"Ce pays qui te ressemble" de Tobie Nathan

"Ce pays qui te ressemble" de Tobie Nathan

Il y a des livres dont on en ressort grandit car les connaissances, les coutumes, les symboles qu’il nous délivre sont tels qu’on ne peut que s’enrichir culturellement.

Le livre de Tobie Nathan "Ce pays qui te ressemble" fait partie d’un de ces ouvrages qui vous réconcilie indubitablement avec la lecture et la différence. L'auteur nous prend la main pour nous emmener dans cette Egypte des années 1920 jusqu'à l'arrivée des officiers libres dirigés par Abdenasser. L'écrivain est né (1948) au Caire sur la fin de cette épopée qu'il nous narre dans ce roman de plus de 500 pages.

L'écriture y est intelligente, tout en finesse. Mêmes si les personnages sont de milieux modestes, ils ont énormément d’intelligence et nous apprennent beaucoup. Comme le personnage de Zohar ce jeune homme né dans le ghetto juif du Caire. Sa mère Esther que l’on disait "habitée ou possédée" car elle ne semblait pas propriétaire de son corps, ni même de sa voix mais elle avait des dons et de nombreuses femmes faisaient appel à elle pour des conseils. Elle avait aussi de brusques changements d’humeur, des colères, des absences.

Et son père, Motty qui était aveugle. On racontait que sa tête "était une pyramide, sur ses parois étaient gravés les comptes des orfèvres du souk". Mais il y avait l'amour. Ses parents s’aimaient profondément et il a été profondément attendu. En effet, Zohar a été un bébé miracle car il est arrivé après plus de 7 ans de mariage. Sa mère Esther avait demandé de l’aide auprès d’une sorcière pour avoir ce bébé. Il est finalement né en 1925 dans une ruelle habitée par des juifs sous le soleil d’Egypte. Cet enfant des rues aurait pu mourir dès sa naissance. Sa mère qui n’avait plus de lait a dû avoir recours à une nourrice. Celle-ci qui venait de mettre au monde une jolie petite fille prénommée Masreya lui a fait partager son lait et lui a permis de vivre. Il n'y avait pas que ça dans le destin de ce petit bonhomme. Zohar que l’on peut traduire par le joyau des joyaux n’a pas marché avant deux ans, n’a pas prononcé une parole avant quatre ans. Il se sentait de trop entre ses parents qui eux s’aimaient passionnément.

Très vite cependant il est devenu autonome, il a su trouver une occupation professionnelle car il fabriquait des cigarettes (en récupérant les mégots dans les rues) et les vendait. Son commerce est vite devenu florissant surtout depuis qu’il avait étendu son offre ajoutant au tabac des produits moins licites comme l’alcool. Il a su s’entourer d’ami puissant comme Joe le fils du baron du coton et d’ami intelligent comme Nino, étudiant en médecine. Ces trois amis se sont associés dans ce commerce d’alcool et ont monté leur société qu’ils ont appelé « la compagnie de l’eau bleue » parce qu’ils avaient décidé de vendre leur produit dans des bouteilles marines. Zohar a fait preuve d’intelligence et a su trouver le bon moyen de s’enrichir malgré l’interdiction du roi Farouk de consommer de l’alcool. Cette entreprise va quand même prospérer sur fonds de guerre et avec un trafic de corruption gigantesque.

Zohar ce personnage si commun va devenir riche en faisant preuve de génie et il va également vivre un amour improbable avec sa sœur de lait.

Ce roman est une fresque égyptienne sur l'époque du roi Farouk où la poussée de l’islamisme est aussi montrée du doigt. On y évoque l’endoctrinement et la procédure de radicalisation. Le poids et le rôle des femmes dans ce roman sont également déterminants car elles ont un impact dans les affaires économiques et politiques du pays à cette époque. Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Kassia G.-A.

Tobie Nathan : "Ce pays qui te ressemble", éditions Stock, 540 pages, 22,50 euros.

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