"La guerre, pourquoi ? La paix, comment ?" (Bonnes feuilles IV)

 Trump lors de sa visite en Arabie saoudite.
Trump lors de sa visite en Arabie saoudite.

La guerre, pourquoi ? La paix, comment ? Éléments de discussion aux gens de bonne volonté, de Kaddour Naïmi. Quatrième et dernier extrait. Il fait partie de : « Section III. Quel ordre ou qui tire profit du désordre ? »

10.14. Arabie saoudite et Israël

Un dernier point est à signaler.

De même que les "Frères Musulmans" et les gouvernements des États-Unis seraient des ennemis absolus, parce que d’idéologies et de buts opposés, les mass-médias dominants présentent l’Arabie saoudite et l’État d’Israël de manière identique. Dans les pays arabo-musulmans, ceux qui se réclament de l’idéologie en cours en Arabie saoudite considèrent Israël comme l’ennemi à combattre ; et, vice-versa, dans les pays occidentaux et en Israël, ceux qui se reconnaissent dans l’idéologie de ce dernier État, déclarent comme adversaire le régime de l’Arabie saoudite.

Qu’en est-il dans la réalité actuelle ?

"(…) une députée israélienne (...) du parti de gauche Meretz a révélé que 122 militaires israéliens et américains étaient en activité sur une base aérienne saoudienne (...) l’affaire a le mérite de lever le voile sur la collaboration militaire israélo-saoudienne au moment où l’Arabie Saoudite est engagée dans une partie de bras de fer avec l’Iran.

Selon des sources citées par cette parlementaire, l’opération viserait à déployer un système antiaérien extrêmement performant sur le sol saoudien tout en consolidant le système antimissile israélien "Dôme de fer". "Un accord en ce sens aurait même été paraphé au cours de la visite de Barack Obama à Riyad en avril 2016. Ainsi, la Maison Blanche ferait coup double. Les Saoudiens nourrissant à l’égard des missiles iraniens la même hantise que les Israéliens à l’égard de ceux du Hezbollah, l’Oncle Sam réunit ses deux alliés régionaux en les gratifiant des derniers joujoux du complexe militaro-industriel." (Bruno Guigue, art. c.)

Est-ce là une surprise, un événement exceptionnel et nouveau ? Le même auteur poursuit : "Il faut d’ailleurs reconnaître que certains Saoudiens avaient anticipé ce rapprochement. Il suffit de rappeler les déclarations prémonitoires du prince Walid Ben Talal en octobre 2015.

Selon le quotidien koweïtien "Al Qabas", il déclara : "Je me rangerai du côté de la nation juive et de ses aspirations démocratiques dans le cas du déclenchement d’une Intifada palestinienne, et j’userai de toute mon influence pour briser les initiatives arabes sinistres visant à condamner Tel-Aviv, parce que je considère l’entente israélo-arabe et une future amitié comme nécessaire pour empêcher l’extension dangereuse de l’Iran". On n’entendit guère les amis occidentaux d’Israël, à l’époque, se scandaliser de cette déclaration d’amour d’un coupeur de tête esclavagiste pour la "seule démocratie du Moyen-Orient" (...)

Mais continuons avec le prince Walid. "Par conséquent, dit-il, l’Arabie Saoudite et Israël doivent renforcer leurs relations et former un front uni pour contrecarrer le programme ambitieux de Téhéran". Fort logiquement, la République islamique d’Iran est en ligne de mire. Mais il y a plus. Le quotidien koweïtien "Al Qabas" précise que le prince Al-Walid BenTalal s’est exprimé lors d’une tournée régionale visant à obtenir un soutien pour les rebelles saoudiens présents en Syrie". Cette ultime précision dévoile le fond de l’affaire. Car Washington, Riyad et Tel Aviv ont le même désir de provoquer la chute du président syrien. (...) Mais Israël et les USA sont les bénéficiaires ultimes de cette tentative de destruction d’un État syrien qui a trois fâcheuses manies : il défend sa souveraineté, il soutient le Hezbollah [Parti libanais qui résista efficacement à l’agression israelienne de 2006 contre le sud Liban, soutient le droit des Palestiniens à un territoire indépendant, et défend l’État syrien contre ses agresseurs.] et réclame la restitution du Golan." (Bruno Guigue, idem.)

Nous arrivons, enfin, à voir comment les apparemment inconciliables, en déclarations publiques, sont, dans les actes, en collision.

"Pour exercer sa domination au Moyen-Orient, l’impérialisme peut compter sur ses deux garde-chiourmes. Leur coopération militaire est une divine surprise, une formidable aubaine. Israël est une force de frappe militaire dont la fonction est de soumettre la nation arabe. Ouvertement complice du projet sioniste, l’Arabie saoudite est une force de frappe idéologique dont la fonction est de débiliter les masses. La force militaire, l’argent sans limites, la puissance de l’idéologie qui formate les esprits. Le "hard power" au sionisme, le "soft power" au wahhabisme. En tout cas, c’est désormais officiel. Leur collusion au service de la stratégie du chaos est exposée au grand jour." (Idem. Les italiques sont les miens.)

Est-ce ainsi que se construit un monde équitable et pacifique ?

(...)

11. A qui profite le terrorisme islamiste ?

A cette question, banale mais fondamentale, la majorité des citoyens ne trouve pas de réponse convaincante.

