Education nationale : le bricolage pour remplacer les 40 000 départs à la retraite

Les départs à la retraite sont une véritable saignée dans l'enseignement.
Les départs à la retraite sont une véritable saignée dans l'enseignement.

Plus de 40 000 départs en retraite cette année pour un recrutement de 10 000 enseignants. La crise de recrutement des professeurs se poursuit de plus belle. De nombreux postes resteront vacants faute de candidats valables ou par manque de candidats à certaines spécialités. Alors que les corrections du bac étaient mises, comme tous les ans, sous la lumière des projecteurs, les futurs professeurs scrutent avec plus de discrétion mais non sans angoisse le concours de recrutement d'enseignants dans les différentes disciplines scolaires.

Le déficit des besoins d'enseignants et de leur qualité sera encore cette année 2017-2018 très insuffisant. Pour le nombre d'enseignants qui seront recrutés cette année, sera encore au dessous et sera de nouveau comme l'année dernière complété par la banque d'enseignants qui seront recrutés encore une fois en tant que contractuels. Recruter un enseignant quel que soit son niveau sans aucune formation à partir d'un concours dont la crédibilité n'est pas reconnu même par les responsables eux-mêmes a montré les carences de cette méthode d'engagement dans ce noble métier. Nous assistons chaque année, à un grand nombre d'abandon et c'est la raison qui a donné naissance à une banque d'enseignants formée à partir de ceux qui ont échoué au concours de recrutement. Quoique l'idée est excellente pour pourvoir aux postes devenus vacants par des recrutés, mais cependant on ne peut pas dire de même pour la qualité. La banque ou la liste nationale est beaucoup plus un bouche trou qu'un vrai recrutement.

Plus de 500 000 candidats au concours de recrutement d'enseignants pour 10 000 postes. Parmi ces candidats, ne se trouvent pas uniquement des nouveaux diplômés ou des diplômés chômeurs mais aussi des travailleurs dans d'autres secteurs qui préfèrent l'enseignement pour des croyances à de faux avantages dans l'éducation en comparaison avec le secteur où ils exerçaient tels que le salaires ou les vacances ou le volume de travail mais ces derniers lorsqu'ils réussissent le concours ils sont vite déçus et regrettent leur ancien travail et démissionnent souvent regrettant les conditions dans lesquelles ils travaillaient.

Parlons de ces avantages:

- Le salaire : l'enseignant par exemple du secondaire commence à environ 30 000 DA

- Les vacances: elles ne sont pas pour les enseignants mais pour les élèves et aujourd'hui ils ne sont plus que d'une semaine à chaque trimestre et d'un mois l'été car ils doivent ou participer à des formations ou préparer les élèves aux examens, de plus le législateur des vacances scolaires savait que l'enseignant est surmené après un trimestre de travail et a besoin de repos sans ça il exploserait.

- Le volume horaire: Pour le volume horaire 18 h pour le secondaire 22 h pour les autres paliers, là aussi le législateur a compris qu'à chaque heure de cours nécessite au moins 1h 30 mn de préparation ce qui fait 45 h pour le secondaire sans parler des corrections.

- Pour l'absentéisme et le retard: ils sont nuls car c'est les élèves qui contrôlent cela, et chaque minute de retard ou d'absence est sanctionnée.

- Le travail de l'enseignant: il est aussi bien contrôlé par l'élève, l'administration de l'établissement, les parents d'élèves que les inspecteurs des matières.

- L'enseignant: il est chaque année redevable d'un programme de travail qu'il doit terminé, il n'a droit à aucun repos et doit éviter de tomber malade.

- Les extras sont les convocations aux séminaire et les réquisitions auxquelles il doit répondre. Il est harcelé par l'administration de l'établissement, les inspecteur de matière, le ministère, les parents d'élèves, les élèves et tous les maux de l'éducation lui sont reprochés.

- L'enseignant doit obéir à une tenue vestimentaire et civique exemplaire.

L'enseignant doit d'abord être un éducateur avant d'être un instructeur. Donc être enseignant n'est pas donné à tout le monde et on ne peut être enseignant par un simple diplôme ou par un simple concours.

