est-il que le discours de Fichte à la Nation allemande a l'avantage de mobiliser l'élite désincarnée en l’appelant à relever le défi de la manière suivante:" Vos ancêtres se joignent à mes exhortations. Sachez qu'à ma voix se mêlent, les voix de ceux qui ont opposé leurs corps à la domination des Romains, et ont conquis, au sacrifice de leur sang, l'indépendance des montagnes, des plaines et des fleuves qui sont la proie de l'étranger." (87) Nous nous avisons que notre exhortation à l'appui du philosophe allemand n'a absolument rien à voir avec le racialisme nationaliste. En effet, le problème amazigh est d'une autre nature parce que la figure ses ancêtres n'est pas soumise à de quelconques considérations de la puissance conquérante, mais elle relève plutôt de sa propre condition de dominée.

F. Hamitouche

Notes

60- Idem, le problème de l'héritage dans les milieux des berbères romanisés n'est pas bien étayé. N. Fick n'évoque le droit que pour la dot mais ne dit rien sur l'héritage. Par ailleurs, S. Selhi (Femmes propriétaires de domaines en Afrique romaine, CT 181, 2002) ne dit pas un mot sur l'héritage de Pudentilla et parle uniquement de biens fonciers que possédait Pudentilla dans l'arrière-pays d'Oea en Tripolitaine. Elle localise ces biens fonciers près de Sabratha au Djebel Nefoussa qui rappelons-le, est resté berbérophone jusqu'à aujourd'hui. Si Oea est considérée cité punique par les historiens, la romanisation de la Tripolitaine quant à elle, elle a été tardive. Sur la base de ces insertions, est-ce que c'est le droit coutumier qui était appliqué ou c'est le droit romain qui régissait le code la famille.

61- Sur le droit coutumier berbère et faute de mieux, il faut bien admettre la thèse de S. Gsell lorsqu'il nous livre son analyse sur l'organisation sociale et politique, livre V, les royaumes berbères. A cela s'ajoutent toutes les tentatives de lecture rétroactive du droit coutumier berbère. Entre autres, A. Hanoteau et A. Letourneux nous ont légué une énorme compilation des Qanouns kabyles, (La Kabylie et les coutumes kabyles) qui ont probablement inspiré l'historien français. Nous pouvons aussi nous contenter des travaux d'Emile Masqueray qui donne un aperçu global de la constitution des "cités nord-africaines" consécutives aux regroupements villageois qui sont gérés par le droit coutumier berbère. Hélas, cela ne suffit pas à remonter le temps pour englober la totalité de l'histoire nord-africaine et saharienne, tout au moins des anciens Néolithiques à l'historique des Amazighs c’est-à-dire sur une période de 10.000 ans.

62- P.F. Girard et Senn, Textes de droit romain, Éditions Dalloz, 1967.

- P.F. Girard, Manuel élémentaire du droit romain, Éditions Dalloz, 2003

63 . S. Gsell, Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, 8 volumes, Hachette, 1913 à 1929.

I- Les conditions du développement historique, Les Temps primitifs. La colonisation

phénicienne et l'Empire de Carthage.

II- L’État carthaginois.

III- Histoire militaire des Carthaginois.

IV- La civilisation carthaginoise.

V- Les royaumes indigènes. Organisation sociale, politique et économique.

VI- Les royaumes indigènes. Vie matérielle, intellectuelle et morale.

VII- La république romaine et les rois indigènes.

VIII- Jules César et l'Afrique. Fin des royaumes indigènes.

