Les Algériens boudent leurs dirigeants

Le président Bouteflika au dernier conseil des ministres de décembre dernier.
Le président Bouteflika au dernier conseil des ministres de décembre dernier.

Devant un choix où ils ne pouvaient que perdre, les Algériens y ont été pour le moindre mal et ont remis au pouvoir ceux qui leur ont coupé toutes les voies de changement pacifique.

La campagne pour les législatives qui a timidement débuté le 9 avril en Algérie s’est terminée le 4 mai devant des électeurs peu intéressés par les propos des candidats. Compte tenu des circonstances, c’est somme toute une saine réaction qu’ont eue les Algériens pendant les dernières législatives. C’est donc absolument sans surprise qu’elles ont donné la victoire à la coalition au pouvoir. En appuis de cette affirmation, j’aimerais présenter un extrait du texte "Les prochaines législatives maintiendront le FLN de Bouteflika au pouvoir", publié dans ce journal le 16 janvier dernier. J’y avais écrit à la fin du premier paragraphe : "La politique algérienne est un spectacle élaboré dont le scénario est écrit des mois à l’avance. On peut donc déjà annoncer que le Front de libération nationale (FLN) sortira “grand vainqueur” des prochaines législatives."

Il était tout aussi prévisible que les partis religieux améliorent leur positionnement. Dans le texte "Les changements sont inévitables en Algérie", aussi publié dans ce journal le 20 février, j’affirmais : "Menacer un bain de sang pour empêcher la démocratisation de l’Algérie est dans cette continuité. Sous la pression directe de l’État, les partis islamistes affichent donc actuellement une volonté de devenir la troisième force politique du pays et d’avoir des ministres dans le prochain gouvernement." La principale coalition islamiste le Mouvement de la société pour la paix (MSP) a obtenu la troisième place avec ses 33 élus à l'Assemblée populaire nationale (APN). Ensemble, les partis islamistes ont amélioré leur positionnement par rapport aux dernières élections et fait élire 67 députés. En plus des 33 pour le MSP, il y en avait 19 pour le Rassemblement de l'espoir de l'Algérie (TAJ) et 15 pour l'alliance Ennahda.

Il est surprenant que, malgré tous les indices qui s’accumulent, les gouvernements de l’Occident ne se soient pas encore offusqués, ni même souvent aperçus, que le gouvernement algérien manipule une partie de la mouvance islamiste pour ses propres besoins politiques. Les déclarations du dirigeant du Jil Jadid, qui prônaient le boycottage des élections et qui a affirmé que le pouvoir algérien a réparti le même type de quotas que d'habitude à sa clientèle politique peuvent donc être considérées comme véridiques à la lumière des résultats. Les partis de la mouvance démocratique ont aussi, comme prévu, subi un échec cuisant. Le plus vieux parti de l'opposition, soit le Front des forces socialistes (FFS) a reculé de 27 à 14 sièges. Le gouvernement est aussi prévisible qu’incompétent. Le problème est qu’il amène actuellement sa population directement en enfer.

Les législatives ne sont donc finalement qu’un concours de recrutement que fait passer le gouvernement algérien pour remplir ses rangs. L’opinion de la population est accessoire. C’est l’opinion des dirigeants qui compte. Comme cela était prévu depuis le début des législatives du 4 mai, il n’y a donc pas eu d’alternance des partis au gouvernement tout simplement parce qu’il ne le voulait pas. En vidant de leur sens démocratique ces élections, le gouvernement s’est créé un immense concours de recrutement pour remplir le parlement de candidats qu’il sait d’avance dociles et sous sa main. Ce sont des députés de façade ou d'apparat comme les qualifie Ali Benflis. Cette perversion d’un élément fondamental de la démocratie représentative empêche d’éliminer les actions gouvernementales les moins productives. L’Algérie est donc entrée dans le 21e siècle avec des pratiques politiques du 20e.

