Algérie : ni Maduro, ni Sissi local en 2019 !

Abdelmalek Sellal continue de cacher la vérité aux Algériens.
Abdelmalek Sellal continue de cacher la vérité aux Algériens.

Plusieurs observateurs l’ont relevé ; à quelques jours du scrutin législatif, aucun engouement n’est perceptible au sein de l’opinion ; et l’intrusion de la crise n’explique pas tout.

En principe, a tenu à le rappeler l’un d’eux, l’élection est ce moment privilégié des bilans, des offres publiques et de renouvellement de la représentation de la classe publique ; elle devrait à ce titre, susciter de l’intérêt et à forte raison, en situation de grandes difficultés, comme c’est le cas du pays.

Malheureusement, les querelles ont pris le dessus sur les questions de fond ; elles brouillent les quelques tentatives d’amorcer des débats sérieux à même de secouer cette campagne électorale sans teint.

Aujourd’hui, le niveau de nos réserves de change a, drastiquement, baissé : les indicateurs macro-économiques sont au rouge, mais cela n’a pas l’air de perturber les partis politiques et les candidats se disputant un siège à l’APN ; ils continuent à surfer sur des polémiques réchauffées de type peine de mort, gaz de schiste, marché de l’alcool, argent sale, la mafia du foncier ou encore l’oligarchie.

En matière de propositions économiques, beaucoup d’entre ces formations débitent des généralités sans décliner les voies et moyens d’y parvenir : comment par exemple améliorer le pouvoir d’achat des Algériens, réduire le chômage des jeunes ou plus encore, encourager l’investissement productif.

Comme pour remettre la table au centre, Abdelmalek Sellal a choisi ce moment précis pour rendre public son "nouveau modèle de croissance" qui faut-il le dire, n’a pas suscité débat, nonobstant les objectifs ambitieux qu’il s‘est assignés : un PIB à 10% d’ici à 2030, une croissance agricole à 6,5% et une hausse des services marchands de 7%.

Sellal n’est-il pas "exagérément" optimiste, se demandent certains ? Ne sous-estime-t-il pas la crise qui, elle, est bien réelle ? Dans ce cas-là, il ne serait pas le seul comme vient de le faire remarquer judicieusement un intellectuel (*) : dans une série de rêvasseries, où se mêlent le cynisme et la mauvaise foi, des chefs de partis, en lice pour les législatives, continuent à promettre aux jeunes une allocation chômage, un rehaussement des crédits pour les micros entreprises- dont une grande partie ne trouve plus de marché à évoluer-, la construction des routes, d’hôpitaux, des salles de jeux etc. C'est-à-dire, une reproduction in extenso des errements de l’ère de l’euphorie financière, mais assumées dans une conjoncture de dèche des recettes pétrolières.

En réaction, le premier ministre a, toutefois, tenté de mettre un bémol à toutes ces promesses électorales bidons, lors de sa visite dans la wilaya de Batna, où il a exprimé le vœu de voir les prochaines élections législatives et locales devenir "des espaces de dialogue sérieux sur les grandes questions de la Nation et les dossiers prioritaires, plutôt qu’un moment de surenchère, de manœuvre et de désinformation ; nous voulons un débat politique et non pas un débat politicien !".

En ce qui le concerne, il a tranché en optant pour la baisse du budget d’équipement et la réduction des dépenses de fonctionnement de 4,6 milliards de dinars par rapport à 2016, compte tenu des faibles revenus du pétrole. Bien évidemment, cela a fait réagir les experts qui ont estimé que l’augmentation du budget d’investissement en période de crise est nécessaire, dès lors qu’elle sert, en priorité, à dynamiser l’économie du pays et à créer de l’emploi en cette période de crise que le président de la République, lui-même, a qualifié d’ « aigüe » !

A la télévision nationale, le mercredi 28 décembre 2016, Abdelmalek Sellal a balayé ces remarques de la main affirmant que « tout est sous contrôle ! ». D’ici 2019, l’Algérie pourra, alors, rejoindre les rangs des économies émergentes, a-t-il, pompeusement, ajouté ! ».

Discours électoraliste, ont commenté les observateurs politiques qui ont relevé que lors de sa visite dans la wilaya de Batna, le premier ministre qui se dit mener campagne contre l’abstention, ne s’est pas gêné pour montrer la voie à suivre, en déclarant « le jour du scrutin nous avons tous rendez-vous avec l’Algérie pour lui renouveler notre amour et notre engagement à la servir, à travers la ligne nationaliste authentique ! ». Comprendre le FLN, ce qui exclut le RND et Ahmed Ouyahia dont le désaccord avec Djamel Ould Abbès et de notoriété publique.

S’agit-il d’un vrai conflit ou d’une guerre de positionnement en perspective de 2019, s’interroge-t-on ?