64- P. Grandet, Ramsès III, Histoire d'un règne, Editions Pygmalion, 1993. les guerres libyques, XIIème siècle A.J.-C. Sur l'exploitation de la documentation de l’Égypte antique, nous avons depuis bien longtemps relevé le regard qu'avaient les antiques Égyptiens sur leurs voisins de l'Ouest et l'ancienneté des relations d'adversité et d'alliance entre les deux populations Dès la IVè dynastie, on assiste à une alliance matrimoniale d'un pharaon d’Égypte qui prend pour épouse une Libyenne. D'autant que les discussions au sein de la Société d'anthropologie de Paris, étaient animés par M.J,-A,- N. Perier, Races dites berbères et leur ethnogénie A. Hennuyer, 1873 et sur l'ethnogénie égyptienne, Mémoires de la SAP, 1860-1863 et le docteur Pruner-Bey - Recherches sur l'ancienne race égyptienne, Mémoires de la SAP, 1860-1893-, qui ont rapproché nettement les deux populations bien avant l'origine amazighe des Pharaons, idée fantaisiste de B. Lugain. En se basant sur les travaux de G. Lucotte Y- Chromoses DNA Haplotypes in the north african populations, Hum bio, 2000, il confond ethnie et phylum génétique. Par la suite A. Bloch ( De l'origine des Égyptiens, Bulletins et mémoires de la SAP, 1903) reprit la question pour étayer la thèse de "l'origine libyenne de ce qu'il appelait primitivement la nouvelle race égyptienne." p, 39.

65- J. Yoyotte, les principautés du delta au temps de l'anarchie libyenne, IFAO, 2012.

- F. Colin, Les Libyens en Egypte (XVè siècle AC, IIè siècle, PC) Onomasticon I et II, 1996.

-Les peuples libyens de la Cyrénaïque à Égypte d'après les sources de l'antiquité classique, Académie royale de Belgique, 2000.

- Le domaine d'Ammon à Bahariya , de la XVII ème dynastie à la XXVI ème dynastie, l’apport des fouiles de Qasr Allam : continuités et ruptures, HAL, Archives ouvertes, Paris, 2004, 2011.

66- G. Camps, les Berbères, mémoire et identité, Éditions Errance, 1987. La question de l'origine cananéenne doit être traitée dans l'optique de la mobilisation des ressources orales par la pensée orientalisante pour transformer la géographie et l'identité nord-africaine par tout un ensemble de mécanismes anéantissant la mémoire des Berbères. Ainsi, une suprématie noologique s'instaure pour définir la construction des identités allochtones. De sitôt, la préhistoire fut prise en otage par l'orientalisation. G. Camps succombe à la tentation orientale et la mise au point de S. Chaker ( Notes et remarques du préfacier de l'édition de 2007, A propos de l'origine des ProtoMéditerranéens et des Capsiens) ne répare pas les dégâts induits par une insertion qui fonctionne comme une malédiction des origines berbères. Cette longue histoire qui remonte à croire M. Coltelloni-trannoy (Hercule en Maurétanie: mythe et géographie, l'Afrique du Nord, mémoire, identité et imaginaire, PUR 2002 et Le culte royal sous les règnes de Juba II et de Ptolémée de Maurétanie, Colloque international sur l'Afrique antique et médiévale) aux constructions généalogiques des rois et princes berbères auxquelles ont fortement participé les auteurs gréco-latins. Il existe toute une série d'études portant sur l'orientalisation des origines. Nous citons par exemple: A. Muzzolini, Les chars au Sahara et en Égypte. les chars des "peuples de la mer" et la "vague orientalisante" en Afrique, Revue d’Égyptologie no 45, 1994

J. Hureiki, l'origine des Touaregs, Éditions Karthala,

Ibn Khaldoun et les généalogistes berbères et la critique de la théorie de Tauxier par Y. Moderan. Toutefois, l'identité libyco-phénicienne assemble au détriment de l'allochtonie des éléments probants pour éliminer les origines fantaisistes du peuplement de l'Afrique du Nord.

67- idem, p, 19. Nonobstant, la note 62, il est impératif de prendre en considération avec vigueur les récits des origines qui se sont accumulés depuis l'aube de l'histoire qui ont pratiquement désarmé les Berbères en tant que producteurs de leur propre histoire. Mise à part, des noms et des écoles, il s'agit de réunir tous les corpus qui ont diligenté une manière de dire l'histoire par l'allochtonie. G. Camps cite quelques exemples qui ne complètent pas toute la liste. Dans notre récit des origines, nous avons sérié une liste ouverte de pas moins de douze thèses auxquelles peuvent de rajouter le cas échéant, d'autres versions dont n'avons pas pris connaissance pour le moment.

