Démence vs terrorisme : soigner le "blanc", condamner le "basané" !

Deux poids, deux mesures dans le traitement de la violence terroriste.
Deux poids, deux mesures dans le traitement de la violence terroriste.

Lundi 19 juin 2017 : un mort et six blessés fauchés par une camionnette devant une mosquée à Londres. "Le conducteur de la camionnette a été conduit à l’hôpital où sa santé mentale fera l’objet d’une évaluation".

Cette simple phrase, passée quasiment inaperçue dans le flux de news relatif à cette "camionnette folle" lancée pour tuer du musulman, révèle le caractère ambivalent et le parti-pris subjectif concernant l’attitude et la démarche que les seigneurs de l’Occident adoptent face ce terrorisme aveugle qui semble gagner du terrain à l’extérieur des frontières du monde arabe. Ces tueries gratuites prennent des allures de jeux de surenchères morbides, où le carnage déclenche la vengeance impitoyable, pour être accomplies selon des cycles de barbarie suivant lesquels le nombre de victimes musulmanes ne compte guère sinon pour être versé dans des listings de statistiques macabres !

Dimanche 25 juin : une voiture fonce sur des fidèles réunis pour célébrer la fin du Ramadan. Une femme de 42 ans est très vite arrêtée. Mais d’après l’enquête, il ne s’agirait pas d’un acte terroriste !?

Le constat quasi-instantané de ces folies meurtrières consiste donc à faire dire aux maîtres "blancs" qu’un "blanc" qui massacre du "basané" est nécessairement atteint d’une maladie mentale nécessitant une prise en charge thérapeutique immédiate, alors que pour des carnages similaires, tout aussi vils, un "basané", quand bien même il ne se revendique pas d’Al-Qaïda, de Daech ou de Boko-Haram, est immédiatement taxé de soldat du mal qu’il est urgent de mettre hors d’état de nuire, en l’emprisonnant, voire en l’éliminant. Telle ambivalence d’approche mérite quelques envolées de réflexion et d’analyse sous un angle éloigné !

Les derniers exemples en matière de terrorisme sont amplement suffisants pour étayer cette thèse discriminatoire qui semble avoir gagné analystes et enquêteurs de cette folie meurtrière épisodique : ainsi donc, un fou-furieux qui se donne comme objectif de "tuer tous les musulmans de la Terre" en lançant une camionnette sur une foule de croyants qui sortaient nonchalamment d’une mosquée, par une soirée de Ramadhan, est immédiatement pris en charge, transféré à l’Hôpital pour un diagnostic poussé afin d’évaluer une santé mentale, nécessairement défaillante, seule à même de justifier l’origine d’une telle impulsion barbare, pendant que le geste d’un « Ikene » qui consiste à s’élancer sur un policier, muni d’un simple marteau, est rapidement interprété pour être mis sur le dos de cette malveillance islamiste qui veut tant de mal à la France et, au-delà, à l’ensemble de l’Occident ! ?

Je ne sais rien de plus de cet Ikene que ce qui en été rapporté par la presse, à savoir que c’est un journaliste qui poursuit ses études et qu’il est Kabyle ! Cette ramification génétique commune, rajoutée à quelques souvenirs lointains d’interactions turbulentes à l’intérieur même de cellules familiales, me susurre que ce geste fou est à mettre sur le dos d’un pétage de plomb qui ne se conjugue point avec quelconque précepte puisé du Coran ou d’une allégeance faite en toute conscience à ce conglomérat de barbares formatés pour soumettre et avilir l’humanité ! Est-il besoin d’être Docteur-es-psychologie-du-comportement pour énoncer que quand face à certaines épreuves de la vie, toutes les portes se referment, la fragilité de l’être humain peut se transformer très vite en attitudes incontrôlables et néfastes, aussi bien pour soi que pour les autres ? Dans ce monde de plus en plus oppressif, personne ne peut jurer d’être à l’abri d’un basculement vers toutes sortes d’états extrêmes ! Des extrêmes qui peuvent mener un individu des plus « normal » vers des actes déments qui s’étalent du suicide à toutes sortes de malveillances gratuites ! « ma yehess b’eldjamra, gheir li kouatou » (seul le brulé ressent sa brulure) stipule un adage du terroir ! Et il est bien trop facile, du haut d’une situation stable, d’une vie paisible, d’un quotidien réglé au millimètre, d’un environnement familial équilibré, d’un cercle d’amis fidèles, d’un emploi permanent, du haut de tout ce qui rime avec une vie vécue avec sérénité, de se laisser entrainer vers un désintéressement des drames qui touchent les autres de plein fouet ! Il est de ce fait souvent utile, ne serait-ce que pour se donner l’illusion de participer à une meilleure marche de l’humanité, de sortir de son quotidien doré et oser regarder le drame des autres afin d’en localiser les couacs qui peuvent mener, en absence de prise en charge sérieuse, à l’irréparable ! N’est-ce pas cela la véritable prévention à laquelle tout citoyen conscient se doit de consacrer un tant soit peu de vigilance ? Malheureusement, bien souvent, cet environnement oppressif dans lequel nous baignons tous ne laisse à personne suffisamment de répit pour s’intéresser aux malheurs des autres ! Ainsi va ce monde dit….moderne !?