Le chef du FLN ne se pose pas de questions : "On est là pour 100 ans !". A croire un journal en ligne, des sondages d’opinion "informels" sur les intentions de vote des algériens, commandées par des « instances publiques », ainsi que par des « cercles partisans » ont été réalisés et convergeraient vers un succès du vieux parti qui est donné en tête aux législatives, avec des estimations variant entre 52 et 61% des voix. Le RND quant à lui, viendrait en appoint et se partagerait les sièges restants avec le FFS, le PT, le RCD et bien sûr les formations islamistes. Concernant ces dernières, 54 personnes sondées disent pourtant ne pas être capables de les identifier dans leur fusion actuelle et prétendent ne se rappeler que des anciens sigles du MSP, Ennahda et El Islah.

Faut-il donner crédit aux sondages ? Lors des élections américaines, on a vu ce qu’il est advenu des pronostics : Donald Trump a été élu à la surprise générale !

En France, les sondeurs ne se sont pas trompés, eux qui ont donné Macron et Le Pen vainqueurs du premier tour ; ces derniers seront en concurrence à travers un acharnement désespéré de ne pas changer de politique d’un côté et l’espoir de changements de l’autre. Sauf qu’aux Etats-Unis la désespérance était du genre masculin et en France c’est l’inverse !

Il faut le dire, les élections françaises ont passionné les algériens ne serait-ce que pour le désaveu essuyé par les partis classiques ! En suivant les tendances d’alternance au pouvoir, l’élection semblait, déjà, acquise par le Parti des Républicains ; il n’en fut rien, même s’il est possible, à croire les analystes, que le succès d’Emanuel Macron, résulte du hasard. L’échec de François Fillon et le manque d’un candidat crédible à gauche ont fait, également, que les électeurs « n’avaient pas de candidat pour qui ils auraient normalement voté ». Ainsi, le jeune candidat prometteur, libre de toute attache partisane, surgit presque de nulle part, est devenu le « suppléant » idéal !

La leçon est magistrale, elle est destinée à tous "ces califes d’ici qui veulent prendre la place du calife". Ils pensent en avoir les moyens. Tous les moyens ? Pas si sûr ! Emanuel Macron sera, sauf catastrophe, président à 39 ans. Toute la différence est là.

Les Algériens a-t-on dit, ont suivi les élections en France. Pour cela, il y a au moins trois raisons :

  1. 4 millions d’émigrés algériens sont établis en France et l’enjeu pour eux et leurs familles restées au pays, réside dans la circulation des personnes, l’attribution des visas et l’histoire commune entre les deux pays. Pour les autorités algériennes, ce sont les questions de politique étrangère et notamment la gestion de crise comme au Mali et en Lybie qui étaient suivies au fil des meetings tenus par les candidats et leurs déclarations aux médias
  2. En qualifiant la colonisation française de crime contre l’humanité ici même à Alger, le candidat Macron s’est attiré, tout naturellement, la sympathie des algériens. Ici, on est convaincu qu’il peut aider à reconstruire la relation algéro-française par son âge- il n’a pas baigné dans les années difficiles de la guerre-, et par son approche active- il sait qu’il faut ménager les mémoires et que cela passe par une reconnaissance des crimes
  3. La Grande Mosquée de Paris et sa Fédération Nationale « ont appelé les musulmans de France à voter, massivement au deuxième tour, pour le candidat Emanuel Macron qui, dans le respect des valeurs républicaines et de l’application stricts des principes de la laïcité, incarne la voix de l’espoir et de la confiance dans les forces spirituelles et citoyennes de la nation".

La religion s’est ainsi mêlée de politique en appelant à barrer la route à un candidat ! En Algérie aussi, à la différence que les instructions données aux imams portent sur la nécessité de sensibiliser l’électorat sur la justesse du vote et non pas de voter pour tel ou tel.

La campagne électorale n’est pas encore terminée pour les prétendants à la députation. Par quels moyens peut-on juguler, faute de les neutraliser complètement, la démagogie verbeuse et le populisme de bas étage ? Comment transformer la chaleur de la foule, l’énergie juvénile et l’engouement primesautier des Algériens, en une force de persuasion qui évite la pente glissante de l’autocongratulation, du tout va bien et des lendemains qui chantent ?

Difficile de répondre à ces questionnements qu’un intellectuel (*) vient de soumettre au débat, au moment même où le président de la Haute instance indépendante de surveillance des élections (HIISE) Abdelwahab Derbal, se confiant aux journalistes, à l’occasion de son passage au Forum d’El Moudjahid, leur a déclaré qu’"il rêvait du jour où l’Algérie organiserait des élections sans commission de surveillance".

La mondialisation aidant, les Algériens qui, majoritairement s’interdisent de rêver, suivent de très près la situation plus que tendue dans certains pays où la succession au pouvoir a été plus que pénible, pour rester dans le politiquement correct. De ce fait, ils seront plus qu’exigeants concernant l’offre électorale qui leur sera proposée au cas où le président en exercice ne briguerait pas un mandat supplémentaire.

Dans ce cas là, ils ne voudront en 2019 ni d’un "Maduro" local, encore moins d’un "Sissi" en herbe.

En attendant, ils iront voter le 4 mai prochain pour la plupart, tout en analysant, chacun selon sa propre grille de lecture, le fameux "la situation est sous contrôle !" de Abdelmalek Sellal.

Cherif Ali

(*) Amar Naït Messaoud

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