Les quatre clés d’accès à notre urgente reconversion économique (II)

Les quatre clés d’accès à notre urgente reconversion économique (II)

L'hypothèse du capitalisme cognitif n'est pas foncièrement incompatible avec d'autres propositions privilégiant l'influence prépondérante des marchés financiers et/ou les changements de gouvernance des entreprises en faveur des actionnaires. Mais alors que l'hypothèse du capitalisme cognitif fait jouer un rôle central à la modification des normes d'accumulation, de production et de consommation, c'est-à-dire à l'orientation générale du progrès technique et de la connaissance dans leurs différentes manifestations, les autres propositions tendent à faire jouer à ceux-ci un rôle secondaire ou dérivé, compte tenu de la place centrale qui serait désormais occupée par le profit par action dans les stratégies des entreprises. L'arbitrage ou le compromis central de la distribution des revenus se serait transformé et, par conséquent, déplacé de la négociation collective vers la gouvernance des entreprises.

Capitalisme cognitif et capitalisme financier

En fait, la relation entre innovation, progrès technique et distribution des revenus forme une boucle. Ce qui compte, c'est moins les normes ou les exigences exogènes qui pèsent sur ce système que la nature, le signe et l'intensité des boucles qui le composent. Ainsi, deux paramètres permettent de spécifier la répartition du profit : d'une part le partage dividende/parts du profit retenu, et d'autre part le choix (ou le partage) entre une accumulation intensive et une accumulation extensive en un sens large (qui englobe le financement de l'innovation).

La thèse du capitalisme cognitif retient l'idée que la boucle profit-innovation-profit tend à devenir dominante. Historiquement, la stagnation des profits, dans un contexte marqué par un certain nombre de contingences (déréglementation par exemple) aurait conduit les entreprises à s'aligner progressivement sur un modèle de croissance tiré par l'innovation.

La thèse du capitalisme cognitif refuse de réduire le thème de la connaissance et de l'innovation à un investissement en biens d'équipement ou à la création de produits nouveaux. La connaissance et la créativité sont une sorte d'ethos qui traverse la société.

Il n'en reste pas moins qu'il serait excessif d'opposer radicalement le capitalisme cognitif et le capitalisme financier.

Origines du capitalisme cognitif

Nous avons déjà souligné que la crise de transformation d'où est issu le capitalisme cognitif est loin de pouvoir être expliquée par un déterminisme technologique qui ferait des NTIC le facteur principal du passage à une nouvelle organisation de la division du travail et des rapports sociaux. L'origine du capitalisme cognitif est plus profonde, plus structurelle et plus complexe. Des tendances lourdes se mélangent à des facteurs plus contingents ou de moyenne période.

L'argument déterminant de la thèse du capitalisme cognitif est celui de la fin du capitalisme industriel. La crise du fordisme et le post-fordisme ne doivent pas être des "arbres qui cachent la forêt". L'enjeu de l'épuisement du fordisme va au-delà de la question de la crise d'un mode de développement.

Capitalisme cognitif et capitalisme industriel

L'un des principes d'analyse qui fondent l'hypothèse du capitalisme cognitif est que l'enjeu de la mutation actuelle ne se trouve pas dans la simple mise en place d’un mode de régulation et d’un régime d’accumulation post-fordistes, poursuivant sur des bases nouvelles la même logique de développement industriel. Les caractéristiques du nouveau modèle d’accumulation en voie d’émergence se définissent en rupture avec certains invariants fondamentaux du capitalisme industriel et ne peuvent donc pas être déduites, quasiment trait par trait, de l’ancien modèle d’âge d’or de la croissance du capitalisme industriel. Cette crise de mutation correspond à l’épuisement de la logique de développement du capitalisme issue de la première révolution industrielle, et à la transition vers une “ nouvelle phase du capitalisme ”.

La genèse du capitalisme cognitif trouve ainsi son point de départ dans la crise du modèle fordiste, un modèle qui sur bien des aspects peut être considéré comme l’aboutissement de la logique du capitalisme industriel. La crise du modèle fordiste aurait correspondu à l’ouverture d’un niveau supérieur de grande crise par rapport au concept régulationniste de crise de mode de développement. Nous sommes donc face à une problématique de sortie de crise bien plus complexe que celle, qui, depuis la première révolution industrielle, a conduit à la succession puis à la crise de différents mode de développement fondés sur l’articulation d’un mode de régulation et d’un régime d’accumulation spécifiques à la dynamique du capitalisme industriel.

