Quel président de la République pour 2019 ?

Malade et isolé, le président Bouteflika a pris en otage le destin de l'Algérie.
Malade et isolé, le président Bouteflika a pris en otage le destin de l'Algérie.

Aujourd'hui, le pays semble prisonnier d'un système qui, fatalement, conduira à une élection présidentielle où le léger comme l'incompétent pensent qu'il suffira de se présenter, ou de se retrouver au second tour face au candidat du pouvoir, pour gagner.

D’ailleurs, les assurances des candidats à la candidature dont on devine par avance les noms, vont croissant à la faveur de la mise en place de la "démocratie apaisée" promise par le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, dans sa lettre du 1er novembre 2015. Ils y croient, maintenant que les "mécanismes indépendants de contrôle et de gestion des élections", ont été constitutionnalisés, ce qui, faut-il le croire, empêchera toute fraude et, poussera plus d'un à s'investir dans la course vers El Mouradia. Quoique ! Pour autant, la tâche ne sera pas facile pour les candidats les plus sérieux parmi les chefs de partis et les personnalités nationales, désireux d'aller à la rencontre de leur destin, bien avant l’heure selon Djamel Ould Abbes, le secrétaire général du FLN qui rappelle que "e Président de la République est bel et bien en poste et qu'il a, plus que jamais, l'intention d'aller jusqu'au bout de son mandat !".

Message destiné certainement à ceux de l'opposition qui n'ont de cesse d'exiger l'instauration d'une "période de transition". Est-ce à dire pour autant que les présidentielles ne sont pas à l'ordre du jour ? Pas si sûr, et le moins que l'on puisse dire pour l'instant, c'est que la scène politique risque de connaitre dans les mois à venir, quelques soubresauts, voire des surprises.

Les grandes manœuvres ont commencé dans les états-majors des partis en perspective de l’élection présidentielle de 2019 et l’après-Abdelaziz Bouteflika, et ce n’est pas lui faire offense que de le dire, est conjugué au présent, pour au moins deux raisons :

La première, et c’est lui-même qui l’a laissé entendre avec son fameux « Tab Edjnana », ce sera son dernier mandat par lequel il compte achever ses réformes.

La seconde tient dans la constitutionnalisation de la limitation des mandats présidentiels à deux.

En conséquence, certains candidats dans et en dehors du pouvoir commencent, dès à présent, à affûter leurs armes en perspective de 2019.

Ces présidentiables, ou se prenant comme tels, ont commencé à y penser bien avant le 4e mandat mais pour quelques-uns d’entre eux ils ont dû vite déchanter face à la réactivité du Président en exercice qui a décidé de rempiler, pour être ensuite réélu le 17 avril 2014. A leur tête Ali Benflis qui ne désespère pas d’y aller. Le candidat malheureux des dernières élections peine à l'évidence à s'affirmer comme le chef de file de l'opposition. Le titre lui est contesté par le chef du MSP, lui-même en butte à Djaballah qui l’accuse d'avoir un pied dans l'opposition et l'autre dans le pouvoir, manière de se légitimer comme unique chef des islamistes.

Aujourd’hui, ces candidats-là ne s’en cachent plus ; oui, ils y pensent chaque matin à cette échéance de 2019 et pas qu’en se rasant. Ils sont, globalement, militants de l’opposition, où l’on recrute les plus impatients présidentiables : Abdelaziz Belaid, Abdallah Saâdallah Djaballah, Ahmed Benbitour, voire même Mouloud Hamrouche. Des partis qui participent régulièrement aux élections présidentielles : FNA, PT, AHD 54, avec les inévitables Louisa Hanoune qui s’entête par ailleurs à s’opposer à l’opposition , Moussa Touati et Ali Fawzi Rebaïne. Des candidats indépendants avec à leur tête l’inénarrable Rachid Nekkaz qui ne manque pas l’occasion de se manifester et de faire parler de lui.

Tous doivent, toutefois, affiner leur tactique :

- Iront-ils avec un candidat unique ou bien c’est le chacun pour soi qui va prévaloir ?

- Peut-on aussi conférer un brevet de représentativité à l’opposition "désunie" du Mazafran, au regard de la faiblesse de son enracinement social réel, du caractère parfois squelettique du nombre de ses militants, de la pauvreté de sa doctrine et de l’indigence de son programme ?

- Et si l’on ajoute à cela les "egos" démesurés de ses chefs, ce n’est pas demain la veille qu’émergerait, de leurs rangs, une candidature consensuelle parmi les candidats déclarés ou potentiels.

- A moins que l’organisation d’une "primaire" n’intervienne pour mettre sur le même pied d’égalité les candidats possibles ?

Cette agitation-là, par contre, n’est pas visible dans les arcanes du pouvoir ou peu ou prou, car elle est plus feutrée, pour ne pas dire secrète pour l’instant.