Le candidat qui se présente au concours ou celui qui le réussit ne sait pas ce qui l'attend, il vient à l'éducation parce qu'il est chômeur ou par ambition des avantages et rarement par vocation.

Cette vocation on l'a observé chez des contractuels qui pendant des années ont servi le secteur et sont bien formés mais pour diverses raisons échouent au concours qui manque de transparence. Certains ne sont toujours pas rémunérés mais continuent à servir l'éducation car ils aiment ce noble métier.

On parle souvent des départs en retraite dans l'éducation mais jamais des abondons ou des démissions après plusieurs années de travail, car dans ce métier l'enseignant pendant tout son parcours n'a pas de motivation pour continuer.

Parlons de ces départs retraite dont la plupart sont anticipés, après 25 ans de travail, l'enseignant sent que sont rendement a diminué de plus de 50% et comme il a aimé ce métier il préfère quitter ce qu'il a aimé le plus dans sa vie à tel point qu'il a délaissé ses propres enfants pour s'occuper des autres. Le secteur de l'éducation a sucé le sang de ces pauvres enseignants dont la plupart ne profite pas de leur retraite insuffisante pour les nourrir car elle n'a jamais été indexée au pouvoir d'achat. Oui la plupart qui le secteur publique pour aller vers le secteur privé et c'est tout à fait logique car il suffit de faire une dizaine d'heures pour être mieux rémunéré et de large par rapport à 18 h dans l'éducation

Aujourd'hui comment peut-on éviter les erreurs du passé entre bon recrutement dans l'éducation et un meilleur moyen d'utilité des enseignant au bord de la retraite et ayant plus de 25 ans d'expérience dans le secteur.

1) D'abord pour un enseignant de plus de 25 ans d'expérience ne peut avoir un volume horaire de 18h mais ce volume doit être revu à la baisse à plus de 50% tout en obligeant ce dernier à consacrer au moins 3h pour la formation ou le remplacement d'enseignant absent pour de courtes durée ne dépassant pas 15 jours.

2) Permettre aux retraités à rester en contact avec le secteur de l'éducation en leur assimilant un travail de formateur ou à l'élaboration de livres scolaires ou aux nouveaux programmes scolaires.

3) Recruter les retraités en tant que conseiller pour chaque inspecteur de matière.

4) Recruter les retraités pour la formation de nouveau enseignants.

Maintenant parlons du recrutement qui n'a pas résolu la qualité d'enseignement surtout parce qu'il n'obéit pas aux vrais critères d'enseignants tels que:

  • L'accès au concours: avoir un diplôme bac +3 minimum et faire adopter une charte d'enseignant montrant les droits et devoirs de ce dernier.

  • Le concours programmé pour des élèves enseignants pour les besoins de 2020 et non pas pour 2018 et laisser les candidats qui auront réussi à celui-ci d'avoir droit à une formation complète pendant deux ans dans des instituts de formation.

  • Le recrutement se fera à partir des instituts de formation et non à partir d'un diplôme pour encourager la vocation au métier et recruter de vrais enseignants pour mettre fin au bricolage.

  • Il est souhaitable d’avoir une expérience dans l’enseignement, la formation ou de se destiner aux métiers de l’enseignement

  • La formation pédagogique doit au minimum durer deux ans

  • La deuxième année de formation sera marquée par des stages en tant que pré-professeur. Ce stage se fera sur un poste vacant et suivi de près par des retraités ou des enseignants ayants au moins 25 ans d'ancienneté et ayant un volume horaire de 9h pour s'occuper pleinement de ces professeurs en stage. Arrêtons le bricolage dans le recrutement et passons à l'étape de la formation, de la qualité, la planification des besoins et de la vocation pour ce noble métier pour sauver l'école publique algérienne.

  • Chaque wilaya doit être dotée d'un institut de formation encadré par des inspecteurs ou des enseignants expérimentés ou des retraités pour enfin rendre à ce secteur sa noblesse. Être professeur n'est pas donné à n'importe quel diplômé universitaire s'il n'est pas accompagné par une formation adéquate.

Hakem Bachir, professeur de mathématiques au lycée Lotfi d’Oran

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