Le gouvernement Tebboune et le nouveau modèle de croissance 2017/2030

Abdelmadjid Tebboune.
Abdelmadjid Tebboune.

Le nouveau modèle de croissance 2017/2020 et 2020/2030 adopté depuis en Conseil des ministres le 16/07/2016 (1) devra être perfectionné par le gouvernement Tebboune en étant pragmatique et opérationnel tenant compte de la dure réalité mondiale, de toutes les réalisations et des imperfections à corriger.

Pour sa concrétisation, il s’agira impérativement d’approfondir les réformes structurelles pour éviter le scenario pessimiste. La clarté et la cohérence d’une démarche positive pour le pays doit analyser les forces sociales, économiques et politiques pour sa mise en œuvre et poser clairement le futur rôle de l’Etat en Algérie dans le développement économique et social. C’est un débat indispensable pour tout modèle de croissance dans le cadre d’une vision stratégique 2017/ 2030 qui devra favoriser l’efficacité économique pour une croissance durable reposant sur l’entreprise qu’elle soit publique ou privée locale ou internationale au sein d’une économie ouverte et son fondement le savoir tout en garantissant le principe d’équité, les politiques parleront de justice sociale.

1.-L’Algérie souffre d’une crise de gouvernance

Il s’agira impérativement d’approfondir les réformes structurelles l’Algérie depuis des décennies, souffrant d’une crise de gouvernance qui accroit la méfiance alors que sans confiance aucun développement n’est possible devant dépasser l’actuelle sinistrose. Cependant la situation actuelle est différente des impacts de la crise de 1986, qui a eu des répercussions entre 1989/1999 à la fois économiques, sociales et politiques. Malgré des réserves de change appréciables, bien qu’en baisse, en cas de frein aux réformes structurelles, l’actuelle crise de gouvernance risque de se transformer en crise financière horizon 2018/2020. Comment ne pas rappeler que les pays ayant entrepris avec succès des réformes, notamment les pays émergents, se sont appuyés sur une mobilisation de l’opinion. La nécessité de réformer s’impose à l’Algérie. Malgré des dépenses monétaires sans précédent les résultats économiques sont mitigés pouvant conduire à des crises sociales et politiques à terme si on continue à dépenser sans compter, posant l’urgence sur le caractère inéluctable des changements structurels à opérer. La croissance forte peut revenir en Algérie. Mais elle suppose la conjugaison de différents facteurs : une population active dynamique, un savoir, le goût du risque et des innovations technologiques sans cesse actualisées, le combat contre toute forme de monopole néfaste, une concurrence efficace, un système financier rénové capable d’attirer du capital et une ouverture à l’étranger. Ces réformes passent fondamentalement par une démocratie vivante, une stabilité des règles juridiques et l’équité, les politiques parleront de justice sociale.

La conduite d’ensemble de ces réformes ne peut ni être déléguée à tel ou tel ministre ni mise dans les mains de telle ou telle administration. Elle ne pourra être conduite que si, au plus haut niveau de l’État, une volonté politique forte (que seuls, le président de la République et le Premier ministre portent) les conduit et convainc les Algériens de leur importance d’où avec l’ère d’internet, une communication active transparente permanente. Ensuite, chaque ministre devra recevoir une "feuille de route" personnelle complétant sa lettre de mission et reprenant l’ensemble des décisions qui relève de sa compétence. Aussi, au regard de l’importance des mesures à lancer et de l’urgence de la situation, le gouvernement devra choisir le mode de mise en œuvre le plus adapté à chaque décision : l’accélération de projets et d’initiatives existantes, le vote d’une loi accompagnée, dès sa présentation au Parlement, des décrets d’application nécessaires à sa mise en œuvre et pour les urgences seulement des décisions par ordonnance pourront être utilisées. Sans réformes, au-delà de 2020, il sera impossible de maintenir le niveau des réserves de change au vu de la situation économique actuelle ne pouvant dynamiser le tissu productif, par décret.

2.- Les dix solutions préconisées de sortie de crise

La première solution, est une nouvelle gouvernance centrale et locale, une moralisation de la vie politique, sociale et économique, la lutte contre la corruption, l’évasion fiscale pour un sacrifice partagé, et une réelle décentralisation autour de pôles régionaux dynamisant l’entreprise et l’économie de la connaissance.

- La deuxième solution, de la réhabilitation du travail source de la richesse de toute nation, évitant cette distribution de revenus sans contreparties productives ; évitant ces emplois fictifs pour une paix sociale éphémère que voile le taux de chômage officiel.

- La troisième solution, est l’amélioration du climat des affaires, la bureaucratisation de la société, la réforme du système financier, socio-éducatif, et l’épineux problème du foncier.

