Le goût de l’État permanent

Les institutions de l'Etat sont squattées par une génération coupée des réalités du monde moderne.
Les institutions de l'Etat sont squattées par une génération coupée des réalités du monde moderne.

Si le principe de la permanence de l’État et de la pérennité des institutions est mis en avant par les spécialistes du droit constitutionnel et le législateur, c’est pour l’opposer à la monopolisation ad vitam aeternam du pouvoir par le personnel qui en a la charge, et assurer ainsi un renouvellement des énergies par un apport d’un sang nouveau. Ce principe est même adopté par des entreprises de par le monde dans le cadre de gestion des ressources humaines et de la bonne gouvernance managériale.

Cet idéal suppose que les rouages de l’État doivent, par des mécanismes huilés de management, acquérir un état de fonctionnalité tel que le personnel y exerçant ne sera que l’élément qui humanisera les structures administratives ou de direction, et non une caste qui les squatterait à son profit dans une espèce d’alternance clanique.

Il se trouve que les éléments de la médiocratie, élus ou cooptés, ayant en charge jusqu’ici des secteurs entiers de l’administration ou des collectivités locales, se croient intronisés pour de bon et voudraient persuader leur monde que, sans eux, le ciel tomberait sur la tête des citoyens; ce serait la vacance du pouvoir et le chaos.

Ces responsables font tout, contre vents et marées, pour se maintenir à leurs postes et se délectent d’un certain "goût de l’État permanent", pour reprendre une belle expression d’un caricaturiste français qui parodiait, au début des années 1990, "Le Coup d’État permanent", un livre de François Mitterrand datant de 1964.

La commission des réformes des structures et des missions de l’Etat, installée parAbdelaziz Bouteflika au début de son premier mandat, s'était penchée sur cette tare bureaucratique qui fait beaucoup de mal à la crédibilité, à l’action de l’Exécutif et à l’image de l’Etat en général. Croit-on vraiment au travail des commissions, dussent ses animateurs être des plus dévoués et des plus honnêtes des commis de l'Etat ?

Des médiocres et des incompétents sévissant dans les villes et en province ont la hantise de changer de poste ou de le perdre parce que c’est le seul élément valorisant pour leurs petites personnes. En redevenant de simples citoyens, non seulement ils perdraient prébendes et privilèges, mais, pis encore, ils subiraient le courroux et le regard culpabilisant de leurs anciens administrés.

Ce qui est valable pour les rangs inférieurs des responsabilités publiques (administratives ou électives), l'est d'autant, sinon plus, dans les sphères décisionnelles. Cette course aux responsabilités, suivie du désir de s'y éterniser et même de s'en faire hériter, n'est rendue possible et n'a reçu autant d'adhésion et d'enthousiasme que parce qu'elle conduit vers les le barycentre de la rente, ou, à tout le moins, à sa périphérie immédiate.

L'idée est donc fortement ancrée dans le personnel politique algérien que l'on ne peut servir une idée ou son pays- dans le cas où un brin de ce souci existe- que lorsqu’on se place au sommet du pouvoir central, ou bien lorsqu'on dispose d'une parcelle de pouvoir à l'échelle provinciale ou locale.

La machine du pouvoir politique a broyé les meilleures volontés, et leur fait miroiter les délices et les blandices de la rente afin de mieux les neutraliser.

Le vide politique a ainsi été nourri des décennies durant par cet appât empoisonné, mais également par l'inculture générée par un enseignement scolaire et universitaire au rabais. Une forme de mixture débilitante qui ne fait voir dans les charges publiques que des honneurs, des diadèmes et des privilèges; et qui présente l'éloignement des centres de décision comme un purgatoire sans rémission. Cela a un nom : sous-développement politique.

Amar Naït Messaoud

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Algerie Algerienne

bel article ! merci...