Ali Benflis : "La gouvernance fictive ne fait plus illusion"

Ali Benflis : "La gouvernance fictive ne fait plus illusion"

Le Bureau politique de Talaie El Hourriyet a rendu public le 3 juin le communiqué suivant.

(...) Le vide durable au sommet de l’Etat a produit depuis longtemps une impasse politique qui dégénère à son tour, sous les yeux de tous, en un délitement sans précédent de l’ensemble de l’édifice institutionnel de la République.

En effet, avec une institution présidentielle monopolisant les pouvoirs constitutionnels les plus déterminants mais ne les assumant pas, avec une institution législative à laquelle le désaveu massif du corps électoral le 4 mai 2017 a ôté toute légitimité, toute représentativité et toute confiance et avec la formation d’un nouveau gouvernement virtuel semblable à ceux qui l’ont précédé ces dernières années, ce sont les principales institutions de la République qui apparaissent dans un état de délabrement avancé.

Il est évident que cet état de délabrement institutionnel généralisé représente, à l’heure actuelle, la principale menace à la pérennité de l’Etat national. Nier cette réalité solidement établie, c’est prendre le risque d’exposer notre pays à des lendemains tragiques.

Il n’y a pas de jour qui passe sans apporter avec lui la manifestation d’une crise de régime qui s’aggrave. Il n’y a pas de jour qui passe sans faire la démonstration éclatante de l’incapacité des institutions politiques en place à se hisser à hauteur des défis pressants et complexes que notre pays se doit de relever. Et il n’y a pas enfin, de jour qui passe, sans établir, sans l’ombre d’un doute, que ces institutions politiques dépassées par les enjeux et les évènements maintiennent le pays dans l’impasse politique, le désarment face à la crise économique qui s’aggrave et mettent en place tous les ingrédients de la déstabilisation sociale qui le menace.

C’est dire que ces institutions politiques en décomposition ont une responsabilité exclusive et directe dans les lendemains très peu rassurants qu’elles réservent à notre pays politiquement, économiquement et socialement.

Dans ce contexte hautement préoccupant, la formation du nouveau gouvernement est venue exposer sous les yeux choqués et incrédules de l’ensemble de nos compatriotes les nombreuses facettes de l’incurie, de la légèreté et de la désinvolture qui ont présidé à la constitution d’un exécutif censé rassurer et insuffler de la confiance quant à sa capacité de prendre les commandes de l’Etat par temps incertains et tourmentés.

La formation de ce nouveau gouvernement a donné lieu à beaucoup d’étrangetés, à beaucoup de curiosités et à beaucoup de singularités affligeantes ou choquantes. Celles-ci sont les résultats du comportement d’un régime politique qui a perdu le sens des réalités et qui n’a prise sur rien tout comme elles sont l’expression d’un délitement institutionnel total dont chaque manifestation nourrit les craintes les plus légitimes quant au devenir de l’Etat national qui est notre bien commun le plus précieux.

Au-delà de ce constat attristant quant à l’image de sérieux, de rigueur et de performance que doivent impérativement renvoyer toutes les institutions de la République, il y a d’autres questions d’une importance particulière qui méritent d’être posées avec clarté et insistance.

La première de ces questions concerne l’existence même d’un Gouvernement dans notre pays. Peut-on, en effet, parler à bon droit d’un Gouvernement effectif et opérationnel, lorsque le Conseil des ministres ne se réunit pas ou très peu, c'est-à-dire, quatre fois l’année écoulée et aucune sur l’ensemble du premier semestre de l’année en cours ? Un Conseil des ministres qui ne se signale que par des apparitions très épisodiques – voire anecdotiques - mérite-t-il vraiment l’appellation de Gouvernement qui veut dire dans tous les autres pays du monde une institution qui se réunit avec une régularité imposée et intransgressible, qui convainc de sa maitrise des affaires de l’Etat et qui assume des prérogatives constitutionnelles bien déterminées ?

En vérité, tout un régime politique devenu lui-même virtuel impose au pays un Gouvernement virtuel tout comme lui.

La seconde question que suscite la formation du nouveau Gouvernement concerne, sa capacité d’action. D’où puisera-t-il sa légitimité, sa responsabilité et sa crédibilité pour appeler nos compatriotes à l’effort et au sacrifice, après le 4 mai 2017 date à laquelle les trois quarts de notre corps électoral ont déclaré tout le régime politique en place "regimen non grata" ? De fait, la composante partisane de ce gouvernement émanant de ce que l’on appelle abusivement la majorité parlementaire ne représente que moins de 12% des voix exprimées et validées lors du récent scrutin législatif. Aucun gouvernement ne peut prétendre valablement gouverner avec un tel niveau de désaveu, de doute ou de défiance.

La troisième question que soulève la formation du nouveau gouvernement concerne la stabilité gouvernementale dans notre pays. Chez nous, un Gouvernement même virtuel peut-il se permettre d’y ajouter de l’instabilité alors même que le pays est confronté à une impasse politique qu’il est de plus en plus difficile de cacher, à une crise économique qui demeure sans prise en charge sérieuse près de quatre années après son déclenchement et aux périls d’une déstabilisation sociale qui se profilent à tous les points de l’horizon ?

Depuis les dernières présidentielles qui ont coïncidé avec le retournement de la conjoncture énergétique mondiale, les principaux secteurs censés pourvoir à la diversification de l’économie nationale ont changé six fois de titulaires pour le Ministère de l’Agriculture et quatre fois pour les Ministères de l’Energie des Finances et du Tourisme, en trois ans.