- La quatrième solution, est que tout projet doit être pensé par rapport aux normes coût/qualité/concurrence, donc selon les normes internationales par une lutte contre les surcoûts qui ont pris de proportions exorbitantes, parfois 20/30%, et donc d’avoir une vision stratégique au sein de filière internationalisées.

- La cinquième solution, est pour le développement pour les projets structurants, notamment dans les infrastructures de la technique du Build, Operate and Transfer(B.O.T), ce qui allégerait à court terme les tensions au niveau du budget devises de l’État. Rappelons que la technique du BOT repose principalement sur le modèle du «Project financing/project finance» qui est en substance une technique de financement où les prêteurs acceptent de financer un projet en se basant uniquement sur sa rentabilité et sa valeur propre. En pratique, le remboursement du prêt dépend principalement du cash-flow généré par le projet lui-même, de sorte que la capacité du projet à générer des revenus qui serviront au remboursement du prêt constitue la pierre angulaire du project financing.

- La sixième solution est l’assouplissement de la règle des 49/51%( bilan mitigé à ce jour) pour les segments non stratégiques, devant définir avec précision ce qui est stratégique et ce qui ne l’est pas, où l’Algérie supporte tous les surcoûts sans que souvent le partenaire étranger ne partage les risques, remplacé par une minorité de blocage.

- La septième solution, est une exportation plus accrue des hydrocarbures, dont le prix dépend de facteurs externes échappant totalement à l’Algérie et là, attention aux faux calculs, comme ceux effectués par le Venezuela qui est au bord de la faillite. Les recettes de Sonatrach à un cours de 60 dollars le baril, la majorité des contrats de gaz dont le prix lui est indexé à long terme expirant entre 2018/2019 sont évaluées à 34 milliards de dollars, déduction des charges de 20%, donnant un profit net de 27 milliards de dollars qui s’ajoutent aux réserves de change actuelles. À 50 dollars, le profit net est de 21 milliards de dollars, et à 40 dollars, le profit est de 15/16 milliards de dollars. Entre 2017/2020, il est utopique de compter sur les exportations hors hydrocarbures (la maturation et la rentabilité de tout projet mis en œuvre en 2016/2017 mettant au minimum en Algérie 4/5 ans au vu des contraintes bureaucratiques.

- La huitième solution, est un arbitrage nécessaire entre la satisfaction du marché intérieur et les exportations posant la problématique des subventions généralisées, source de gaspillages et d’injustice sociale, alors qu’elles doivent être ciblées. L’Algérie risque d’être un importateur net de pétrole horizon 2020/2025, devant miser sur le gaz et surtout sa transformation, dans le cadre d’un partenariat gagnant/gagnant. C’est que la majorité des contrats à moyen terme expirent entre 2018/2069, devant s’aligner sur le marché libre dit marché spot, étant impossible de concurrencer la Russie (fameux gazoduc Sibérie/Chine et l’Iran sur le marché asiatique, ne devant plus compter sur les exportations vers les USA qui eux-mêmes exportent vers l’Europe, le marché naturel de l’Algérie étant le marché européen. D’où l’urgence de la transition énergétique et d’un nouveau modèle de consommation reposant sur un Mix énergétique dont les énergies renouvelables, tenant compte de la forte concurrence internationale.-

- La neuvième solution, que j’ai préconisée au gouvernement, depuis deux ans, est l’endettement extérieur ciblé à long terme, mais uniquement pour les segments à avantages concurrentiels de 30/50 milliards de dollars entre 2017/2020, afin de maintenir le niveau des réserves à 100 milliards de dollars, sinon les prévisions de 60 milliards de dollars de la Banque mondiale qui ont été établies, selon mes informations à Washington, à partir des données 2014/2016 de la Banque d’Algérie, horizon 2018 sont réalistes.

- La dixième solution, la plus sûre, est d’avoir une vision stratégique, devant s’insérer au sein d’une fonction stratégique, c’est à dire d’aller vers de profondes réformes structurelles sans lesquelles, on ne pourra pas faire émerger une économie diversifiée.

3.-Deux scénarios 2017/2020

La population algérienne était de 41 millions d’habitants au 1er janvier 2017 et sera d’environ 50 millions en 2030 avec une la demande d’emplois additionnelle qui varierait entre 300.000 à 400.000 personnes par an, nombre d’ailleurs sous estimé puisque le calcul de l’ONS applique un taux largement inférieur pour les taux d’activité à la population féminine, représentant pourtant la moitié de la population active et dont la scolarisation est en forte hausse, qui s’ajouteront au stock de chômage. Aussi, existent deux scénarios pour l’Algérie : réussir les réformes ou aller vers le FMI horizon 2019/2020.