Mais au-delà des cas particuliers précédents qui ont mis à nu la façon d’analyser (sous l’angle d’un ADN « blanc » d’ordre supérieur infaillible) ces crimes démentiels pour les catégoriser dans le domaine de la folie, pour les uns, et d’une allégeance islamiste, pour les autres, si l’on s’installe dans un référentiel absolu de rhétorique cartésienne, dans lequel toute confusion est exclue ; -par quel genre de loi humaine, applicable à tous les homos sapiens, sans distinction de race, de couleur ou de religion ? -par quel discernement universel ? - à travers quel filtre de sagesse antique ou de raisonnement moderne ? -à travers quel alibi juif, chrétien, ou musulman ? (quoique, sur tel terrain, tout semble permis) -à travers quel principe oriental ou occidental ? -à travers quel décanteur physique ou intellectuel ? -à travers quelle transmission prismatique ? -sur la base de quelle symbolique ? peut-on attribuer le terme de déséquilibre mental à un « English-man in London », afin de l’interner pour le soigner, et en même temps considérer un « Musul-man in Paris, Cairo, ou Bruxelles » suffisamment sain d’esprit pour lui faire endosser un habit de soldat de la cause islamiste, alors que pour l’un et pour l’autre, la finalité de l’acte barbare est la même : faire le maximum de victimes innocentes possible et marquer les esprits du camp adverse ? Un camp dont les périmètres sont, d’ailleurs, bien souvent flous et imprécis.

À propos de victimes innocentes, pas plus tard que mardi 27 juin, pour éliminer une douzaine de terroristes, la coalition anti-Daech ne s’est pas encombrée du moindre salamalec pour bombarder une prison et tuer plus d’une trentaine de civils, en plus de cette douzaine de soldats d’Allah, préalablement localisés. À ce rythme-là, il faudra massacrer tout le monde arabe pour venir à bout de ce Daech dont la sève coule à flots torrentiels depuis des centenaires dans les labos ténébreux des mosquées d’Arabie ! Et dans ces jeux de massacres stupides, on veut nous faire croire que ceux qui ont largué les bombes, et ceux qui en ont donné l’ordre, sont sains de corps et d’esprit !? Moustahil, cela est impossible ! Mais dans cette logique de guerre impitoyable, pourquoi diable s’encombrer du moindre scrupule si, pour éliminer une douzaine de fous d’Allah, il faille sacrifier une trentaine de civils Syriens ? Ah quelle est belle la planète des droits de l’homme quand on l’entraine sur le terrain de la raison du plus fort !

À moins que cela ne soit attribuable au hasard, ou à une démarche de bonne intention, celle, peu probable, d’éviter de froisser le pratiquant pacifiques par un vocabulaire culpabilisant qui met tous les musulmans de la planète dans le même sac de folie terroriste, n’est-ce pas au nom des raisons discriminatoires énoncées plus haut, que l’attribut "fou de Dieu" a complètement disparu du vocabulaire de la presse et des politiques ?

