Messaoud Benagoun ou le symptôme d'une présidence en convalescence

Abdelaziz Bouteflika.
Abdelaziz Bouteflika.

Messaoud Benagoun, viré, limogé, renvoyé, révoqué, peu importe ! L’important c'est de savoir comment a-t-il été désigné 72 heures avant au poste de ministre ? Par qui ? Sur quels critères a été basé le choix de cette brève intronisation sur le département du tourisme ?

Candidat non élu du MPA lors de la mascarade électorale du 04 mai, il ne pouvait faire valoir aucune légitimité démocratique pour postuler à ce poste de responsabilité, comme d’ailleurs la majorité de ses collègues de trois jours. Donc le choix de cet homme répond seulement aux pratiques sombres du sérail qui fait le tri selon les convenances du moment.

Comme bourde unique et inique dans les annales d’une scène politique malsaine, l’erreur contredit honteusement ceux qui prêtent sans vergogne de la lucidité à l’indu occupant du palais présidentiel. Mais elle donne raison à ceux, lucides et intransigeants, qui crient haut et fort que le président ne décide de rien et ne désigne personne. Le pouvoir présidentiel est, de fait, illégalement légué et par conséquent exercé en tout illégitimité par des mandataires hors-la-loi. Même en étant toujours dans une république bananière évoluant dans une illégitimité chronique, un peu de bon sens aurait été toutefois observé. Cependant, cette méprise de nommer un ministre pour 3 jours, aussi bien envers les administrés qu’envers le département du tourisme qu’on qualifie de salvateur, n’avait jamais été commise dans le passé. Du jamais vu dans un pays qui souffre de rigueur et de sérieux. Car, si l’Algérie était un pays sérieux, comme l’avait déjà écris récemment Youssef Zirem, on ne serait jamais arrivé à commettre cette énième farce envers tout un peuple.

Evidemment, des apprentis analystes évoqueront les antécédents judiciaires du jeune promu. D’autres commentateurs endosseront la responsabilité au parti MPA et son président Amara Benyounes. Or ce pseudo-mouvement politique et ses acolytes de l’alliance qu’ils disent présidentielle, baignent dans l’indécence depuis qu’ils se sont rencontrés. Et ce ne sont pas les exemples qui manquent. De la nomination de Saadani, des tentatives de réhabilitation de Chakib Khelil, à la dernière nomination de Ould Kaddour à la tête de la Sonatrach, aucun visage n’a rougi d’infamie ni de honte. Ils font tous partis de la famille qui a failli et non pas de celle qui avance comme l’avait souhaité feu Tahar Djaout. Certainement quand on faillit, on recule. Et dans le domaine de la pratique démocratique, l’Algérie ne sait rien faire à part reculer davantage. Car, cette pratique déshonorante montre à quel stade le pays est arrivé en matière de régressions tout azimut.

Aucune analyse ni aucun commentaire concernant cette désignation ne pourraient gagner en crédibilité, s’ils n’invoquaient pas l’incapacité du locataire d'El Mouradia à diriger l'Algérie. Car, elle constitue le véritable problème surtout lorsqu’on manigance dans un régime présidentiel obsolète. Tout l’immobilisme institutionnel et toutes les décisions approximatives viennent de cette incapacité. Bouteflika ne parle pas, ne marche pas, n’entend pas, ne s'adresse plus aux Algériens, ni ne reçoit plus aucun parti...Il est isolé dans son palais médicalisé de Zéralda. Comment peut-il alors choisir une équipe gouvernementale ? La tâche présidentielle exige lucidité et clairvoyance. Force et mental. Surtout dans l'état actuel de l'Algérie, confrontée à une crise multiforme.

Le régime agit en dehors des lois qu’il a lui-même fixées. L’article 102 de la constitution de 2016 qu’il avait lui-même taillé sur mesure, est applicable de fait. L’article en question stipule : "Lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l'impossibilité totale d'exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose, à l'unanimité, au Parlement de déclarer l'Etat d'empêchement." Et ce ne sont pas les preuves qui manquent. Le cas Benagoun Messaoud, ministre de trois jours, ne constitue-t-il pas un certificat d’incapacité présidentielle bien évidente ?

Zoubir Zerarga

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Commentaires (4) | Réagir ?

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Hend Uqaci Ivarwaqène

Dites plutôt Hemdoullah que l’Algérie n’est pas un pays sérieux ! Nous mourriserons de redjla et d’offuscation. Par contre le ridicule, lui, il ne tue pas. Pourvu que ça dure !

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urfane

J'ai eu à critiquer, concernant cette information, l'article de la rédaction du matin repris lui même à l'inénarrable APS, en pointant le caractère pro-régime (de voyous) de donner un sens politique à une telle manipulation. A mon grand bonheur, votre article, Mr Zerarga, vient en donner le change. C'est comme cela et pas autrement qu'il faudra traiter le système algérien...

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