Essayons de comprendre.

D’une part, ce terrorisme se présente, et les mass-médias dominants le confirment, comme adversaire non seulement des régimes arabo-musulmans corrompus, mais également de l’impérialisme U.S. et du sionisme israélien. Or, comme constaté auparavant, ce type de terrorisme a fait et continue à faire plus de victimes parmi les musulmans que parmi les citoyens d’autres croyances (Auparavant a été exposé le problème du terrorisme des organisations illégales, in PARTIE II. / 3.3. Terrorisme des organisations illégales.). Ces musulmans sont en partie chiites, en partie sunnites.

Dès lors, comment expliquer le peu d’action contre les institutions militaires et les civils de l’Arabie saoudite, de la Jordanie et des Émirats arabes, d’un coté, et, de l’autre, de ceux des États-Unis et d’Israël ? D’autre part, les gouvernants états-uniens et israéliens déclarent que le motif principal de leurs actons est la "guerre au terrorisme".

Or, l’on constate qu’en Syrie, le gouvernement des États-Unis, bien que déclarant attaquer l’organisation "État Islamique" obtient peu de résultats ; pire encore, il s’est ensuite opposé à l’action russe qui, elle, était nettement plus efficace contre cette même organisation.

Comment expliquer ce comportement du gouvernant U.S. ?

D’où viennent l’argent, les armes modernes et les conseillers militaires étrangers dont disposent l’"État islamique" ?

Est-ce un simple hasard qu’immédiatement après la fin de l’U.R.S.S., - "l’empire du Mal", selon l’ex président Ronald Reagan -, on a vu surgir le terrorisme islamiste ?

A qui profitent les actions qui ont suivi pour justifier la guerre contre lui : les restrictions aux droits et aux libertés des citoyens dans les démocraties oligarchiques, à commencer par les États-Unis ? (A ce sujet, voir l’ouvrage de Gerhard Wisnewski, "Les Dessous du TERRORisme" (Top Secret) Qui dirige le monde par la peur ? Traduit de l’allemand par Janine Bourlois, Éditions Demi-Lune, 2007.)

A qui profite d’abord la destruction du régime syrien ? Au peuple syrien ou aux partisans du "Grand Moyen Orient Nouveau" ?

Est-ce par hasard que : 1) le régime syrien réclame la restitution du Golan occupé par Israël, 2) est un adversaire du régime d’Arabie saoudite ? 3) est un allié du régime iranien ? 4) soit l’allié de la Russie, 5) la nouvelle "route de la soie" chinoise, permettant d’étendre le commerce de la Chine, passe par la Syrie ?

12. Guerre mondiale ou pas ?

Revenons à l’examen de la planète et cherchons à comprendre la question des questions. Les uns pronostiquent une prochaine guerre mondiale, d’autres n’y croient pas.

Désormais, nous disposons des éléments qui mettent en évidence cette donnée : d’une part les gouvernants des États-Unis déclarent maintenir leur hégémonie sur la planète, d’autre part deux nations importantes la contestent : la Russie et la Chine. Alors, guerre USA - Russie ou guerre USA - Chine ?

Philippe Fabry, historien-théoricien, s’interroge : "La question de savoir, précisément, si les États-Unis doivent aujourd'hui se concentrer prioritairement sur l'adversaire russe ou sur le rival chinois."

Il répond ainsi : "(…) il faut comprendre que lorsque des opérations militaires commenceront sur l'un des deux fronts, l'autre s'embrasera aussitôt, car la Russie comme la Chine ne laisseraient jamais les Américains s'occuper tranquillement de l'autre et risquer de se retrouver ensuite seul face à la puissance américaine. La Russie et la Chine, ce Nouvel Axe succédant à l'axe germano-nippon, espère bien grignoter la puissance américaine comme leurs aînés ont dépecé l'Empire britannique en quelques mois.

Par conséquent, le véritable enjeu international, derrière les discours de la présidentielle américaine, est parfaitement vain, car il s'agit de se disputer sur un choix que les Américains n'auront pas." (China or Russia first ? Le véritable (et vain) enjeu international de la présidentielle américaine, publié le 15 juin 2016 in http://www.historionomie.com/archives/2016/06/15/33959761.html, visité le 31.10.2016.)

Concernant les relations conflictuelles entre Russie et États-Unis, des éclaircissements se trouvent dans l’article de Mathieu BOULEGUE, analyste spécialisé sur l’espace post-soviétique, avec cette conclusion :

"La relation Russie-OTAN est donc coincée dans cet entre-deux où aucun des acteurs n’a intérêt ni à une confrontation directe ni à une coopération approfondie." (In La relation Russie-OTAN : entre le marteau et l’enclume, 22 octobre 2016, in http://www.diploweb.com/La-relation-Russie-OTAN-entre-le.html.)

Jusqu’à quand ? Finalement, quelle option s’imposera ?

*

Le livre est gratuitement télé-déchargeable ici :

http://classiques.uqac.ca/contemporains/NAIMI_Kadour/La_guerre_pourquoi/La_guerre_pourquoi.html

Qui voudrait en confectionner un livre papier peut connaître la procédure ici :

http://www.fichier-pdf.fr/2015/06/01/imprimeretrelier5/imprimeretrelier5.pdf

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