Il faut renouer avec la société, le peuple

Il faut renouer avec la société, le peuple

Le problème de l'Algérie ne se limite pas seulement à la mauvaise gestion mais il est aussi dans l’échec patent de l’élite gouvernante à renouer contact avec le peuple et avoir la confiance des partenaires économiques et sociaux. C’est pourquoi, notre pays présente avec cette chute vertigineuse des prix des hydrocarbures beaucoup de fragilités qui suscitent de l'inquiétude.

D'abord, faute d’un consensus aux plus hautes instances du pouvoir sur "l’après-Bouteflika", la question de "la transition démocratique" semble plus compromise que jamais. Ensuite, le front social, déjà crispé, est confronté à cet oukase de l’austérité qui pourrait saboter, à court et à moyen terme, tout espoir de croissance. Sur ce dernier aspect-là, il convient de préciser que la situation de l’Algérie actuelle ressemble, à quelques différences près, à celle de certains pays de l'Europe du Sud dès 2008.

En effet, on parle dans les milieux médiatiques et d’affaires de l’affaiblissement relatif de ces pays-là, avec surtout le défaut de paiement de la Grèce, toujours possible même aujourd’hui, l'instabilité chronique des gouvernements italiens, la brutalité des mesures de l'ajustement au Portugal ou le taux de chômage aussi structurel qu'insupportable de l'Espagne.

Tous ces constats sont, il est vrai, réels bien que la cause principale se trouve peut-être ailleurs. Qu'on l'explique par l'ampleur de la corruption ou par les errements de la finance, le nœud gordien non tranché se résume en une profonde "crise de confiance" qu’illustre particulièrement bien le cas espagnol. À en croire José Ángel Gurría, secrétaire général de l’organisation de coopération et de développement économique (OCDE), l'Espagne a basculé dès la fin de 2007 dans une sorte de spirale infernale à partir du moment où "plus personne ne prête à personne, même à l'Etat". C'est, bien entendu, moins le retournement imprévisible des prix de l'immobilier que la perte de la confiance de la base populaire dans ses élites, puis, l'arrêt complet du crédit qui expliquent la descente aux enfers de toute l'économie, et par-delà, la fin des cycles espagnols du développement.

Ainsi, 35 années de construction constitutionnelle, 25 années d'intégration européenne et 15 années de croissance économique ininterrompue s'achèvent-elles dans l'amertume généralisée. Si l’Algérie et l’Espagne sont loin d’avoir le même profil politique ou économique, on constate tout de même une cadence de recul assez semblable pour pratiquement la même raison : la défiance citoyenne.

En ce sens, le projet de la "diversification économique" dont on nous rabat par exemple les oreilles depuis longtemps n’a pas été suivi par un travail de reprise de la confiance des masses en leurs dirigeants, ce qui freine toute aventure de réformes, fût-elle sérieuse, à mi-chemin.

En outre, les responsables qui tablent sur une "économie rentière" fragile relèguent en second rang le défi du "pragmatisme économique" qui consiste à chercher, désormais, des revenus dans d’autres secteurs tels que le tourisme et l’agriculture. Et l’urgence du dialogue social ? Pas question pour le moment! Or, aller à la rencontre de toutes les composantes de la société pour retisser les liens distendus et apaiser les tensions, puis, s’entendre sur les priorités politiques et économiques du pays est plus que vital. Finies donc les décisions unilatérales et les choix aussi paternalistes qu’aventuriers qui ont tué notre économie et l'esprit de cohésion sociétale.

Kamal Guerroua

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Commentaires (1) | Réagir ?

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khelaf hellal

Je dirais plus : Il faut rendre au peuple ce qui appartient au peuple. Beaucoup se sont agrippés aux hautes institutions du pouvoir et se sont sucré sur son dos : retraites dorées, rémunérations indues et disproportionnées, cumul de postes et de priviléges. Un autre système régnant s'est substitué à celui du colon reléguant ce peuple à la condition de l'idigénat.