En somme le capitalisme cognitif se présenterait comme la tentative d’une sortie de la crise du capitalisme industriel lui-même. Dans le cadre de cette grande crise de mutation, les pays capitalistes dits avancés seraient en fait confrontés à une métamorphose majeure des formes sociales d’accumulation et de la division du travail, une métamorphose dont l’importance est comparable à celle qui entre le XVIIIème et le XIXème siècle nous a mené du capitalisme mercantiliste au capitalisme industriel.

La crise sociale du rapport salarial fordiste comme origine du capitalisme cognitif

Deux phénomènes clés sont au cœur de la crise sociale du rapport salarial fordiste :

  • (i) la contestation de l’organisation scientifique du travail et de la norme de l’emploi salarié à plein temps et tout la vie durant ;

  • (ii) le processus de diffusion du savoir engendré par le développement de la scolarisation de masse et la hausse du niveau moyen de formation : il s’agit de ce qu’il est convenu d’appeler l’émergence d’une intellectualité diffuse. C’est cette nouvelle qualité (intellectuelle) de la force de travail qui a conduit à la montée du travail immatériel et intellectuel et à la remise en cause des formes de la division du travail et du progrès technique issues de la première révolution industrielle.

La genèse du capitalisme cognitif est en grande partie une réponse aux conflits qui, durant les années 1970, ont déterminé la crise sociale du modèle fordiste en ébauchant, dans le même mouvement, les contours d’un modèle de développement alternatif et fondé sur deux axes principaux :

- La socialisation des savoirs comme vecteur d’un dépassement de l’organisation dite scientifique du travail et de formes alternatives de travail ;

- L’expansion des services collectifs du Welfare (santé, éducation, etc.) comme secteur moteur d’un mode de développement (non productiviste), et fondée sur la connaissance et la primauté du non marchand.

Ces deux axes anticipent sur bien des aspects, les traits de ce mode de développement anthropo-génétique, centré sur le savoir et la production de l’homme par l’homme, qui selon R. Boyer pourrait être le nouvel horizon ouvert par l’effondrement des mythes de la nouvelle économie et la crise du régime de croissance financiarisé.

Les travaux de Fontvieille montrent bien cette rupture à l’aide d’une analyse statistique fouillée : à partir de la fin des années 1960, sous la poussée des conflits pour la réappropriation et la socialisation des savoirs et l’émancipation du rapport salarial, le développement de l’éducation devient en partie une variable autonome par rapport aux cycles de l’accumulation du capital ;

En somme, le capitalisme cognitif n’a pas été le simple résultat d’une tendance de longue période à l’accumulation de connaissance qui aurait conduit à partir d’un certain seuil à une sorte de passage du quantitatif au qualitatif engendrant une économie fondée sur la connaissance. Il a aussi été, et peut-être même principalement, le résultat d’une dialectique complexe conflits/restructuration. Dans une large mesure, il est le produit d’une offensive du capital contre les mouvements sociaux qui, durant les années soixante-dix, ont déterminé l’essor d’une intellectualité diffuse et la crise du capitalisme industriel en posant les jalons d’un mode de développement alternatif.

Tension centrale du capitalisme cognitif

L'une des caractéristiques essentielles du capitalisme cognitif est que la production des ressources déborde le cadre de l'entreprise : la formation des compétences, les subjectivités mobilisables et, plus généralement, ce que d'autres appellent le capital humain n'ont pas leur origine exclusive dans l'entreprise. Alors que pour Schumpeter ou Perroux, par exemple, "le système capitaliste [est] concrétisé dans l'institution de l'entreprise privée" (J. Schumpeter), dans le capitalisme cognitif le hors-travail et le hors-entreprise tendent à prendre une importance particulière. Non seulement parce que la consommation et ce qui se trouve en amont, la subjectivité, constituent des enjeux centraux.

Mais aussi à cause de l'unité technique et cognitive du social, qui englobe et la sphère de la production en entreprise et celle de la consommation ou des relations privées. La culture technique (en un sens large) constitue une indivisibilité.

Dans le capitalisme cognitif, la source de la richesse des nations se trouve en fait de plus en plus en amont de la sphère du "travail salarié et de l'univers marchand", c’est-à-dire dans la société, et notamment dans le système de formation et de recherche. L'une des tensions ou l'une des sources de complexité du capitalisme cognitif vient de cette différenciation entre, d'un côté, un système institutionnel et organisé de recherche, de formation et de valorisation de la connaissance et des savoirs et, de l'autre, le caractère diffus, vivant, adaptatif et transversal des dispositions cognitives individuelles.

