A qui profite la cherté du ciment et du fer en Algérie ?

A qui profite la cherté du ciment et du fer en Algérie ?

Pendant que le ministère du Commerce dort sur les licences d’importation, le marché du ciment et du rond à béton flambe au grand bonheur d’une petite poignée de privilégiés proche du régime.

"L’année 2017 sera celle de la fin de l’importation par l’Algérie du ciment à la faveur des cimenteries réalisées ou en voie de l’être à travers différentes régions du pays, dont les capacités de production globale annuelle devront atteindre les six millions de tonnes" a fanfaronné Abdeslam Bouchouareb, ancien ministre de l'Industrie à l'occasion d'une visite, en novembre 2016 d'une cimenterie de la commune de Timegtane, dans la daïra d’Aoulef, wilaya d’Adrar. On est en milieu de l'année, et on connaît le résultat de cette promesse.

Alors que le marché flambe, depuis six mois au moins les gouvernements (Sellal et Tebboune) s’assoient sur les licences d’importation de ciment. D’importants chantiers sont à l’arrêt, les entrepreneurs râlent, les maîtres d’œuvre ne tiennent plus leur agenda, les ouvriers sont au chômage… c’est tout le secteur du bâtiment qui en pâtit. Le sac de ciment se négocie à 1200 dinars sur le marché, alors qu’il y a deux ans, il ne coûtait que 500 dinars. "Il y a deux ans, le marché était inondé, les importateurs revendaient avec une marge insignifiante leur ciment, on a vu des importateur proposer le sac de 50 kg à 460 dinars", se souvient un revendeur de ciment à Rouiba. Changement de décor depuis quelques mois. "Les importateurs sont bloqués, nous les revendeurs on ne trouve plus rien, on se roule les pouces et en bout de chaîne, les chantiers prennent du retard", témoigne Hakim, revendeur agréé de matériaux de construction.

A qui profite le "crime" ?

Certainement pas à l’Etat puisque, selon les spécialistes que nous avons interrogés, "du fait de la flambée des prix sur le marché, l’Etat paye double voire plus". Alors pourquoi le gouvernement lanterne sur ce dossier ? En tout cas, le blocage des licences d’importation de ciment profite essentiellement à Ali Haddad à travers son Entreprise des travaux routiers, hydrauliques et bâtiments. Fort de ses appuis en haut lieu, Ali Haddad est actuellement le seul sur le marché à voir ses bateaux débarquer du ciment sur le port algérien, croit savoir notre source. Une situation qui irrite beaucoup d’importateurs.

Les demandes de licences d’importation s’empilent au ministère du Commerce. Pendant que le gouvernement lanterne, le ciment prend son envol. "Avant il y en avait pour tout le monde, le marché était bien fourni, mais depuis que le ministère du Commerce a mis un terme à l’importation, c’est le pataquès", souligne ce fin connaisseur du marché d’importation du ciment. La spéculation et l’incapacité des cimenteries à tenir leur promesse n’arrangent pas les choses.

Quand fut lancée en juin 2016 l’usine de ciment CILAS de Biskra, une joint-venture entre le cimentier français Lafarge et l’homme d’affaires algérien Souakri, le gouvernement parlait d’exporter le ciment dès 2017. Un an plus tard, l’Algérie est en manque de ciment. Où est l’erreur ?

Le fer

Les prix du fer ont commencé à augmenter eux aussi depuis la mise en place de licences l'année dernière. Le retard pris dans la délivrance des licences d'importation aux importateurs Algériens pour l'année 2017 a fait bondir les prix sur le marché.

« Les prix avant cela étaient au niveau de 48 000 da/tm pour tous les diamètres sauf pour le 08 mm qui se vendait à 68 000 da/tm , soit 2 fois et demi moins cher que maintenant, pourquoi le gouvernement entretient-il la tension sur le marché ? » analyse et s’interroge cet marchand de rond à bêton. La situation est en effet ubuesque, selon les connaisseurs que nous avons interrogés. Le prix à l'international permettrait aux utilisateurs d'obtenir le fer au prix de 50 000-55 000 da/tm,
chose qui permettrait de faire bouger les constructions et pour deux raisons essentielles.

Premièrement : des prix moins chers, car tous les projets en cours sont basés sur des budgets ne permettant pas l'absorption de ses prix appliqués par les producteurs locaux qui s'autorise des marges élevées vu qu'ils ont le monopole. Deuxièmement : des importateurs vendaient aux promoteurs et aux revendeurs à crédit (ventes à termes) allant de 60 à 90 jours, ce qui permettait un roulement interrompu actuellement avec les producteurs qui demandent à être payés à l'avance, ce qui est paralysant pour eux.

Dans ce marigot, quelques privilégiés se partagent des parts léonines du marché. Il y a bien entendu l’incontournable Ali Hadad avec son groupe l'ETRHB.

Selon nos informations il a acheté la marchandise d'un fournisseur italien Safet avec un mode de paiement inconnu car, comme nous l’explique un connaisseur des rouages du marché de l’importation "si un importateur n’a pas de licence il n’a pas de possibilité d'ouverture de lettre de crédit et sans cela aucun fournisseur n'accepterait de charger une marchandise pour l'Algérie sauf paiement ou garantie à l'extérieur."

Le navire "Le MV Haci Hilmi" était sous chargement de 5000 tm de fer (rond a béton) au port de Chioggia (Italie) en date du 21 avril. Il est accosté le port d'Alger au début mai. La marchandise a été débarquée à terre au quai 36 du port d'Alger, en attendant cette note qui date du 17 mai et qui lui a permis de dédouaner la marchandise. Pas seulement. Un deuxième navire est arrivé fin mai au port d'Alger pour le compte du groupe ETRHB. Voilà qui a dû réjouir les entreprises de constructtion et faire pâlir de colère les importateurs.

Yacine K.

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