-68-Idem, p, 19.

69- Y. Modéran; Mythe et histoire aux derniers temps de l'Afrique antique: à propos d'un texte d'Ibn Khaldoun, Revue historique CCCIII, 2001. Il refute la théorie des migrations Néo-Berbères de D. Mattingly, Fig, 1, 318 dont l'origine remonte d'après lui, à H. Tauxier qui la formulée pour la première fois en 1862 dans un article paru dans la Revue africaine no 6 puis dans le no 7 en 1863. Au lieu d'une dissémination du nom des Louata (Linguatan), il préconise une transformation onomastique orchestrée par l'islamisation des tribus berbères.

70- M. Leglay, Les syncrétismes dans l'Afrique ancienne, Les syncrétismes dans les religions de l'antiquité, colloque de Besançon, 1979. Élément essentiel de l'acculturation, la religion tient lehaut du pavé au dire de cet auteur. Il dit en substance: " Cette aptitude particulière des Berbères à accepter les apports de l'extérieur s'allie à un conservatisme profond des ruraux . j'ai traité de cette question dans Saturne Africain. Toutefois, il termine en suggérant ce qui suit : Pour saisir toutes les nuances, s'imposerait une étude comparée de la vie religieuse dans les villes et dans la campagne." p, 123.Nous citons les travaux de M. Leglay parce que le syncrétisme religieux participe de concert à toute une vision de l'histoire dominée par l'allochtonie. Par le biais du syncrétisme, la figure d'Hercule s'impose en remplacement d'un dieu numide nous dit P. Corbier. l'interférence religieuse débattue à distance par nos trois protagonistes cités (P.Corbier, M. Clavel-Levêque et C.Jourdan-Annequin) n'enlève rien à la vacuité de la question religieuse. En effet, ce dieu numide inconnu remplacé par Melqart le dieu phénicien ou par Hercule le dieu romain, reste hypothétique eu égard aux connaissances que nous avons de la religion ancienne des Berbères. A. Befaida ( Religion et sacré chez les Imazighen, IRCAM, 2001.) ne recense aucune divinité de ce type et ne cite pas P. Corbier pour attester l'africanité de Hercule.

71- R. Basset, Recherches sur la religion des Berbères, RHR, 1910.

- L. Bertholon, Essai sur la religion des Libyens? Revue tunisienne, no 72 OU 77 ?, 1908, no 78, 1909, no 80, 1910.

-S.Gsell, HAAN, Tome VI, Mœurs et croyances, les dieux.

- G. Camps, Dieux africains et Dii mauri, E.B, XV, 1995.

A. Belfaida, Religion et sacré chez les Imazighen, IRCAM, 2001.

Au vu de l'importance de la question religieuse dans l'antiquité avec le problème donatiste ou de l'islamisation totale de l'Afrique du Nord, il est commodément admis que la religion est un élément très actif de l'acculturation des populations berbères.

72- M.Clavel-Levêque, A propos de l'Hercule africain, réflexion sur les modes du syncrétisme, DHA, vo.1, 1974, p, 105.

73- G. Camps, Idem, p, 13.

74- E. Wolff, Espaces sauvages et nomades, Les espaces du sauvage dans le monde antique, 2004, p, 23.

75- M. Coltelloni-Trannoy, Hercule en Maurétanie: mythe et géographie. Au début du principat, l'Afrique du Nord antique et médiévale. Mémoire, identité et imaginaire. PUR, 2002.

76- La contamination ethnique, métissage, absorption, dissolution, mélange coalescence Wikipédia.

