La musique des mots du poète et les vomissures d’une télé-poubelle

La musique des mots du poète et les vomissures d’une télé-poubelle

Le traquenard dans lequel est tombé Rachid Boudjedra (1) dit beaucoup de choses sur l’état de déliquescence éthique et morale de certaines catégories sociales shootées aux relents nauséabonds de la haine de ceux qui ne pensent pas comme elles.

Il faut dire que ces vomissures de certaines télés font tache partout quand l’inconscient baisse la garde et laisse échapper de la violence dans l’expression des idées et des mots. Ça se voit dans les commentaires sur le traquenard en question. Cela prouve une chose, que l’alliance de l’égo et de l’inconscient apte à régler des comptes individuels, est plus forte que l’intérêt d’une société déjà pas mal malmenée. Évidemment cette violence et ces attitudes sous forme de règlements de compte sont un héritage d’un système de valeurs intolérantes, du régime politique mais aussi et fait nouveau de charlatans qui s’autoproclament ambassadeurs sur terre d’une parole céleste. Des énergumènes incultes se sont pris à un écrivain dont l’œuvre aurait pu s’ils la connaissaient, leur éviter de tomber dans la fange de la bêtise.

Ainsi les zombies continuent-ils leur sale besogne sous une autre forme. Imbibés du poison de la haine, l’esprit datant de la préhistoire, ils débitent leurs insanités comme si l’ignorance et la bêtise pour empêcher un peuple d’espérer, pour bloquer un pays qui veut avancer. Petit rappel d’Histoire, un petit caporal moustachu de la "grande" Allemagne qui voulait dominer le monde a fini en cendre une nuit d’avril 1945.

Ne commettant pas l’erreur d’hier quand on avait sous-estimé les capacités de nuisance des zombies surgis du corps social du pays. Ce manque de vigilance conjugué à une méconnaissance de l’histoire avait ouvert la voie à leur funeste aventure. L’inexistence de véritables partis politiques ancrés dans le tissu social désarma la société entravée elle-même par ses propres archaïsmes. Oubliées les leçons de l’Algérie qui avait trouvé son chemin et qui s’était s’armée de courage pour recouvrer son indépendance ! Aujourd’hui tolérance coupable à l’encontre des ‘’frèrots’’ voilés de blanc pour mieux dissimuler leurs noirs desseins. Face à ces zombies sortis des entrailles de la société, le pays n’avait pas évalué à sa juste valeur le danger. Quelques voix ici et là, de femmes et d’hommes, notamment celles d’écrivains et poètes ont certes tenté de fissurer les murailles de la prison que construisaient les zombies en question :

"Lève les yeux et expose ton visage à la lumière
pour qu’il ne connaisse pas les rides du temps qui passe.

Chasse les ténèbres, musarde dans les jardins de l’Eden
et baigne dans l’ivresse de leurs parfums".

Hélas, le temps n’était pas à la musique des mots mais aux sifflements lugubres des balles, à l’orgie de décapitations des hommes, de viols des femmes. Rien ne les faisait rougir de honte, pas même d’écrire dans le ciel le nom de dieu au laser et le faire passer pour un miracle. En exploitant une technique inventée par l’homme, ils escroquaient des fidèles sincèrement croyant mais tout de même naïfs. Drogués par la vacuité de leurs discours, ces fidèles ne voyaient pas dans cette manipulation un profond mépris pour eux-mêmes. Et dire que ces zombies leur chantaient la rengaine de les faire sortir de règne de la Jahilya. Face à eux, des poètes et écrivains déjà cités clamaient que le cynisme de ces zombies pétris dans le moule de leur propre stupidité allait provoquer une tragédie. Mais la parole de ces poètes restait inaudible, submergée par le vacarme des bombes et des vociférations de charlatans contre ceux qui osaient se mettre sur leur chemin. Beaucoup de ces poètes en dénonçant leur projet mortifère le payèrent de leur vie.

Ces zombies nourris de prêchi-prêchât ont stocké peu à peu dans leur arsenal des dogmes indigestes qu’ils fourguent à une population en quête d’un sens à sa vie. Ils ont diffusé une vision du monde dont le but est de les castrer, oui de les aliéner pour que les féodaux locaux fassent leur cuisine tranquillement à l’image des potentats du Golfe qui ont vendu leur dignité en contre parti de l’abandon de la Palestine.

Les couleurs de la vie, de la musique, des plaisirs multiples que procure la vie, nos zombies veulent nous les faire interdire. Ils ne reculent devant rien, pas même devant le ridicule d’une lecture réductrice et infantilisante de textes coraniques. Et dire que dans leurs délires, ils tentent de détrôner les poèmes "suspendus" appelés ‘’les Mouhalaquat’’ pour nous "vendre" l’indigeste "littérature" d’un Ibn Thoumert.

Les petits "courageux" de la télé qui humilient leurs "invités" et prennent les téléspectateurs pour des demeurés, ignorent-ils les trésors de la civilisation musulmane qui a donné naissance à de fabuleuses découvertes en science et en philosophie. Savent-ils qu’ils sont la honte d’une civilisation qui a fait connaître Aristote à cette Europe qui se permet aujourd’hui de donner des leçons en exploitant le spectacle lamentable de ces benêts mal dans leur peau. Ces bouffons qui ne font plus rire personne réussissent plutôt à faire fuir des cerveaux qui sont allés enrichir d’autres contrées…

Ali Akika, cinéaste

Notes

(1) Le statut social de Boudjédra a permis de médiatiser son agression et humiliation. Cependant il ne faut pas oublier que la machine à décerveler les citoyens que sont devenues ces télés-poubelles, émet chaque des programmes qui diffusent une vision des choses où la bêtise de la forme rivalise avec la médiocrité des idées.

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Commentaires (1) | Réagir ?

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khelaf hellal

Il n'y aurait pas eu de zombies s'il n'y avait au départ une idéologie pour les porter. Et cette idéologie que vous ne voulez pas nommer ou que vous voulez envelopper de toute innocence , de toute magnification est justement là où réside le problème. L'éminente psychiatre syro-américaine Wafa Sultan nous filé la puce à l'oreille sur cette problématique.