Saccage de bureaux de vote : vaincre, c’est convaincre

Des bureaux de vote ont été saccagés à Bouira, Sidi Ben Abbès, ...
Des bureaux de vote ont été saccagés à Bouira, Sidi Ben Abbès, ...

Le désespoir de citoyens est compréhensible. Mais peut-on admettre sa manifestation par des actes de violence commis par ces citoyens pour empêcher d’autres de voter ?

Ce genre d’arbitraire ne peut avoir aucune, absolument aucune justification démocratique. C’est du fascisme typique. Sa méthode a été et demeure l’emploi de la violence, sous toutes ses formes.

Rappelons le fameux propos du philosophe Miguel De Unamuno. Durant la guerre civile, voyant les hordes militaires fascistes espagnoles envahir l’université dont il était recteur, il leur avait déclaré : "Vous avez vaincu, mais pas convaincu !"

Toutes les formes d’autoritarisme, qu’elles soit fasciste "brune" (nazie) ou "rouge" ("communiste"), privilégient la violence pour vaincre, en imposant leur "pensée unique". Ainsi, elles démontrent leur faiblesse et leur illégitimité, parce qu’elles sont incapables de convaincre. L’histoire a montré leur faillite, tôt ou tard.

Mais que dire quand des personnes recourent à la méthode d’action fasciste tout en se réclament de la démocratie ?

Dès lors, il reste à recourir à la classique méthode policière de base : quand on ignore l’auteur et le mobile réel d’un crime, il faut commencer par se demander à qui ce dernier profite.

Une question préalable s’impose. Peut-on raisonnablement croire que des citoyens, réellement partisans de la démocratie, c’est-à-dire de la méthode consistant à débattre par les idées dans le but de convaincre, puissent recourir à une méthode totalement opposée, consistant à employer la violence et à empêcher d’autres citoyens de s’exprimer électoralement ?

Dans le cas des attaques aux bureaux de vote, deux hypothèses se présentent.

Soit les agresseurs agissent de bonne foi. Il s’ensuit qu’ils sont dans une confusion totale. Victimes de leur désespoir tellement profond, ils ignorent la méthode correcte à employer, celle de chercher à convaincre, pour recourir à la facile mais inefficace action violente anti-démocratique. Par exemple, ils auraient pu se présenter près des bureaux de vote, puis engager une discussion pacifique avec les citoyens venus pour voter, pour les convaincre de ne pas le faire, en présentant des arguments valables.

Soit les agresseurs des bureaux de vote sont conscients de leur action et du but poursuivi. Nous aurions donc affaire à des manipulateurs. Ils emploieraient volontairement des citoyens naïfs, d'une part, et, d'autre part, des agents rétribués, déguisés en citoyens, pour créer une violence injustifiée.

Questions subséquentes : qui pourraient être ces agents et quel serait leur but ?

Là, aussi, deux hypothèses se présentent.

Voici la première. Ces actions voudraient créer dans le peuple des troubles visant à favoriser l’intervention d’agents étrangers, intéressés à déstabiliser le pays pour, ensuite, l’envahir ou aider des complices locaux à prendre le pouvoir.

Deuxième hypothèse. Des agents internes au pays, au sein ou/et en dehors des institutions étatiques, seraient derrière ces actions violentes, dans le but de justifier un autoritarisme limitant davantage les droits démocratiques des citoyens.

Que faire, alors ?

Expliquer, patiemment, clairement, le temps qu’il faut, partout que les moyens doivent se conformer à la fin, autrement dit : la démocratie se défend et se conquiert uniquement par des moyens pacifiques, employant l’argumentation convaincante, dans le respect de l’opinion d’autrui.

Oui, c’est très difficile, cela exige de ne pas répondre à la violence de l’adversaire fasciste par une contre-violence identique, car l’idéal démocratique a son exigence : vaincre uniquement par la conviction, obtenue de manière libre et pacifique.

Kaddour Naïmi,

kad-n@email.com

Plus d'articles de : Opinion

Commentaires (0) | Réagir ?