Lettre d’Ostana : la Kabylie en Occitanie

Lettre d’Ostana : la Kabylie en Occitanie

La rencontre d’Ostana a regroupé entre le 1 et le 4 juin 2017 les représentants de différentes cultures minoritaires ou minorisées.

La IXème édition du Prix Ostana d’Écriture en langue maternelle regroupe dans la región du Piémont italien les agents culturels représentant des langues comme le Nynorsk (Norvège), l’Innu (Quebec), l’occitan, et le gallois et pour la première fois dans son histoire la langue Kabyle.

La journée du jeudi 1er juin avait été dédiée à la présentation du Réseau d’Observation des Langues émergentes de la Méditerranée (RoleMed) qui regroupe des chercheurs, linguistes et agents culturels de plusieurs nations méditerrannéenes. Différentes langues y sont représentées dont le catalan, le corse, le frioulan, le maltais, l’occitan ou le kabyle et plus généralement l’amazigh. Le réseau organise ses rencontres en alternant entre les pays participants et espère bien le faire un jour en Kabylie.

Cette séance a servi pour la présentation des expériences de standardisation du sarde (D. Corraine) et du Kabyle (M. Tilmatine) tout en focalisant sur les invariants qui se retrouvent dans plusieurs langues comme par exemple les problèmes posés par la variation phonétique, morphologique ou lexicale et les difficultés liées à leur représentation graphique.

La IXème édition du Prix Ostana comme toutes les précédentes s’organise dans la petite commune d’Ostana et témoigne ainsi de la réussite d’une belle aventure d’une collectivité occitane de cinq villages, qui après avoir été au bord de la disparition complète ont réussi à reprendre progressivement vie grâce à l’abnégation et à la volonté d’un petit groupe de personnes autour de leur Maire: Giacomo Lombardo.

Giacomo Lombardo: Le maire qui a fait revivre les villages occitans du Piemont

Ostana fait face au fameux et majesteux pic du Mont Viso qui culmine à plus de 4000 m d’altitude. Cette régión rappelle énormement la Kabylie du Djurdjura – en plus propre et plus organisée comme l’on pouvait s’y attendre- avec ses maisons en pierre de schiste juchées sur les flancs des montagnes.

Comme dans les villages du Djurdjura, les habitants de cette región ont également souffert de l‘exode rural pour aller travailler dans les usines de Turin, la capitale de la province.

Les parents de G. Lombrado, faisaient partie de cette masse d’Occitans qui sont “descendus” vers la plaine pour travailler, sans toutefois oublier complètement leur terre natale où ils repartaient en vacances de temps en temps.

Un jour un petit groupe de decendants des émigrés dans les plaines, décida de revenir aux sources et fuir la grande ville pour se lancer dans un projet considéré d’abord comme fou: faire le chemin inverse que leurs parents et “remonter” vers la montagne pour repeupler et redonner vie aux anciens villages.

Giacomo Lombardo, de 74 ans, est maire de depuis 13 ans de cette petite commune et fait partie de ce petit groupe de personnes qui auront réussi ce pari de faire sortir de l’oubli et de l’abandon le village de leurs parents. Dire, raconte, Giacomo, que dans les années 1980, il ne restait plus qu’entre 5 et 10 personnes réparties sur les cinq villages de la commune!

Quel est donc le secret de la réussite de Giacomo ? "Beaucoup de persévérence, de travail et d’imagination", répond le maire.

Au-delà des efforts, du courage et de l’optimisme nécessaires, il est clair qu’il fallait également de l’imagination.

Miser sur l’écoculture, le développement surable et surtout la culture ont été les fils conducteurs d’une politique qui commença peu à peu à attirer les déçus de la vie urbaine.

Giacomo Lombardo a eu l’idée remarquable de miser sur des objectifs de base s’articulant autour de certains axes fondamentaux dont, en premier lieu, la récupération d’un sentiment d’appartenance commune entre les nouveaux villageois en développant dès le départ des réseaux de solidarité entre les nouveaux arrivants.

Outre l’aspect humain, fortement motivant, il fallait, du point de vue stratégique, miser sur un autre point névralgique: la récupération du patrimoine architectural des villages de la régión ainsi que sur la stabilité des nouveaux villageois.

Pour cela, les nouveaux villageois, devaient d’une part s’engager à rénover les maisons acquises en respectant les normes de l’architecture locale, mais aussi en s’installant dans le village pour y vivre toute l’année pour redonner ainsi vie à ces villages.

En contrepartie, Giacomo réussit à obtenir des soutiens financiers de la part des autorités afin d’offrir les services de bases – eau, electricité, assainissement, internet, mais aussi pour proposer d’importantes aides à la construction pouvant arriver à 40 ou 50% du Prix total de la rénovation.

Aujourd’hui, dit fièrenent, Giacomo, la commune a vécu ses deux premières naissances depuis 40 ans!

Des 5 à 10 habitants des années 80, le village avoisine aujourd’hui la centaine, mais a réussi surtout à occuper un créneau de développement durable basé sur une économie locale (herbes aromatiques, écotourisme, fromageries..) mais aussi en misant sur diverses activités culturelles dont la récuperation de l’occitan.

Un modèle d’inversion admirable, maîtrisable eu égard aux petites sommes d’argent apportées dans des projets porteurs, plein de sens, de mesure et surtout visionnaires.

À ses 74 ans, Giacomo peut avoir la conscience tranquille du travail bien fait: il a redonné vie au village de ses parents et grands-parents en le sauvant de la mort.

Nous sommes bien loin de nos pratiques locales, qui distribuent, certes, également des aides au logement, mais sans aucune espèce de projet de planification urbaine, économique ou culturel et encore moins écologique. Les resultats sont patents: d’horribles et monotones batisses en béton, occupant des terres fertiles et en complet déphasage avec les moindres concepts d’une planifciation urbaine et qui défigurent complètement un paysage pourtant privilégié.

Ah si nous pouvions prendre exemple sur Giacomo et son modèle de développement local! Non, nous préférons dilapider ce qui reste des deniers publics dans de stupides et pharaoniques projets comme la Grande Mosquée d’Alger et son minaret.

Merci Giacomo de nous rappeler que les miracles peuvent se produire avec de petits projets collectifs, des valeurs comme l’humilité et la modestie ou l’amour du pays, mais jamais dans les mosquées… aussi grandes soient-elles.

Mohand Tilmatine

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Caton L'ancien

Gestionnaires de ce pays où êtes-vous ?

Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres qui prouve que le pays n'est pas géré ou entre les mains d'une médiocratie qui ne veut pas reconnaître son incompétence.

Cette médiocratie crasse a réussi à tout détruire dans notre pays jusqu'à notre solidarité et même notre joie de vivre.

Dirigeants de ce pays, admirez le résultat de votre obstination, vous nous avez rendu mal élevés, égoïstes, sales, voleurs, fainéants, menteurs, insolents, arrogants, prétentieux, non crédibles..., et dire que nous prétendons être musulmans et même que de plus en plus de gens ont le culot de croire pouvoir imiter et suivre la voie de notre Prophète en gardant barbe et qamis.

Nos grands parents et même nos parents n'avaient pas toutes ces caractéristiques infâmes.

Mais ne dit-on pas que le peuple est à l'image de ses dirigeants ?