La vraie consolation de ces élections vient des Algériens eux-mêmes. Leur très faible taux de participation, et ce, malgré des preuves évidentes de bourrage d’urnes dans certains bureaux électoraux, a envoyé un message clair au FLN. Cela a été fait malgré les efforts de tous les instants du gouvernement, des appels faits aux imams et une campagne d'affichage agressive. Des congés ont même été donnés aux fonctionnaires pour qu’ils aillent voter. Les électeurs, qui se sont révélés peu intéressés par les débats politiques, savaient bien que ce n’est pas eux qui ont eu le rôle prioritaire dans le renouvelé des élues de l'Assemblée populaire nationale. Ils savent que cette Assemblée n'a absolument aucune représentativité. La plupart du temps, le public bâillait devant les campagnes sans imagination et même souvent léthargiques de ces candidats héritiers des pires dérives. Le gouvernement déguise assez mal que le Front de libération nationale est encore dans les faits le parti unique qui daigne donner les miettes du pouvoir au Rassemblement national démocratique (RND).

Une conclusion positive que l’on peut tirer de cette élection est que la population n’est pas dupe du fait que l’Algérie est encore menée par un parti unique qui concentre le pouvoir malgré tout le maquillage qu’il met et les ficelles qu’il tire pour faire croire le contraire. Abdelaziz Bouteflika ne fait que garder chaude la place centrale qu’occupe son parti depuis l’indépendance il y a 55 ans. Cependant, avec une participation enregistrée de 37,09 %, auquel on pourrait soustraire un bon 5 % en raison des tripatouillages des autorités, le gouvernement n’a finalement pas la note de passage de son examen électoral, et ce, même après avoir triché. De plus, le FLN a perdu 51 députés ce qui est aussi un signal clair. On peut donc lui donner un F et le renvoyer faire ses devoirs. Sa punition sera de gérer la situation catastrophique qu’il a créée de par son incapacité a diversifier l’économie de l’Algérie. Au total, moins de 20 % des Algériens ont donné un appui non équivoque au FLN. L'Assemblée populaire a perdu sa crédibilité. Il lui sera donc d’autant plus difficile de justifier ses décisions.

Michel Gourd

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Commentaires (6) | Réagir ?

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Faro Laz

Avec un article comme celui-ci, on se régale de bon français, bien rédigé et sans faute d’orthographe, ni de grammaire, encore moins de syntaxe. Merci Monsieur.

Les Algériens qui s’étaient frottés ces dernières 187 années et heureusement se frottent toujours quoique, on me dit, pas de bon cœur aux français d’une façon ou d’une autre n’ont jamais appris les bonnes manières de la République telles que définies par les nombreuses leçons de la Révolution Française qui incluent entre autres une éducation exceptionnellement lourde pendant 132 années. D’autres dans le voisinage avaient eu droit à beaucoup moins que cela.

Les raisons, on les connait toutes, les Algériens pouvaient se payer les grossières mascarades comme cette dernière du 4 mai avec l’abondance des pétrodollars mais je suis d’avis que dorénavant ils vont vouloir frapper aux portes à commencer par celle de la France pour arrondir leurs fins de mois. Cordialement, encore une fois merci.

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Rabah IBN ABDELAZIZ

Ce qu'il écrit Monsieur GOURD, est véridique, ne cherchez pas midi à quatorze heure ?. La terre entière connaissent les méthodes du clan au pouvoir depuis 1962 à ce jour ?. C'est toujours le même mafieux qui mène la barque ?. Posez la question à Si Yacef SAADI ?, Le Colonel Si Ahmed BEN CHERIF, et sans oublier le défunt Si Ali KAFI Que Dieu ai son âme ?. L'Algérie est colonisé par le mafieux boutcheftchicha, entourés par les hypers mafieux said bouterma, hadda la moche, saadani, bent abbas l'épouse du chef du clan la brouette sans oublier le vice-roi de la corruption et des magouilles gestionnaires des milliards d'euros et dollars volés à SONATRACH, air algérie, sonelgaz, algérie télécom et d'autres entreprises nationales ?, et bouchouareb et les milliards au Panama ?. C'est comme élections avec les urnes bourrés des listes fln - rnd ?. Au poteau toutes cette vermines.

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