"La nouvelle question d’Orient" de Georges Corm

La couverture de l'ouvrage.
La couverture de l'ouvrage.

Ce énième essai de l’économiste et historien, Georges Corm, sur cette partie du monde est une mine d’informations qui permettent au lecteur lambda de saisir les insaisissables conflits qui s’enchâssent dans le Moyen-Orient.

Le livre passe en revue les problèmes qui irriguent cette région du monde. La question d’Orient et les rivalités religieuses (sunnites, chiites, entre autres), les affrontements entre Russie et Otan, l’Empire Ottoman, ce cadavre qui a entraîné dans sa mort la fin d’un monde, les petites mains manipulatrices des mouvements de "résistance" qui ont l’heur et le bonheur sadique des puissances au détriment des peuples, nous pensons aux Etats-Unis qui a entraîné et armé les islamistes en Afghanistan pour lutter contre la défunte URSS. "L’alliance des monarchies conservatrices arabes avec Washington s’est d’ailleurs développée de façon spectaculaire dans les années 1970 et 1980, dans le contexte de l’occupation soviétique en Afghanistan (1979, 1989) motivée par l’URSS par la crainte d’une propagation de la révolte iranienne dans le Caucase (…) Désormais l’instrumentalisation de l’identité religieuse islamique peut encore plus facilement être promue dans tous les domaines, les Etats arabes dénués de ressources pétrolières devenant de plus en plus dépendants des aides que fournissent l’Arabie saoudite et la Banque islamique de développement dont elle est le principal financier."

Georges Corm pousse son analyse jusqu’aux guerres des Balkans sur lesquelles il donne un éclairage qui ne fait pas bonne presse. "Les Croates, les Slovènes et les musulmans de Bosnie-Herzégovine sont encouragés à réclamer leur indépendance afin d’adhérer plus tard de façon séparée à l’Union européenne. On assiste alors à l’intervention militaire et médiatique des puissances européennes et des Etats-Unis (…)". En effet, une guerre médiatique a accompagné les bombardements de Belgrade, la capitale serbe par les avions de l’Otan. "Si les massacres de Bosnie ont été largement couverts par les grands médias occidentaux, parfois en boucle durant des semaines, le déplacement forcé des Serbes de Croatie dans la région de Krajina en 1995 a été rarement évoqué, de même que le refus légitimes des Serbes de Bosnie d’être séparés du territoire de la Serbie elle-même pour être inclus dans un Etat bosniaque en passe de devenir musulman et dont ils peuplaient 49% du territoire", écrit Georges Corm.

Pour l’auteur, il n’y a pas de conflit de civilisations comme le soutient Samuel Huntington. Georges Corm l’a qualifiée même d’absurde. Il estime que la thèse de Samuel Huntington se résume à quelques "arguments pauvres". Mais son développement, voire sa promotion est opportunément exploitée en Occident. "La thèse a remplacé à point nommé le grand vide idéologique créé par la disparition de l’URSS en 1991 et la déconfiture concomitante des diverses formes du marxisme", soutient-il. De fil en aiguille, l’auteur avance que "les Etats-Unis se trouvaient ainsi privés de l’ennemi existentiel qui avait légitimé l’extension de leur puissance culturelle, économique et militaire dans la monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale".

Au développement du terrorisme qui trouve sa source et qui prospère dans cette partie est de la Méditerranée, il n’y a qu’une explication : le dérèglement de la raison et la déraison économique qui ont fait le lit de l’obscurantisme et facilité toutes sortes de guerres. "Le fondamentalisme islamique serait une réaction normale et donc compréhensible au phénomène colonial, puis au mode laïque de gouvernement de la plupart des régimes arabes républicains après l’obtention de leur indépendance, écrit l’auteur. Cette approche imaginaire relève d’un essentialisme et d’un culturalisme outranciers qui font de tout musulman un être similaire aux autres musulmans du monde entier. (…)". Ce genre d’argumentaires est véhiculé par certains islamologues notamment français bien en cour dans le monde musulman et dans les médias. Georges Corm parle d’une "dangereuse islamophilie culturaliste qui a entraîné une critique forte des politiques de modernisation accélérée de la Turquie kémaliste, de l’Egypte nassérienne ou de la Syrie et de l’Irak baathistes, comme ayant violé la psychologie profondément religieuse des sociétés de ces pays". L’auteur qui appelle à cesser d’instrumentaliser les trois monothéismes pour des besoins de guerres expansionnistes.

Kassia G.-A.

"La nouvelle question d’Orient" de Georges Corm, chez la Découverte, prix : 20 euros.

Plus d'articles de : Culture

Commentaires (0) | Réagir ?