Nils Andersson, l’encre et le plomb

La couverture de l'ouvrage.
La couverture de l'ouvrage.

"Mémoire éclatée" de Nils Andersson avec une préface de Gérard Chaliand, publié chez les Editions d’En Bas.

Nils Andersson a fait partie des soutiens courageux et indéfectibles de la lutte pour l'indépendance de l'Algérie. L’auteur rappelle que la Suisse où il vivait a été très vite investie pour être un lieu de contact pour les responsables du FLN à l’extérieur. "Des milliers d’Algériens ont séjourné ou transité par la Suisse, l’organisation du FLN, imposant une stricte discipline, assurait la "bonne conduite" de la communauté algérienne. Aucun incident notable ne sera signalé". Il témoigne que des contacts officieux puis officiels ont eu lieu entre le FLN et les autorités suisses.

Dès décembre 1959, Omar Khodja devient le représentant officiel du FLN dans ce pays. Moussa Boudiaf prendra sa place quelque temps après. La Suisse a été une plaque tournante pour le FLN. Les réseaux de soutien, Curiel ou Jeanson y avaient leurs relais, soutiens et pied-à-terre. Les militants recherchés voire les évadés des prisons françaises transitaient par la Suisse pour rejoindre l’Allemagne. Et en la matière, Nils Andersson a été d’un apport inestimable.

Quel homme ! Quels engagements ! Nils Andersson est un homme comme il n’y en pas beaucoup. Il a traversé le siècle dernier au milieu du fracas des combats et des livres interdits. Dans cet ouvrage exceptionnel, riche et dense, il évoque ses combats comme diffuseur d’éditeurs comme Maspero, Minuit en Suisse d’abord, ses causes politiques. Edition et soutien aux militants de la décolonisation sont les faces d'une même pièce chez Andersson. Il met la première au service de la seconde.

"La parution de "Pour Djamila Bouhired" amène Pierre-Henri Simon à publier Contre la torture, ce qui suscite ce terrible constat d’Hubert Beuve-Méry dans un éditorial du Monde : les Français "n’ont plus tout à fait le droit de condamner dans les mêmes termes qu’il y a dix ans les destructions d’Ouradour-sur-Glane et les tortionnaires de la Gestapo. Le 18 février 1958 Jérôme Lindon publie La Question d’Henri Alleg. Ce témoignage va être à la guerre d’Algérie ce que la photo d’enfants brûlés au napalm de Nick Ut sera quelques années plus tard à la guerre du Vietnam", se souvient l'auteur.

Le livre qui a soulevé un tonnerre d’indignation est saisi. Nils Andersson accepte de le publier en Suisse. La Question sera publié sous le sigle de La Cité. "Je demande à ma mère de me prêter sur ses économies cinq mille francs suisses et quatorze jours après sa saisie, le témoignage d’Henri Alleg, augmenté du texte de Sartre, une victoire, censuré dans L’Express, sort de l’imprimerie."

Dans son hommage à ceux qui ont dénoncé les tortionnaires de la guerre en Algérie, Nils Andersson écrit : "Si Jérôme Lindon a joué un rôle premier dans la dénonciation du recours à la torture, doit y être associée la rigueur de Pierre Vidal-Naquet dans son travail d’historien du présent. Sans leur intime association, la prise de conscience de la réalité de la guerre coloniale aurait connu un autre cours".

Il a édité aussi Mao Zedong. Mais a refusé de publier "Le coup d’Etat permanent" de François Mitterrand qui était venu en personne lui remettre le manuscrit.

Son engagement pour l’édition militante a conduit les autorités suisses à l’expulser. Il s’installe cinq ans dans l’Albanie communiste puis rejoint son pays d’origine la Suède où il poursuivra son travail de diffusion et de lutte pour la libération des peuples opprimés.

Nul regret, nulle amertume, comme le souligne l’excellent Gérard Chaliand. Néanmoins, l’auteur raconte cette scène : "Lors de ce premier retour en Algérie, j’ai assisté sur le front de mer au défilé qui célèbre le 20e anniversaire de la libération. Il est ouvert par des moudjahidine dans la tenue des maquis, suivis par les soldats de l’armée des frontières au Maroc et en Tunisie (…) Ce n’est pas ainsi que l’Algérie s’est libérée, elle l’a été par des hommes en pataugas, dotés au mieux de simples fusils de chasse et par les sacrifices consentis par le peuple, femmes et hommes.

Au terme du défilé, je m’adresse à l’étudiant de l’Ecole nationale d’administration qui m’accompagne : "Votre lutte de libération a été ô combien plus belle que ce que nous avons vu !".

Kassia G.-A.

A lire : http://enbas.net/data/uploads/depliant-nils_andersson_memoire_eclatee.pdf

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