Les rencontres littéraires se font rares à Mostaganem

L'université de Mostaganem.
L'université de Mostaganem.

A votre avis, combien y a-t-il eu de rencontres littéraires durant cette année scolaire 2016-2017 en terme de contact direct avec les auteurs, débats sur leurs œuvres et dédicaces de ces derniers : dix, vingt, cinquante, voire plus, puisque Mostaganem est connue pour être une ville de culture et son université à la bonne réputation d’être l’une des meilleures du pays ?

Raté. En cette période des examens finaux qui annoncent la fin de cette année scolaire et universitaire, seulement, tenez-vous bien, une seule rencontre littéraire a été organisée au département de la langue française de l’UMAB, en l’occurrence celle de Samir Toumi, autour de ses deux romans à la fois, le 20 avril dernier, alors qu’aucune rencontre littéraire n’ait été organisée par les lycées de Mostaganem.

Ce n’est pas que la littérature algérienne soit en manque de production en ce moment ou que les étudiants n’aient pas envie de ce genre de manifestation hautement bénéfique. Simplement, les rencontres littéraires ne sont plus une nécessité chez les responsables des établissements éducatifs. Parfois aussi, faute de moyen, comme nous explique un professeur à l’université de Mostaganem : "Quand on invite un auteur, la moindre des choses serait de l’inviter à déjeuner après la séance. Or, l’université n’a plus de moyens". Bien qu’elle soit un tant soit peu convaincante, cette réponse est toutefois partagée par un bon nombre d’enseignants que nous avons interrogé.

Samir Toumi (romancier) et Ibtissem Chachou (linguiste à l'université de Mostaganem et modératrice de la rencontre littéraire).

"S’il y a bien une chose qui va bien en Algérie, en ce moment, c’est bien la littérature. J’étais au salon du livre d’Alger en octobre dernier et je vous assure que j’étais très stupéfait par la quantité considérable d’auteur et de livre qui étaient présents", nous explique Karim, professeur au département du français.

L’un des responsables du département, qui a voulu gardé l’anonymat, nous a pourtant informé en mars dernier, qu’en plus de la rencontre avec Samir Toumi, deux autres rencontres ont été envisagées avec Kamel Daoud et Yasmina Khadra, lesquels, notons-le, ont tous les deux des livres récemment publiés. Concernant les nouvelles plumes dont le palmarès n’est encore qu’à un ou deux livres, ledit responsable nous explique que l’UMAB a une certaine réputation et qu’elle était réservée, d’une certaine manière, aux auteurs confirmés.

Du côté des étudiants, il est sans surprise de constaté que la majorité, bien qu’elle soit spécialisée dans le domaine, n’a que de vague connaissance des auteurs algériens, tandis que d’autres déplorent le fait qu’il n’y ait pas assez de rencontre littéraire. "Je ne suis un pas un lecteur assidu. Pourtant, le jour où l’on a ramené Kamel Daoud pour nous présenter son roman Meursault, contre-enquête, j’ai aimé voir un auteur qui était sur toute les chaines télévisées devant moi et avoir eu une dédicace dans mon livre que je l’ai fini en trois jours", nous raconte Morad, un étudiant en Master 2 civilisation et littérature française.

Pour en savoir davantage sur l’importance des rencontres littéraire et leur influence sur le jeune public, nous avons rencontré Mokhtar, doctorant en littérature française, à l’université d’Alger, lequel nous explique que "les rencontres littéraires permettent aux étudiants de ne pas rester déconnectés de l’actualité littéraire, mais aussi de voir l’auteur de près et de se dire : moi aussi je pourrai le faire un jour. Des études ont prouvé que les jeunes veulent devenir star de cinéma ou de musique car ils aiment d’abord devenir célèbre avec des fans qui les harcèlent pour prendre des photos avec eux. En littérature, ça pourrait être la même chose, bien évidemment à condition qu’il y ait du bon travail derrière tout cela. Ceci dit, chez nous, les auteurs algériens, hormis ceux qui sont traduits dans d’autres langues, ils ne bénéficient pas d’une médiatisation valorisante ni d’assez d’invitation de la part des universités pour promouvoir leurs travaux. Quand vous voyez les auteurs américains n’avoir rien à envier aux acteurs d’Hollywood en terme de notoriété, c’est parce qu’il y a toute une promotion du livre qui va des grandes universités et lycées jusqu’au dernier marchand de livre, et cela, fait que les jeunes s’y intéresse et qui se font happés par ce fait de mode qui pourrait être le déclic de la passion de lire" en ajoutant "le problème est par ailleurs dû au non sérieux de quelques maison d’édition qui n’accompagne pas le livre dans sa promotion".

Outre les lycées et l’université, à Mostaganem, il n’y a plus désormais que deux librairies privées dont l’espace des locaux n’est pas adéquat pour de telles rencontres où l’assistance est considérable. Aux bibliothèques publiques, les rencontres sont aussi rares et organisées qu’en rapport avec des occasions nationales, journée de la femme, journée de la libération nationale, etc.

Encore plus paradoxal, nous avons fait le tour des grandes librairies d’Oran que nous lui avons demandé s’ils avaient des clients mostaganémois, "je vais vous étonner, mais la plupart de mes clients fidèles habitent à Mostaganem et ils se déplacent même quand on organise des débats littéraires. D’après mon longue expérience dans ce secteur du livre, je peux vous assurer que Mostaganem est la première ville de l’ouest qui contient le plus de lecteurs", apprend-on auprès du propriétaire de la librairieArt et culture.

A l’heure où des chercheurs continuent d’essayer de comprendre le désintéressement des jeunes par la lecture et à l’heure où des budgets continuent à être dépensés impertinemment, les rencontres littéraire demeure absente de la scène en ne faisant le bonheur ni des étudiants ni des auteurs dont le livre est souvent termine sa chute au fond des rayons des librairies sans la moindre promotion.

De Mostaganem, Mohamed Cherif

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Commentaires (1) | Réagir ?

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Aghioul Aghyoul

"S’il y a bien une chose qui va bien en Algérie, en ce moment, c’est bien la littérature"

C'est tellement vrai que la moitié des habitants de mon village sont accrocs à la lecture. On est instruit, dis donc!