Sur la même période de trois ans, tous les autres ministères en charge de secteurs économiques ont également changé au moins trois fois de titulaires.. Une instabilité gouvernementale d’une telle ampleur est source d’incertitude et d’imprévisibilité et, partant, génératrice de découragement et même de dissuasion chez tous les partenaires, nationaux ou étrangers, dont est attendue la participation à la riposte à la crise économique, une riposte à la mesure de la gravité de cette crise mais qui tarde à voir le jour.

La quatrième question que soulève l’annonce chaotique du nouveau gouvernement concerne le départ de l’intégralité de l’équipe économique de l’ancien Exécutif ? Est- ce là un aveu d’échec tardif quant à la prise en charge de la crise économique ? Est-ce une reconnaissance, elle aussi bien tardive, de l’inanité du nouveau modèle de croissance économique auquel l’ancien exécutif a attaché son nom, qu’il a longtemps caché et qu’il a fini par se résoudre à dévoiler en révélant du même coup son incohérence, son inconsistance et son déphasage total par rapport aux véritables dysfonctionnements structurels qui sont au cœur du grand échec de l’économie nationale ; un grand échec consommé en dépit de toutes les ressources inouïes, notamment financières, dont l’économie nationale a abondamment et longuement disposées sans que lui soit assuré un décollage prometteur et irréversible.

La cinquième question que soulève la formation du nouveau Gouvernement concerne son cap et sa boussole, c'est-à-dire son programme de gouvernement, un programme visible et lisible par tous nos compatriotes qu’il concerne au premier chef. Il est soutenu urbi et orbi que ce Gouvernement aura le programme présidentiel pour feuille de route et pour ciment de son action de redressement du pays. Or ce prétendu programme présidentiel n’a qu’une existence mythique car s’il existait véritablement cela serait su de tous et son contenu serait connu de tous depuis bien longtemps.

Au vu de l’ensemble de ces questions qu’elle pose plus qu’elle n’y répond, la formation du nouveau gouvernement apparait pour ce qu’elle est véritablement : une nouvelle étape dans la stratégie de fuite en avant que le régime politique en place s’est donnée pour gagner du temps autant qu’il peut sans se soucier de celui qu’il fait perdre au pays à un moment ou l’impasse politique, la crise économique et les périls de la déstabilisation sociale exigent une prise en charge pressante et un traitement des plus urgents.

Cette fuite en avant est particulièrement dangereuse pour le pays dans la mesure où elle est condamnée à entretenir l’impasse politique actuelle, à aggraver les crises politique, économique et sociale et à précipiter le délitement total des institutions de la République. Les menaces sur l’existence même de l’Etat national n’ont jamais été aussi pesantes. Le régime politique en place persiste dans son autisme et dans son déni des réalités et semble n’avoir retenu aucune des leçons sans équivoque du 4 mai 2017. Mais la gouvernance fictive ne fait plus illusion.

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Commentaires (3) | Réagir ?

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oziris dzeus

l'ex chef de gouvernement fictif doit savoir de quoi il parle,

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samir mderci

Ali Benflis "constateur" comme un huissier de justice, bon dieu il constate et n'avance pas, bloqué ou omnubilé par l'accès au pouvoir, lui et les autres chefs des partis dit d'opposition : Semblent figés sur le fauteuil présidentiel et oublient tous, que l'imposture est double dans ce pays.

Celle du pouvoir et celles des partis d'opposition, si le peuple s'est abstenu lors des législatives, certes c'est contre le pouvoir mais aussi contre toute l'opposition "entriste" qui a participé à ces législatives.

Ya si Benflis quelle est votre crédibilité réelle auprès du peuple et vous le savez pertinemment qu'en tant qu’instrument usiné par le système, là est votre Tare comme si on allait oublier votre participation directe aux ratés de la république, d'abord comme ministre de la justice et ensuite directeur de campagne de Bouteflika au cours du premier mandat ensuite directeur du cabinet de Bouteflika et puis premier ministre et aujourd'hui "Radoteur politique".

On sait que ce pays dérive mortellement vos déclarations et celles de votre bureau politique n'apprennent rien mais absolument rien aux Algériens Lambdas, et en quoi vos Mazafran et autres conciliabules de mauvaise foi pour réunir une opposition foncièrement opportuniste va t elle aider le pays à sombrer dans le chaos que tout le monde prédit.

yà khouya "Chaba'ana" minkoum l'opposition et du pouvoir des régionalismes et des tribalismes, et oui tous depuis Boumedienne, Chadli et Bouteflika le dernier maillon de la chaîne vous avez été régionalistes et tribalistes, une fois à l'Est et une fois à l'Ouest.

Cela n'a pas besoin d’être démontré l'histoire récente du pays depuis 1962 en est témoin, seule le Centre du pays et de la Kabylie n'ont pas encore eu accès au haut des pouvoirs et bien sur le Sud nourricier du pays en est exclu.

Vous etes tous "périmés" seule la refondation de l'état en un état Fédéral pourra raccomoder les lambeaux de ce qui reste de l'unité nationale, le Jacobinisme ou état central est foutu, Khlass ya khouya ouvrez vos yeux sur le monde selon les prismes réels du monde actuel, vous avez tous mis l'Algérie dans cet état "pré-mortem", tous vous êtes coupables à un degré ou à un autre si Benflis

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