Par ailleurs, la continuité technologique et culturelle brouille les frontières. On assiste à un effritement des frontières entre travail et non travail, lié à la montée du contenu intellectuel du travail et à la socialisation grandissante des mécanismes de l’innovation et de la production de connaissances. Ce type de transformation remet en cause la validité des frontières traditionnelles par lesquelles la théorie économique conventionnelle, séparent l'univers productif de la sphère marchande de l'univers improductif de la sphère non marchande. Il en va de même pour les catégories habituellement utilisées pour caractériser le statut (actif ou inactif, productif ou improductif) de la force de travail.

L'économie néoclassique et libérale pose en effet comme principe que sans incitation, c'est-à-dire sans capacité de capter la rente associée (brevets), personne ne va investir en recherche. Cependant on sait, et cela est énoncé par Arrow, qu'une gestion gouvernementale de la recherche est, du point de vue du bien-être collectif, préférable à une gestion privée (qu'il s'agisse d'un monopole ou de la concurrence).

L'approche proposée se complexifie dès lors que l'on introduit les externalités. Le rendement social est en effet supérieur au rendement privé (W. Norhaus). Mais pour peu que l'on admette l'existence d'autres incitations que pécuniaires, le raisonnement ne tient plus. Ainsi, plusieurs analyses du logiciel libre (Lerner et Tirole) expliquent son développement par des logiques essentiellement non marchandes.

Posons le problème en partant du côté opposé, c'est-à-dire en partant du principe que les organismes d'enseignement, de recherche et de formation professionnelle sont, de façon essentielle, des émetteurs d’externalités. Les connaissances que ces organismes produisent ou font émerger ont un caractère d'indivisibilité, et les services qu'ils fournissent constituent des biens de caractère collectif. C. Jessua a parfaitement montré que l'internalisation de ces externalités implique la mise en place de coopérations entre les membres du groupe à l'origine de ces externalités. Plus généralement, il souligne "le caractère inadéquat des procédures de type individualiste lorsque sont en jeu des économies sociales d'échelle".

Dans le cas des connaissances produites par un système d'enseignement et de recherche, le groupe au niveau duquel doit s'effectuer l'internalisation est national.

L'enjeu central du capitalisme cognitif est celui des modes de régulation de l'innovation et de la créativité, c'est-à-dire : du montant et de la nature des ressources mobilisées, des orientations des investissements en innovation (problèmes éthiques, écologiques …) et de la répartition des droits de propriété. Dans un système où le profit est particulièrement incertain, où il est "virtuel" et futur (à un horizon pas toujours rapproché) et dans lequel, par conséquent, les questions d'information et celles relatives aux arguments de valorisation sont stratégiques, la répartition des profits actuels n'est pas plus stratégique que celle de la répartition des droits de propriété. Non seulement les droits patrimoniaux de type financier, mais évidemment les droits de propriété intellectuelle aussi. Bien évidemment les contraintes d'origine institutionnelle ou politique pèsent sur la valorisation de ces droits et sur l'orientation de l'investissement. Dans le capitalisme cognitif, beaucoup plus que dans le capitalisme industriel, et pour des raisons différentes, l'investissement et l'innovation ont une forte dimension sociale. Ce qui n'est pas sans effet sur les formes de la concurrence. Cet aspect du type de tension peut être analysé dans le cadre de l'économie créative.

Qu'est-ce qu'un bien immatériel ?

Alors qu'un bien matériel vaut essentiellement par sa consistance et sa fonction matérielle ou physique (énergie), on qualifie de bien immatériel ou “ culturel ” un bien dont la valeur et l’usage sont sans rapport direct essentiel avec sa nature et sa forme matérielle. On peut définir les notions d’activité ou de travail matériel de façon analogue. Un travail “ culturel ” ou mental (ou intellectuel) est un travail dont la valeur ne peut être mise en rapport avec le temps passé, la fatigue ou l’énergie physique dépensée pour l’accomplir. Dans la mesure, cependant, où un bien immatériel a une forme physique (un Hard Disc par exemple), on doit insister sur la distinction entre le support (forme physique, matérialité du bien) et le contenu c’est-à-dire l’utilité ou l’effet attendu du bien.