Le premier scénario serait le statu quo, de l’activisme, vivant de l’illusion d’un retour à un cours du pétrole supérieur à 80 dollars et des discours d’autosatisfaction, source de névrose collective, déconnectés des réalités tant locales que mondiales. Ce serait une erreur politique d’une extrême gravité, une fuite en avant, d’attendre les élections législatives de 2017 comme solution à la crise , se livrant entre temps à de l’activisme sans procéder à de véritables changements, car en économie, le temps ne rattrape jamais. Entre-temps, la crise financière risque de s’accentuer avec une demande sociale croissante, des exigences accrues de la jeunesse dont plusieurs centaines de milliers de diplômés, qui exigera un emploi et un logement. Ceux qui travaillent actuellement, auront plus en 2030, 60 ans et seront en retraite. De ce fait, il est à prévoir que sans hydrocarbures, et c’est une forte probabilité, il y aura forcément suppression du ministère des hydrocarbures et celui de la Solidarité nationale avec le risque d’implosion de la caisse de retraite, et sans devises pas d’attrait de l’investissement. Il s’ensuivra un chômage croissant, des tensions sociales et une instabilité politique à l’instar des pays les plus pauvres de l’Afrique subsaharienne, et le risque d’intervention de puissances étrangères.

Quant au second scénario, il se base sur des réformes structurelles , se fondant sur une profonde moralisation de la vie politique, sociale et économique afin de préparer l’après-pétrole. Cela impliquera une révision profonde de la politique socio-économique en misant sur des segments de savoir en évitant l’instabilité juridique, le manque de cohérence et de visibilité. La corruption source d’une démobilisation générale, serait alors combattue par de véritables contrepoids démocratiques et non par des organes techniques, aux ordres, de peu d’efficacité, dans les faits et non par des textes. Dès lors la sphère informelle intimement liée à la logique rentière, produit de la bureaucratie et des dysfonctionnements des appareils de l’Etat qui favorise cette corruption, serait intégrée progressivement au sein de la sphère réelle. Le développement se fonderait alors sur les piliers du développement du XXIe siècle, tels que la revalorisation du savoir, l’Etat de droit et une nouvelle gouvernance par la réhabilitation du management stratégique de l’entreprise et des institutions, et une libéralisation maîtrisée grâce au rôle central de l’Etat régulateur. Le dialogue politique, économique et social évitant la concentration excessive du revenu national au profit de rentes spéculatives destructrices de richesses aurait remplacé les décisions autoritaires. L’on aurait préparé un nouveau modèle de consommation énergétique reposant sur un Mix dont les énergies renouvelables. L’on aurait réhabilité l’entreprise publique et privée, loin de tout monopole, seule source de création de richesses permanente. Et l’on aurait misé sur l’investissement immatériel qui manque aujourd’hui cruellement à l’Algérie privilégiant la qualité et non la quantité de l’enseignement du primaire au supérieur et la formation professionnelle qui devra être réhabilitée

4.-En résumé

Le compromis des années 2017/2020/2030 devra donc concilier l’impératif de productivité et la cohérence sociale, les principes d’une société ouverte et le devoir de solidarité, en un mot l’efficacité et l’équité. Car, il faut éviter toute ambiguïté, l’égalité n’est pas celle du modèle de l963-2017 mais recouvre la nécessité d’une transformation de l’Etat providence de l’Etat gestionnaire à l’Etat régulateur, par la formulation d’un nouveau contrat social, renvoyant au débat sur la refondation de l’Etat. L’Algérie , qui peut devenir un pays pivot et de stabilité pour la région méditerranéenne et africaine doit s’adapter l’Algérie aux nouvelles mutations mondiales en analysant les impacts de l’accord d’association avec l’Europe applicable depuis le 1er septembre 2005 et son éventuel adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), s’intégrer au sein de l’Afrique du Nord , pont entre l’Europe et le continent Afrique, son espace social naturel. En bref, n’ayons pas une vision de critique toujours négative et soyons positif. Le document intitulé "nouveau modèle de croissance" a le mérite d’exister et de tracer pour la première fois une trajectoire. Personne n’a le monopole de la vérité. Il s‘agira de l’améliorer au profit exclusif du devenir de l’Algérie.

Dr Abderahmane Mebtoul, professeur des universités

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Commentaires (1) | Réagir ?

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samir mderci

Crise de gouvernance donc crise d'hommes au pouvoir ya si Mebtoul la culture c'est comme de la confiture, plus il y en a peu et plus on l'étale, serait ce vos expertises et le sacerdoce de tous nos présumés experts.

Dites le en deux mots, le problème est cette fausse élite préfabriquée par le régime et dont vous faites partie, en deux mots simplement partez tous ailleurs vous autres "Marocains d'Algérie", ya khouya samtan et collants, bon dieu toute la plèbe de la région Est du Maroc a envahit l'Algérie depuis 1962, et chacun connait parfaitement ses origines si Mebtoul, à tel point que la Tunisie nous a fourguée ses Drabkis et ses roturiers comme baha tilba un animal, et vous parlez hachak de Gouvernance.