Ses acteurs, qui font encore dans le "politiquement correct", ont pour noms Lakhdar Brahimi, Ahmed Ouyahia, Chakib Khelil et Abdelmalek Sellal.

La rumeur sur une probable candidature du premier nommé a circulé mais aussitôt démentie par l’intéressé. Le doute persiste néanmoins et d’aucuns accréditent cette ambition sachant que Lakhdar Brahimi ne partira pas pour faire 10 ans à la tête de l’Etat mais juste un mandat, manière d’assurer une succession "apaisée" à son compagnon et camarade Abdelaziz Bouteflika, comme il s’est plu à le qualifier lors d’une interview accordée à Berbère TV.

Il n'en reste pas moins qu'après la brutale mise à l'écart d'Abdelaziz Belkhadem qui se voyait président avant l'heure, Ahmed Ouyahia, l’autre potentiel candidat, avance "masqué" même si le message de félicitations qui lui a été adressé par le Président de la République au lendemain de son élection à la tête du RND, un blanc-seing jurent certains, est de nature à l’encourager dans son ambition .

Plutôt un "wait and see", tient à tempérer un éditorialiste qui rappelle que "la communication officielle étant, comme de coutume, un ensemble de messages sibyllins, on peut déceler dans le message du Président, quelques signaux en direction des acteurs politiques et aussi, éventuellement, une consolidation de l'ambition présidentielle d'Ouyahia".

Après avoir assuré ses arrières en se faisant élire pour 5 ans, il s'est acquis une base fidèle et des relais forts ; il s'est débarrassé de tous ses détracteurs. Il fait figure, désormais, de favori pour la course à la présidentielle. Maintenant plus que jamais, d'autant plus qu'il a entre les mains "l'appareil", la redoutable machine électorale du RND. Il faut dire aussi que la semaine a été florissante pour Ahmed Ouyahia qui a été le grand vainqueur des législatives portant le score du RND à 100 députés !

Pour autant, quelques questions se posent quant à l'avenir immédiat du secrétaire général du RND : - va-t-il se consacrer, désormais, à fourbir ses armes en vue de la guerre de succession à El Mouradia ? - ou se prépare-t-il à réinvestir, une fois encore, le Palais du Gouvernement ?

Tout porte à croire, en effet, que son travail ne fait que commencer. Mais, bizarrement, les observateurs avisés accordent plus d'attention aux petits pas de Chakib Khalil qui, semble-t-il, coup sur coup, a fait sa déclaration de patrimoine tout juste après avoir accordé un entretien de plus de deux heures à la chaine Ennahar TV, proche des cercles du pouvoir où il a fait, en direct, une étrange offre de service : il dit se tenir "à la disposition de son pays" ! L'homme c'est vrai dispose d'un carnet d'adresses des plus étoffés, en plus de son expérience indéniable dans le monde du pétrole qui lui a valu néanmoins quelques "casseroles". Devant la persistance de la crise, les autorités, dit-on, réfléchissent sérieusement au retour au premier plan de Chakib Khalil et d'Ahmed Ouyahia au gouvernement, dans un premier temps. Il est clair que ces deux hommes sont programmés pour jouer des rôles importants, du point de vue desdites autorités, dans une situation économique et sécuritaire, très difficile, tant à l'intérieur qu'à l'international : 1. L'ancien ministre de l'Energie, parce qu'il bénéficie d'un préjugé favorable des institutions financières internationales, le FMI notamment, et qu'il serait susceptible d'en obtenir les meilleures conditionnalités en cas de retour à l'endettement externe du pays. 2. Le directeur de cabinet à la présidence de la république, parce qu'il est l'homme à poigne indispensable pour conduire un gouvernement de crise. Et forcément impopulaire. En définitive, et il faut se rendre à l'évidence, ce n'est pas tant le "nouveau modèle économique" qui préoccupe présentement les autorités en charge des affaires du pays, mais la mise en place du décor pour la présidentielle de 2019.

Tout leur savoir-faire semble avoir été investi dans cette entreprise politique devant assurer une succession au pouvoir en place.

L’autre présidentiable du "système" se nomme Abdelmalek Sellal, l’ex-futur Premier ministre qui s’est lancé dans des consultations pour former le gouvernement post-législatives, sans pour autant remettre au Président de la République sa démission et celles de ses ministres, comme l’exige la constitution. Une prouesse ou un mystère ? Allez savoir !