De même que tout bien immatériel implique le plus souvent une forme physique, on ne conteste pas l’idée que tout objet matériel est, dans une certaine mesure, culturel puisque, pour l’utiliser, il faut disposer de son mode d’emploi, c’est-à-dire une certaine connaissance ou une expérience. La forme physique n’est jamais neutre. Tout objet est culturel aussi dans la mesure où il traduit ou exprime un certain niveau de développement, et où son existence manifeste un certain niveau de développement et d’organisation de la société où il existe.

On peut aller un peu plus loin en distinguant le contenu informationnel ou cognitif d’un bien de son contenu symbolique. Le contenu informationnel ou cognitif procède de l’ensemble des connaissances déterminant la conception, la fabrication ou l’usage d’un bien. Le contenu symbolique procède des activités immatérielles qui tendent à fixer les normes culturelles et artistiques, les formes, les modes, les goûts ou à les satisfaire. Concrètement ce contenu est en partie déterminé dans l’entreprise non par les départements de conception ou d’engineering, mais par les départements de Marketing.

La dynamique à l'œuvre dans le capitalisme cognitif n'est pas sans impliquer d'autres transformations issues notamment du fait que dans un régime d'innovation permanente ou soutenue, c'est la connaissance qui est accumulée. Or il s'agit d'un bien immatériel dont la production et la diffusion obéissent à des lois spécifiques qui rejaillissent sur la façon même de concevoir la division du travail.

| Lire la première partie : Les quatre clés d’accès à notre urgente reconversion économique (I)

Capitalisme cognitif et nouvelle division du travail

La thèse qui est défendue ici est que le caractère central de la connaissance comme objet d'accumulation et de l'innovation tend à faire émerger une nouvelle division du travail. On y voit l'une des manifestations critiques du dépassement du capitalisme industriel.

Durant la phase du capitalisme industriel de type Fordiste et Taylorien, la division du travail Smithienne, fondée sur un principe de spécialisation, l'échange de biens standardisés et sur l'étendue du marché, joue donc à plein. La gestion de la sphère de la connaissance, qu'il s'agisse de la connaissance développée par les bureaux d'études et de méthodes ou la connaissance produite et gérée dans les laboratoires s'inscrit dans cette logique. Or les transformations induites par un régime d'innovation permanente fondé sur l'accumulation de la connaissance remettent en cause la logique smithienne d'une double façon.

D'un côté l'investissement en connaissances se réalise dans le cadre de réseaux et d'alliances dont l'organisation n'est pas de nature marchande. Ces organisations hybrides sont aussi des lieux de partage de connaissances. Selon des études récentes (Brusoni, Prencipe et Pavitt), si le marché peut être considéré comme la forme cardinale de gouvernance des activités de production des entreprises, des formes explicites de coordination et organisations réticulaires sont nécessaires à la gouvernance des processus d'apprentissage et d'accumulation de connaissances. Les mêmes études pointent également la différence entre ce que les firmes font et ce qu’elles savent : “ Les firmes investissent dans l’élargissement de leurs bases de connaissances tout en réduisant leurs bases de production ” (Stefano Brusoni, Andrea Prencipe et Keith Pavitt). On peut retenir que la spécialisation inter-firmes de la production s’accroît alors que la spécialisation de la connaissance ne s’accroît pas, s’accroît moins voire décroît.

Si l'on peut faire l'hypothèse qu'il existe un marché de la technologie et que la plupart des connaissances sont désormais accessibles via un marché, on se retrouverait dans le cadre smithien traditionnel. Cette hypothèse est soutenue par Arora et Gambardella par exemple, qui observent que "l'information pertinente pour l'innovation, quelle que soit sa source, peut maintenant être traitée dans des cadres et des catégories qui sont plus universelles". Mais, de là à en tirer la conclusion que les mécanismes de marché sont parfaitement opérationnels pour faciliter les échanges d'informations et de tous les éléments scientifiques et techniques jouant un rôle dans l'innovation, et que les formes traditionnelles de la division du travail peuvent se déployer il y a un grand pas. C'est en effet faire peu de cas des conditions dans lesquelles se réalise l'absorption des connaissances nouvelles. Ni davantage des connaissances nécessaires à l'acquisition de connaissances. Sauf à faire l'hypothèse d'une codification quasi complète des connaissances et d'une certaine standardisation de celles-ci.

Mais une telle hypothèse nous paraît excessive compte tenu de l'existence d'une part irréductible de connaissances tacites.

