La Syrie, un peuple rêve de faire la peau aux auteurs de ses cauchemars

La Syrie réduite en cendres par l'une des guerres les plus sauvages de ces dernières années.
La Syrie réduite en cendres par l'une des guerres les plus sauvages de ces dernières années.

Oui en Syrie se déroule une guerre contre des passéistes qui insultent l’avenir. Comme dirait le philosophe, ces nostalgiques ne s’arrêtent pas de regarder en arrière pour porter atteinte à la vie même. Ils donnent un prétexte à des prédateurs dont les exploits dans un passé récent consistaient à dominer des pays pour déposséder les peuples de leurs richesses.

Il est connu que les guerres de conquête des territoires est la spécialité des Etats et des Empires imbus de leur puissance. Ils se "donne alors le droit" d’utiliser la force au mépris de la force du droit qui régit en principe les relations internationales. C’est cette politique prédatrice qui a donné naissance au concept fasciste de l’espace vitale que l’Allemagne nazie a mis en pratique pour dépecer ses voisins.

Hélas, des puissances ne retiennent pas les leçons de l’histoire et s’aventurent encore de nos jours dans une entreprise de dépeçage, par exemple de la Syrie. Ces puissances doivent considérer que les accords en 1916 dits Syce-Picot (1) n’ont pas produit tous les espoirs escomptés au Moyen-Orient. Les peuples de la région ont pourtant payé fort cher cesdits accords… la terre de Palestine volée et son peuple condamné à l’errance ne leur a pas suffit. Aujourd’hui, ils aiment tellement la Syrie qu’ils veulent une multitude de petites Syries. Sauf que le temps, ce moteur de l’horloge de l’histoire est un torrent qui balaie les fantasmes des partisans du démembrement de ce pays dont les origines se confondent avec l’aube de l’Humanité. Passons en revue les "nouveaux" prédateurs de territoires sans oublier les traditionnels marchands alléchés par l’odeur du pétrole si chère à leurs gloutonnes industries.

La Turquie, ce pays ne semble pas avoir digéré la fin de l’Empire Ottoman du début du 20e siècle. Devenue membre de l’OTAN, donc amis avec les puissances à l’origine de la mort de son glorieux passé ottomane, la Turquie s’est joint aux Occidentaux pour ‘’régler’’ ses comptes à des pays comme la Syrie et l’Irak en termes de territoires pour mieux en finir avec le danger des Kurdes habitant ces deux pays.

Israël est doublement intéressé à mettre à genoux la Syrie. Primo c’est le seul pays de la région qui n’a pas de traité de paix avec Israël contrairement à l’Egypte et le Jordanie. Même le ‘’petit’’ Liban refuse non seulement de signer la «paix» mais a libéré en l’an 2000 grâce à l’alliance de la Syrie et du Hizbollah une partie de son territoire occupé par Israël. Secondo Israël veut garder le Golan à la fois stratégique sur le plan militaire mais aussi territoire gorgé d’eau dans une région où cette denrée est aussi rare que vitale.

Quant à l’Arabie, elle est devenue enragée en voyant la ‘’petite’’ Syrie entretenir de bonnes relations avec l’Iran, sa bête noire qui l’empêche de dormir. Car l’Iran est vécue comme une menace capable de bouleverser les rapports de force dans la région aussi bien sur le plan politique (son influence supposée sur les populations chiites de la région) que religieux (participation à la gestion des lieux saints de la Mecque). La Syrie est une double aubaine pour l’Arabie car en ‘’cassant’’ ce pays, elle attire les sympathies d’Israël intéressé par le démembrement de ce pays pour des raisons citées plus haut. Une aubaine également car elle fait aussi plaisir aux USA qui ont un vieux contentieux avec l’Iran devenu une grande puissance capable de perturber et même déjouer tous les plans américains. Les influences de l’Iran en Irak, Afghanistan et aujourd’hui en Syrie font de ce pays un acteur important qui dérègle la machine impérialiste des USA.

Ah les Etats-Unis, l’empire qui ne veut pas se résoudre à abandonner son statut de gendarme du monde en dépit des défaites de leur puissante armée en Asie et leur déconfiture politique en Irak. Il faut dire que le Moyen-Orient est un carrefour géographique et géopolitique où coulent pétrole et gaz, où prospèrent les routes du commerce international depuis l’antiquité (route de la soie et des aromes), où des puissances régionales ont leur mot à dire, où la compétition-rivalité des grandes puissances est féroce, bref tous ces facteurs ne peuvent qu’exciter le désir des USA de jouer au gendarme du monde. Henri Kissinger le célèbre secrétaire d’Etat de Nixon vient de déclarer dans un forum à Moscou que la prétention des USA à diriger le monde fait partie de leur ADN.

Quant à l’Europe, essentiellement la France et la Grande Bretagne co-auteurs des accords de Syce-Picot, ces deux pays tentent de jouer les seconds rôles pour ne pas se faire oublier et défendre les petits ‘’privilèges’’ hérités de l’époque de leur mandat dans la région.