Il a tout connu des dorures de la République : wali, plusieurs fois ministre, ambassadeur et Premier ministre. Il a joué le rôle de la "doublure" du Président. Il a été sa voix, ses jambes et le premier représentant du Président face à tous ses adversaires politiques. Il s’est forgé une stature de tribun et d’homme d’Etat. Il a ensuite repris, docilement, la place de Premier ministre qu’il avait mise entre parenthèses lors des deux précédentes campagnes électorales présidentielles. Il se murmure que n’eût été le veto de puissants militaires, Abdelmalek Sellal était sur la trajectoire pour succéder au président de la République, avant bien sûr que celui-ci ne décide de postuler en 2014. L’homme qui pendant la campagne a affirmé qu’"il n’était candidat à rien" est pourtant compatible avec tous les pôles du pouvoir et en tous les cas il semble jouir de la confiance et de l’estime du Président. Mais est-ce que cela ferait de lui un présidentiable potentiel, lui qui aurait lâché cette phrase rapportée par la presse : "Le service que l’on pourrait me rendre, c’est de me donner une ambassade le plus loin possible" ? Difficile à croire à partir du moment où c’est connu, celui qui goûte aux délices du pouvoir, une drogue douce, en fait, reste "accro" à vie.

Sur qui des "dauphins désignés" faut-il miser alors sachant que le système va se succéder à lui-même ? En d’autres termes, on ira vers le changement mais dans la continuité, en l’absence d’un candidat "caché" du style Emmanuel Macron qui surgirait de nulle part pour mettre tout le monde d’accord ?

- Lakhdar Brahimi lui qui serait partant pour un seul mandat ?

- Chakib Khelil "l’homme des Américains", dit-on ?

- Abdelmalek Sellal qui laisse entendre que la présidence "c’est l’endroit à fuir.." ? - Ahmed Ouyahia pour qui El Mouradia est "the place to be" ?

Ce dernier est, semble-t-il, celui qui tiendrait la corde et s’il y avait encore un doute, Ahmed Ouyahia vient de le lever, il est candidat : Djamel Ould Abbes et Makri viennent de l’affirmer haut et fort. Il a sans doute, plus d’influence sur la vie politique de l’Exécutif qu’Abdelmalek Sellal auquel il n’a eu de cesse de lui reprocher son "populisme" et "l’incapacité" de son gouvernement à assumer les bonnes décisions pour faire face à la crise économique qui frappe le pays, en plus du soutien qu’il a apporté à Ali Haddad en froid alors ,avec le Premier ministre au lendemain de la rencontre avec les investisseurs africains.

L’homme c’est vrai peut user rivaux et adversaires. Patient aussi, comme celui qui peut, à la longue, susciter suffisamment de confiance chez ses mentors pour espérer incarner un nouveau personnage dans les fréquents et possibles changements :

1- comme Premier ministre, juste après les législatives du 4 mai 2017. 2- président de la République en 2019 !

Il est clair que son parcours est bien protégé, lui qui n’a eu de cesse de répéter, depuis 1999, que "c’est la chose la plus naturelle que de soutenir un homme comme Bouteflika". Il a changé de discours depuis et ne se revendique plus du programme du Président de la République, lui préférant le programme. de l’Etat quand il s’agit par exemple de sérier les réalisations du pays dans tous les secteurs sauf la "Réconciliation nationale" dont l’honneur revient à Abdelaziz Bouteflika .

En tous les cas, la bataille est lancée entre les hommes du Président qui, tout en faisant corps avec lui, pour la galerie pensent les observateurs, se projettent néanmoins dans l’après-quatrième mandat.

On n’en est pas encore là, et a fortiori dans le camp du pouvoir le profil du candidat est peut-être déjà tracé : Sellal – Ouyahia- Khelil, de ce trio sortira, certainement, le candidat "consensuel" et surtout "adoubé" du système et par les "faiseurs" de Président. A moins que Lakhdar Brahimi n’accepte la "mission" ?

Abdelaziz Bouteflika est, assurément, encore aux commandes ! Pour l’instant, il n’envisage pas de transmettre "le code nucléaire" ni à l’un ni à l’autre des dauphins désignés et cela doit, beaucoup, l’amuser. Le maitre des horloges, c’est lui. Il maitrise les agendas. Et tant qu’il ne s’est pas déclaré, rien n’est joué pour 2019.

Cherif Ali

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Commentaires (10) | Réagir ?

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khelaf hellal

Nous ressentons effectivement la fin d'une triste époque, le bout du tunnel enfin , le cépuscule des idoles , comme une délivrance qui nous émancipe et nous donne le droit de vivre et de souffler enfin dans notre pays. Un autre été 62 pour notre pays avec notre indépendance reconquise.

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Aksil ilunisen

Sommes nous des Hommes libres ou des Esclaves affranchis? That is the question!

Le peuple algerien DOIT apprendre a etre libre en optant pour la Rupture. Oui! Ce mot formidable qui va nous permettre d'aller de l'avant au lieu de tenter l'impossible a faire du neuf avec du vieux................ Nettoyons la scene poitique des croccodiles de l'Armée frontieres!

55 ans BARAKAT!!!

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