Si on laisse de côté le fait que la production de connaissances serait essentiellement appelée à se réaliser dans le cadre de réseaux et d'alliances, il n'en demeure d'ailleurs pas moins qu'au niveau d'une entreprise ou d'un service, on est amené à revenir sur le schéma taylorien de base, et à envisager les conséquences d'une implication de l'employé dans des activités cognitives. Si l'on retient le principe (anti-taylorien) que tout travail associe la production et l'innovation, la reproduction (ou la répétition) et la création, l'exploration et l'exploitation, alors les articulations qui en résultent créent les conditions pour une nouvelle division du travail.

Nouvelle relation salariale

A partir d'une conception extensive et enrichie de la tâche ou de la fonction, on est amené à concevoir le travail comme un complexe d'activités productrices, créatrices ou formatrices. Il faut souligner que dans la perspective d'une réintroduction d'un travail immatériel et créatif, ce ne sont pas seulement les connaissances au sens étroit du terme qui sont en jeu. Ce sont aussi les capacités relationnelles et comportementales qui sont exploitées et valorisées par l'entreprise. C'est la subjectivité du travailleur qui est mobilisée. Ce que Y. Moulier-Boutang baptise "exploitation au second degré". La conséquence, soulignée par lui, est que "Le travailleur ne se présente plus alors comme possesseur de sa seule force de travail hétéro-produite, ... mais comme s'étant produit et continuant à se produire lui-même". (Azais et alii).

On observera que cette autoproduction n'est pas à concevoir comme un processus individuel et isolé en quelque sorte, chacun réalisant une production de soi "dans son coin".

D'un côté, la subjectivité et le développement des capacités ont un caractère social parce qu'elles sont influencées par l'environnement social immédiat et le système éducatif. De l'autre la nature générique des technologies et la continuité du monde des médias et de la communication qui englobe, même si des différenciations existent, la sphère de la consommation privée et celle de la production et du travail, créent des phénomènes d’externalisation ou d'indivisibilités. Au-delà du caractère générique des nouvelles technologies et de l'extension de la sphère professionnelle qui mord sur la vie privée, on observe une certaine normalisation des comportements qui contribue au mélange des sphères privées et publiques.

Dans ce contexte, la mobilité du travailleur n'est pas seulement subie. Elle devient aussi une norme d'évolution professionnelle. L'auto-emploi et le cumul d'emplois se développent. Les formes d'emploi se multiplient. La conjugaison d'une précarité accrue et du contrôle que le travailleur peut à nouveau exercer sur sa propre activité sous réserve d'une intégration dans la politique globale de l'entreprise accentue le caractère économique de la dépendance du travailleur. La dépendance économique prend le pas sur la subordination hiérarchique dans l'entreprise. Elle devient a fortiori dominante lorsqu'il s'agit de travailleurs indépendants. La relation salariale évolue, se complexifie et se transforme. Elle peut aller jusqu'à englober les relations monétaires qui s'établissent entre les prestataires de services individuels dont la dépendance n'est pas moindre que celle des travailleurs réguliers de l'entreprise.

A l'ancienne sécurité de l'emploi pourrait se substituer une sécurité de statut assurant la continuité de la rémunération et des droits sociaux. L'une des tensions au travers desquelles se manifeste l'émergence d'un nouveau mode de régulation se manifeste à ce niveau. Les nouvelles formes institutionnelles susceptibles de soutenir le nouveau régime d'accumulation centré sur les connaissances et la subjectivité sont en débat. Les propositions issues de la théorie des marchés transitionnels offrent l'une des directions possibles dans lesquelles la relation salariale peut être reconfigurée (B. Gazier). Cette orientation souligne la nécessaire conciliation du renforcement de l'autonomie individuelle et de la solidarité des travailleurs.

Les droits sociaux et monétaires sur lesquels peut déboucher une nouvelle convention salariale de ce type sont originaux en ce qu'ils ont un caractère nécessairement collectif. (A suivre)

Mourad Hamdan, consultant en management

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Faro Laz

Est-ce là un signe que le pendule dans son va et vient est définitivement fixé à l’autre extrême. En tous cas, il n’est jamais trop tard pour bien faire.

En rétrospective, un pays qui a passé plus de cinquante ans à essayer toutes les recettes possible et imaginaire du socialisme localement interprétée et après avoir été malmené pendant cent trente-deux ans par le représentant d’un occident avide et brutal pour qu’enfin une fois libéré, on ne pensait qu’a l’antagoniser cet Occident en tout en croyant bien faire pour en arriver là et puis à le redécouvrir cet Occident de la connaissance et du management intelligent.

Merci tout de même pour la balade.