Cette longue liste d’acteurs qui interviennent dans le champ de bataille de la Syrie montre à l’évidence que chaque acteur poursuit ses propres buts contrariés par la politique d’autres partenaires. On le voit, le feu brûle entre l’Arabie et le Qatar pourtant unis contre la Syrie. Et face à ce tableau passablement chargé de noirs desseins il y a la Russie et de l’Iran frontalement opposés à toute cette sainte alliance qui veut la mort de la Syrie.

Ainsi nous voyons s’agiter une mosaïque d’intérêts contradictoires entre pays. Les amis d’hier se transforment en concurrents et parfois même en adversaires/ennemis. Le cas de la Turquie membre de l’OTAN est significatif. Ce pays n’est pas en odeur de sainteté en Occident et ses relations avec l’Arabie ne sont pas de tout repos puisqu’il penche plutôt du côté Qatar.

La situation actuelle en Syrie rappelle par certains côtés la guerre d’Espagne (1936). Dans ce pays Franco, général inconnu et félon s’appuyant sur les propriétaires fonciers et l’Eglise à eu la peau de la république espagnole abandonnée par les démocraties européennes qui fermèrent les yeux sur les deux puissances fascistes de l’époque, l’Allemagne et l’Italie venues en aide à Franco. En Syrie, des forces réactionnaires féodales et animées par une idéologie ultra réactionnaire veulent détruire une république dirigée certes par un régime de dictature mais qui protège les minorités religieuses et ethniques. Là aussi, des puissances qui se targuent d’être démocratiques ont choisi de s’allier à des pays du golfe qui ne sont pas précisément des modèles de démocratie. La différence entre la guerre d’Espagne et la guerre en Syrie réside dans le rapport de force à l’intérieur de la Syrie et sur le plan international. Le régime syrien quoiqu’on pense sur sa nature dictatoriale a une base sociale non réduite à une seule communauté comme on le prétend.

Quant au rapport sur la scène internationale, la Syrie contrairement à la république espagnole, n’est pas isolée. Elle reçoit l’aide de grandes puissances (Russie, Iran, Chine) qui veulent mettre fin à l’hégémonie qui pèse sur la région, chasse gardée de l’Occident depuis belle lurette. Ces trois nouveaux acteurs entrent dans la danse car ils ont leurs propres intérêts et peuvent se sentir menacés si l’Occident garde la main mise sur le pétrole et sur les routes commerciales qui relient à la fois l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Oui les temps ont changé. Ils rappellent que c’est l’histoire qui commande aux intérêts et destinés des pays et des peuples et non l’avidité et la cupidité qui engendrent le vol et la domination des territoires. C’est pourquoi ces intérêts contradictoires entre Etats vont se briser contre le mur des intérêts d’autres puissances (Russie, Iran, Chine). Quant à la cohorte des "révolutionnaires" qui puisent leur idéologie dans l’exploitation d’une religion, on connaît le cauchemar vécu par les populations de Mossoul et Raqqa. Après pareille tragédie il faut souhaiter à ces peuples de ne pas perdre espoir et de continuer d’entretenir un rêve lointain certes, le rêve de se débarrasser de ces régimes de dictature quel que soient les habits dont ils se parent.

La grande aventure consistant à apporter hier la civilisation à des peuples "arriérés" et aujourd’hui la démocratie à ces mêmes peuples, ne fait plus fantasmer les peuples de l’Occident. Cela se voit dans leurs réactions critiques contre leurs gouvernements qui vantent la démocratie tout en entretenant des relations avec des régimes féodaux fâchés avec ce mode politique de la gestion de la cité.

Un dernier mot, il serait bon que nos médias s’intéressent aux problèmes de la guerre et de la paix pour mieux appréhender les menaces existantes aux frontières du pays. Outre les problèmes de stratégie et de tactique soulevés par la guerre, celle-ci est dépendante de l’organisation sociale et économique du pays. Enfin une pensée philosophique qui viendrait soutenir la mobilisation de la société ferait réfléchir tout agresseur potentiel. Il serait bon de faire appel à des compétences algériennes pour exposer au grand public les problèmes de la guerre et de la paix pour nous éviter les lieux communs des médias occidentaux, lieux communs repris chez nous par certains.

Je citerai une des compétences algériennes dans ce domaine qui peut éclairer le lecteur algérien, il s’appelle Mustapha Benchenane, docteur en sciences politiques qui donne des conférences en Europe et écrit dans la revue de la défense nationale en France. Lui ouvrir les colonnes de nos journaux, c’est assurément un acte qui nous reposerait des manipulations et de l’arrogance d’une presse occidentale qui a du reste perdu de son aura dans un marché où jusqu’ici elle faisait la loi.

Ali Akika cinéaste

Note

(1) Accords Syce-Picot entre la France et la Grande Bretagne qui ont partagé le gâteau entre elle constitué des pays du Proche-Orient.

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