Emmanuel Macron peut-il réussir là où son prédécesseur a failli ?

Le président Emmanuel Macron. Crédit photo : François Navarro.
Le président Emmanuel Macron. Crédit photo : François Navarro.

À peine venu au monde de la politique, le mouvement de la République en Marche d’Emmanuel Macron a raflé la majorité des sièges de l’assemblée nationale au soir du second tour des législatives françaises du 18 juin dernier.

Cela intervient dans un contexte particulier pour les Français, caractérisé par la montée inquiétante de l’extrême-droite et du racisme, l’exacerbation des fissures communautaires au sein de la société sur fond de crispation identitaire, la dégradation de la situation sécuritaire après une série d’attentats meurtriers revendiqués par l’État Islamique (EI) et, enfin, les troubles sociaux provoqués suite au "virage social-libéral" emprunté lors du quinquennat de François Hollande.

Cette reconfiguration inédite de l’échiquier politique hexagonal montre clairement la chute des partis traditionnels (le Parti socialiste et Les Républicains en particulier), lesquels traversent actuellement des crises organiques profondes qui pourront les emporter s’ils ne parviennent pas à se restructurer et à redonner un nouveau souffle à leur dynamique de conquête de l’électorat. De même remarque-t-on, de l’autre côté du spectre, le recul du Front national de Marine le Pen et de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, par rapport aux performances exceptionnelles qu’ils ont réalisées à la présidentielle. Libéral mais jouant sur l’enjeu du rassemblement de toutes les forces politiques, Macron a pu rebattre toutes les cartes en si peu de temps et étrenner «ce changement d’époque» dont raffolent les médias.

Avec cette nouvelle victoire, il aura assurément les coudées franches pour agir tous azimuts et mener à terme son programme grâce à sa majorité présidentielle. Mais, à défaut d’une opposition forte et mobilisée en contre-pouvoir dans l’hémicycle du Palais Bourbon, les choses risquent peut-être de ne pas se passer comme il l’aurait souhaité. D’autant que la contestation peut facilement se déplacer dans la rue. Ce qui ferme les portes à toute concertation partisane d’en haut. Nombre d’observateurs craignent, en fait, que ce raz-de-marée électoral ne soit contre-productif à moyen terme et pour la démocratie et pour le président élu lui-même. D’abord à cause du taux record d’abstention enregistré durant ces législatives-là (plus de 50%), lequel met en relief la désaffection civique des Français et le malaise démocratique qui ronge la société.

Les scandales à répétition ayant entaché la scène politique en France ces derniers temps comme lors de la campagne électorale des Républicains avec l’affaire "Penelopegate" y sont pour beaucoup. C’est pourquoi, un projet de loi pour "la moralisation de la vie publique" a vu le jour en ce début même de mandat pour y remédier.

Ensuite, le cap libéral que prendra la politique gouvernementale les mois qui viennent n’aura pas l’assentiment des classes moyennes et des ouvriers longtemps engagés contre la loi du travail promulguée par le précédent exécutif. Macron cédera-t-il sur ce point-là ou ouvrira-t-il le bal à une série de mesures encore plus drastiques? Osera-t-il un forcing libéral qui le rendra probablement aussi impopulaire que son prédécesseur ou ressuscitera-t-il le défi de la croissance ? Puis qu’en gardera-t-il de la politique étrangère "trop interventionniste" du gouvernement socialiste ? Il y a aussi le volet européen sur lequel le nouveau locataire de l’Élysée est attendu pour prendre des décisions importantes avec Angela Merkel, en particulier le dossier des turbulences de la zone-euro, la crise de la dette, le Brexit, etc.

Kamal Guerroua

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