"Vive La France" d’Antoine Bourdelle !

"Vive La France" d’Antoine Bourdelle !

Auteurs en 2010 du livre et de l’album (CD) Nique la France, le sociologue Saïd Bouamama et le rappeur du groupe lillois Zone d'expression populaire (Zep) Saïd Zouggagh (alias Saïdou) furent poursuivis par l’"Alliance générale contre le racisme, pour le respect de l'identité française et chrétienne" (AGRİF) puis inculpés deux années plus tard (octobre 2012) sous les motifs "(…) d’injure publique (et) provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence".

Considérant l’assignation comme une entrave à la liberté d’expression, que les paroles "Nique la France (…), son passé colonialiste (…), ses réflexes paternalistes (…), son histoire impérialiste" ne supputaient aucun racisme anti-blanc, plusieurs militants politiques et associatifs (de gauche ou d’extrême-gauche) signèrent dans la foulée la pétition du comité "Devoir d’insolence". Parmi eux, Danièle Obono, la toute nouvelle députée de "La France insoumise" (LFİ).

İnvitée le mercredi 21 juin 2017 à expliquer cet engagement citoyen lors de l’émission les "Grandes gueules" diffusée sur Radio Monte-Carlo (RMC), elle sera en fait sommée par l'animateur Étienne Liebig de prouver son attachement à la Patrie en tonnant en direct : «"Vive la France" !». Circonspecte, l’élue lui répondit alors pouvoir en effet "(…) dire "Vive la France", oui, mais "Vive la France" pourquoi ? (…)". En concluant que la bibliothécaire paragraphe plus aisément «"Nique la France" » qu’elle ne clame ouvertement «"Vive la France" », le chroniqueur la soupçonnait implicitement de cautionner un antipatriotisme larvé, une incrimination abondamment reprise du côté des internautes du Front national (FN) et de leurs relais identitaires.

L’éditorial du journal Libération du 23 juin 2017 condamnera cette nécessaire déclaration nationalo-péremptoire réclamée à une femme « (…) noire et d’origine gabonaise », soutiendra la subversion ou transgression de créateurs cherchant à «(…) faire entendre des opinions qui ont peu droit de cité», rappellera la «(…) longue tradition pamphlétaire des artistes engagés», cela avec d’autant plus d’à-propos que Maxime Le forestier écrivait en 1973 : «J’men fous d’la France on m’a menti, on a profité de mon enfance pour me faire croire à une patrie/ J’demande à voir la liberté, la liberté qu’était marquée sur la portail de mon école, liberté de chanter…» (intégral à écouter sur You-tube).

C’est aussi au sculpteur Antoine Bourdelle que nous renvoyons les torpilleurs malveillants puisque placée en avril 1935 à l’entrée de la foire d’Alger, puis une année après sur la terrasse avancée du Musée des Beaux-Arts de cette même capitale, sa statue La France fut dynamitée le 26 novembre 1961 par un commando de l’Organisation armée secrète (OAS). Portant dés 1948 une plaque de marbre à la gloire des Français libres et du gaullisme, le bronze détruit sera rapatrié, restauré et enfin confié au Musée du Souvenir de l’École militaire Saint-Cyr-Coëtquidan. L’institution bretonne possède ainsi une réplique amplifiée de l’épreuve d’un mètre trente-six réalisée à la mi-février 1923. Offert au général de Gaulle et, normalement, toujours conservé à l’Élysée, le modèle de base devait servir à parfaire l’œuvre monumentale prévue près de Bordeaux, au niveau du port du Verdon-sur-Mer de l’estuaire de la Gironde, soit sur la pointe du Grave d’où partira dès 1777 La Fayette et débarqueront en 1917 des combattants américains venus secourir l’Hexagone.

Retiré d’un projet d’ensemble devenu trop coûteux, l’ouvrage agrandi à hauteur de neuf mètres sera présenté à l’entrée du Pavillon du livre de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 et placé au final devant le Grand Palais. Entreposé à même le sol au Musée des marbres, le second tirage de quatre mètres cinquante cinq (il accompagnait la maquette d’André Ventre exposée en 1923 au Salon de la société des Beaux-Arts) attira l’attention de Maurice Petsche, le député de Briançon et Sous-Secrétaire d’État aux Beaux-Arts, qui décida de le transposer au fort du Château. Érigé sur l’esplanade du Cours Foucault de Montauban, le quatrième exemplaire fera, dès le 13 novembre 1932, office de monument aux morts de la Guerre de 1914-18.

Planté quant à lui à la sortie de la gare du Bois de Boulogne, le cinquième de 1938 sera confectionné en plâtre doré alors que, conçue en commémoration à l’appel du 18 juin 1940, la dernière copie se trouve aujourd’hui entre le Palais de Tokyo et le parvis du Musée d’Art moderne de la Ville de Paris.

Saadi-Leray Farid, sociologue de l’art

Plus d'articles de : Opinion

Commentaires (0) | Réagir ?