"L'Arabe du futur", de Riad Sattouf, l'épopée d'une enfance meurtrie

La couverture de l'un des trois ouvrages.
La couverture de l'un des trois ouvrages.

L’Arabe du futur (tomes 1, 2 et 3) de Riad Sattouf est publié chez les éditions Allary (France)

Cette bande dessinée autobiographique retrace la jeunesse de Riad Sattouf de 1978 à 1987. Né d’un père syrien et d’une mère française, il décrit la rencontre de ses parents en France, puis le départ de leur famille vers la Libye (à l’initiative de son père qui vient d’être nommé professeur).

"Mon père était pour le panarabisme. Il était obsédé par l’éducation des arabes. Il pensait que l’homme arabe devait s’éduquer pour sortir de l’obscurantisme religieux".

Avec l’œil d’un enfant et beaucoup d’humour, il relate l'idéologie du "socialisme arabe" en œuvre à cette époque. A leur arrivée en Libye, la famille reçoit "un petit livre vert" qui expose la vision de la société et de la démocratie instauré par Mouammar Kadhafi : les maisons appartiennent à toute le monde (la propriété privée étant aboli), la nourriture est distribuée au peuple chaque semaine dans une coopérative. Ces préceptes sont mis en scène avec ses souvenirs d’enfants sans porter de jugement, en décrivant l’exaltation de son père et la réserve de sa mère.

Après un retour en France, la famille s’installe en Syrie dans le village de naissance de son père (près de Homs). Les tomes 2 et 3 relate le quotidien en Syrie et les séjours passés en France. Le quotidien est parfois rude : l’intégration auprès de la famille de son père, le quotidien avec une double culture, la pauvreté vécu autour de lui. Son père, issu d’une famille modeste, passionné de politique, l’élève avec l’idée de la grandeur des dictateurs arabes. Son père veut un fils instruit qui deviendra un Arabe moderne et éduqué, un Arabe du futur. Cette idée est souvent confrontée au poids de la tradition et des valeurs familiales en œuvre dans le pays et dans sa propre famille.

Le graphisme avec l’utilisation du noir et blanc fait penser à celui de Marjane Satrapie dans "Persepolis" ou à Zeina Abirached dans "Le jeu des hirondelles". Il ajoute cependant une couleur dominante pour l’illustration selon le lieu où se déroule l’action : le bleu pour La France, le jaune pour la Libye, rose pour la Syrie et Le Liban, le vert pour Jersey, rouge pour la fiction et l’imaginaire.

A la fois historique, didactique et très personnel, cette bande dessinée offre une ouverture et des éléments de compréhension sur les évènements qui se déroulent aujourd’hui dans cette partie du monde. Le ton est souvent drôle mais terriblement parlant et intelligent.

Riad Sattouf est un auteur de bande dessinée et réalisateur français né le 5 mai 1978 à Paris. Il a reçu des prix pour les séries L'Arabe du futur et Pascal Brutal, et pour le film "Les Beaux Gosses".

Kira H.

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