77- A. Eliman tend a réactivé les affinités orientales en assimilant les parlers maghrébins au punique. C'est une façon de voir qui certes donne du baume au cœur aux Tunisiens et reconforte leur généalogie, mais elle n’éclaircit pas du tout la donne amazighe. Elle renforce la position des oreintalisants. Néanmoins, il existe une option qui met dos à dos aussi bien les Occidentalisants que les orientalisants c'est celle d'une amazighité autocentrée.

78- Apulée, L'Apologie.

79-CL. Briand-Ponsart, A propos de la mémoire d'Apulée, L'Afrique antique et médiévale, Mémoire et imaginaire, PUR, 2002. L'auteur de l'article reprend les arguments de N. Fick qui consistent à évoquer Cyrus qui a régné sur un peuple ennemi des Grecs. Cette idée est rejetée et il penche plutôt pat l'évocation des mythes des origines contenues dans les libri Punici du roi Hiempsal que cite Salluste. Nonobstant, l'équivocité des termes employés, il reste que les mots utilisés ne fixent pas du tout la réalité énoncée. Le mot libyen utilisé par Salluste est remplacé par le terme numide par Apulée. Cette translation linguistique que nous avons évoquée ci-dessus ( Note 44) reste entièrement discutable.

80- M. Coltelloni-Trannoy, Les liens de clientélisme en Afrique du Nord du II ème siècle A.J.-C jusqu'au début du principat, Bulletin archéologique du CTHS, nouvelle série, Afrique du Nord, fasc 22, 1992.

81- M. Kolendo dans , M. Colelonni-Trannoy? le culte royal sous les régne sd JubaII et de Ptolémée de Maurétanie, Afrique du Nord antique et médiévale, V ème colloque international, p, 81.

82- E. Ndiaye, Les barbares ennemis et leurs chefs: Des stéréotypes aux spécificités, Figures de l'étranger autour de la Méditerranée antique, L'harmattan, 2009, p, 73.

83- Apulée, L'Apologie, p, 57 et 59.

- Quant à ma patrie; vous avez rappelé, d'après mes propres écrits, qu'elle était sur les limites mêmes de la Numidie et de la Gétulie. J'ai déclaré en effet, dan sune conférence publique faite en présence de Lollanius Avitus, que j'étais demi-nimude et demi-gétule."-Cela ne veut pas dire que je rougirais de ma patrie, même si nous étions encore la ville de Syphax. mais après la défaite de ce prince, la faveur du peuple romain nous fit passer sous la domination du roi Massinissa; plus tard notre cité fut fondée à nouveau par l'établissement de vétérans, et nous sommes maintenant une colonie florissante. Dans cette colonie, mon père a occupé le haut rang de duumvir, après avoir passé par tous les honneurs; et sa situation dans l’État depuis que je fais partie de la curie, je conserve sans déchoir, aussi honoré, je l'espère, et aussi considéré.

84- M. Benabou, La résistance africaine à la romanisation, p, 582.

85- Igmazen , texte inédit qui a l'avantage de mettre en relief, l'existence d'une autorité tribale autonome et indépendante de Rome qui reflète un tant soit peu, la réalité politique sociale etéconomique de la Kabylie antique. Nous aurions souhaité approfondir cette investigation endo-anthropologique et historique en traitant le cas de Faraxen qui bénéficie de l'image de résistant alorsque celle d'igmazen souffre de l’image de traître, un autre avatar hérité de la guerre de Jugurtha de Salluste qu'a repris Ammien Marcellin dans la guerre de Firmus. L'exercice du style des historiens gréco-latins laisse apparaître la fabrication de portraits calculés sur des préjugés constitutifs de la mentalité qui oppose le civilisé au barbare.

86- V. Bridoux, les royaumes de l'Afrique du Nord de la fin de la deuxième guerre punique à la mort de Bocchus II (201, 33 avant notre ère), Thèse de doctorat, Paris 1 Sorbonne, 2008.

87- P. Waydat, Le Barbare dans l'idéologie allemande dans Le barbare, le primitif, le sauvage, Études inter-ethniques no 10, CESERE, 1995, p, 159.

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