Il est donc évident que dans cette logique de la bêtise, le terme fou se doit d’être exclusivement réservé à un "blanc" qui massacre du basané ! Car si on continue à l’attribuer à tort et à travers à tous ceux qui sont responsables d’actes barbares, ces lanceurs de bombes qui tuent des innocents en Syrie et ces islamo-FLiN-tox responsables de 200.000 morts en Algérie, pour ne citer que ces deux exemples, ne sont-ils pas tous à interner dans un Guantanamo géant, de préférence construit pour être lancé dans l’espace et projeté au-delà du système solaire ? Si on parle de folie pour toute dérive meurtrière, comment justifier la guerre qui, aux terroristes islamistes, est menée ? Si on parle de folie, comment justifier l’utilisation des armes en lieu et place de soins et de thérapies pour tous ?

Décidément, sous un angle d’analyse distant, le « blanc » civilisé, lui qui mène toutes sortes de danses sur la planète, est mis face à des dilemmes difficilement évacuables par des tours de passe-passe syntaxiques !

Par ailleurs, si l’utilisation du terme "fou de Dieu" est utilisé chaque fois qu’un soldat d’Allah se fait exploser, par quelle habile démonstration pourrait-on convaincre les citoyens du monde que, d’un côté, les soldats de l’islam sont tous fous à lier, et que de l’autre, les dirigeants du monde arabe ne le sont pas ? eux qui inculquent, dans la petite cervelle de leurs sujets, qu’Allah a créé la Terre pour leur bonheur exclusif, et que tout le reste de l’Humanité est à maudire et, si possible, à exterminer.

Evidemment, la réponse à telle question coule de source ! Il faut bien la ménager cette source qui regorge de gaz et de pétrole ! Quant aux sujets, ces populaces partout malmenées et affamées, quel bénéfice peut-on bien en tirer ? Ces millions de malfamés ne font-ils pas que perturber la quiétude de ces royautés acquises corps et âmes à la cause et la suprématie du « blanc » sur ce « basané » juste bon à piller et, au cas où il se révolte, encore meilleur à éliminer ? Sauvegarder ses intérêts, en ménageant la source, quitte à exterminer tous les sujets qui s’oseraient à dénoncer ces contrats immoraux et infâmes ! Voilà l’équation d’un désordre mondial qu’il est utopique d’espérer voir, un jour, suivre quelconque trajectoire vers un ordre collectif équitable pour tous, à l’échelle de la planète.

Au vu de toutes sortes d’emballements qui guettent la Terre, en plus de ceux qui la secouent déjà, le monde s’engouffrera inévitablement vers une sélection des peuples sur la base d’une seule règle, celle de la loi du plus fort ! Tous les indicateurs des interactions Nord-Sud, Est-Ouest, Occident-Orient virent inexorablement à un rouge fatal qui fera parler les armes tôt ou tard ! Il va sans dire que les plus faibles périront et que les plus forts subsisteront ! Les images de Kim-Il-Sung et de Trump, chacun exhibant ses muscles à sa façon pour intimider l’autre, sont loin de rassurer et démentir telles prédictions ! Peut-être est-ce ainsi que fonctionne dame nature ; produire des Trump, des Poutine et des Kim-il Sung pour mettre à nu notre impuissance face à ses propres visées de sélection, en s’amusant ainsi à faire marcher le monde sur la tête !

Car si le monde ne marchait pas sur la tête, la seule question qui mérite d’être posée est : "Qui du roi d’Arabie ou de Donald Trump est le plus fou ?". 380 milliards de dollars de contrats d’armements entre Trumpy et le Roi ! Dans cette valse de chiffres à donner le tournis, comment peut-on se targuer d’être sain d’esprit, en acceptant ainsi de fabriquer et de livrer autant d’armes destructrices à des dirigeants qui ne font aucun effort pour sortir leurs peuples de la djahilia ? À moins qu’il ne s’agisse, pour Trumpy, de cautionner, longtemps en avance, les génocides que tels armements ne manqueraient pas d’entrainer, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières d’Arabie ?

Décidément, année après année, décennie sur décennie, le monde ne cesse de muer pour se transformer en hôpital psychiatrique géant dans lequel on confère aux plus atteints, en toute démocratie, des titres de praticiens de renommée ! Quel bel avenir pour l’humanité !

Il ne reste pour s’évader, en ces soirées d’été, qu’à regarder les étoiles, bière en main, prier et espérer qu’E.T. débarque pour nous soustraire de tant d’irresponsabilité à tous les sommets !

Kacem Madani

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