Plongé dans la crise, le Venezuela entend quitter l'Organisation des Etats américains

Les manifestations réprimées dans le sang ont coûté 28 morts selon le dernier bilan.
Les manifestations réprimées dans le sang ont coûté 28 morts selon le dernier bilan.

Le Venezuela, confronté depuis début avril à une vague de protestations anti-gouvernementale qui a déjà fait une trentaine de morts, amorce jeudi sa sortie de l'Organisation des Etats américains (OEA) que le président Nicolas Maduro accuse d'"ingérence".

C'est la première fois dans l'histoire de cette organisation fondée en 1948, qu'un pays choisit de quitter ce bloc régional basé à Washington. Le Venezuela accuse plusieurs pays de la région, dont les Etats-Unis, d'"ingérence" dans le but de faire chuter le gouvernement.

Cuba avait été exclue de l'OEA en 1962, lorsque les tensions avec les Etats-Unis étaient au plus haut. La Havane refuse de réintégrer l'organisation bien qu'elle ait été réadmise en 2009.

L'OEA, dont le secrétaire général Luis Almagro a qualifié M. Maduro de "dictateur", s'est réunie mercredi pour convoquer un mini-sommet des ministres des Affaires étrangères de la région sur la crise, sans préciser de date.

La chef de la diplomatie vénézuélienne Delcy Rodriguez avait menacé de quitter l'organisation si une telle réunion avait lieu.

"Se retirer de l'OEA isolerait davantage le Venezuela et mettrait en doute son statut de démocratie. Il s'agit sans aucun doute d'une mesure désespérée qui montre que le gouvernement cherche à se retirer avant qu'on lui inflige" des sanctions, explique à l'AFP Diego Moya-Ocampos, analyste du cabinet britannique IHS.

Pour Julio Borges, président du Parlement - seule institution contrôlée par l'opposition depuis fin 2015 -, le retrait du Venezuela de l'OEA signe "l'échec" du gouvernement.

"J'ai fait un pas de géant pour en finir avec l'interventionnisme impérial", a écrit Nicolas Maduro sur Twitter après l'annonce du "Vexit".

L'OEA avait haussé le ton début avril en adoptant une résolution dénonçant la rupture de l'ordre constitutionnel au Venezuela, quelques jours après la décision de la Cour suprême de s'arroger les pouvoirs du Parlement.

Ce n'est pas la seule organisation internationale à faire pression sur Caracas: jeudi le Parlement européen a dénoncé la "répression brutale" au Venezuela et exigé une enquête.

"Le Venezuela est dans une situation chaotique", a déclaré de son côté le président américain Donald Trump. En réponse, Caracas a demandé à la Communauté des Etats d'Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) d'organiser une réunion le 2 mai en signe de "solidarité pour vaincre le plan interventionniste contre le Venezuela", selon M. Maduro.

En face, l'opposition cherche aussi à maintenir la rue mobilisée. Elle a organisé jeudi une séance du Parlement délocalisée dans un parc de Caracas.

Les antichavistes (du nom du défunt président Hugo Chavez, 1999-2013) ont ensuite rendu hommage au dernier manifestant mort à Caracas, un jeune de 20 ans touché par une cartouche de gaz, selon l'opposition. Le parquet, qui a confirmé ce décès, a ouvert une enquête.

Au total, on compte 28 morts, selon le dernier bilan du parquet - 29 selon le chef de l'Etat - qui dénombre aussi 437 blessés et 1.289 personnes arrêtées.

Ce bilan est le plus lourd depuis la vague de manifestations de 2014 qui avait fait officiellement 43 morts.

Le 1er mai, qui marquera le premier mois de mobilisation de l'opposition, les anti-Maduro ont prévu de convoquer une "grande manifestation" en signe de défi au pouvoir qui organise traditionnellement de grands rassemblements lors de la fête du Travail.

Dans ce pays pétrolier dont l'économie s'est effondrée avec la chute des cours du brut, la majorité des aliments et médicaments sont introuvables. Sept Vénézuéliens sur dix souhaitent le départ de M. Maduro, selon un sondage Venebarometro.

AFP

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