Rapatriement de dépouilles mortelles d’Algériens : le calcul étriqué des autorités

L'écrasante majorité des expatriés algériens sont priés par le gouvernement de prendre une assurance obsèques.
L'écrasante majorité des expatriés algériens sont priés par le gouvernement de prendre une assurance obsèques.

En pleine campagne électorale, une information a été rendue publique, en début de semaine, concernant la prise en charge des dépouilles mortelles des Algériens expatriés.

Que les émigrés ne sautent pas de joie ! Contrairement aux voisins tunisiens et marocains, ils continueront, pour l’écrasante majorité d'entre eux, à payer rubis sur l’ongle le rapatriement des dépouilles mortelles de leurs proches.

En effet, la loi stipulant la prise en charge des dépouilles mortelles des expatriés remonte au 31 décembre 2014. Le gouvernement l’a oubliée dans les tiroirs pour la ressortir après une profonde modification à l’occasion de cette campagne électorale poussive.

En vrai, la loi adoptée le 31 décembre 2014 dans la loi de finance 2015 (LF2015) n’a jamais été appliquée. Puis est venue la LF 2015. L'article 136 de la LF 2015, parue dans le Journal Officiel n°78 du 31 décembre 2014, stipule qu’"il est ouvert, dans les écritures du Trésor, un compte d’affectation spéciale N° 069- 302, intitulé Fonds de solidarité nationale". Lequel prend en charge notamment des frais de "transfert vers l’Algérie des dépouilles des ressortissants algériens décédés à l’étranger". Mais c’est une autre décision qui a été prise.

La loi de finances de 2016 a modifié l’article 136 de la LF 2015 pour spécifier que la prise en charge du rapatriement ne concerne que les personnes nécessiteuses parmi la communauté algérienne établie à l’étranger. Mieux encore : la loi de finances de 2017 (article 92) est venue apporter la précision avec le changement de l’intitulé du compte pour devenir Fonds de solidarité pour les ressortissants algériens nécessiteux décédés à l’étranger. Ce fonds est alimenté par une partie des recettes issues de la délivrance d’actes consulaires et de visa, ainsi que des dons et legs.

Les 18 postes consulaires que compte l’Algérie en France ont publié un communiqué pour préciser que "la prise en charge des frais de rapatriement ne concerne que les personnes nécessiteuses ou qui se trouvent dans une situation de précarité avérée". Pour les Algériens qui ne sont pas dans le besoin, ils sont priés de souscrire une Assurance obsèques auprès de la Société algérienne des assurances (SAA) ou de la société française d’assurance (SAP de Niort) pour un montant de 25 euros par an pour tout rappatriement de dépouille mortelle. "Tout ça pour ça, peste un quinquagénaire algérien à Paris. Quand la rente coulait à flot on n'a pas pensé à nous et maintenant on fait semblant de nous dire ce qu'on doit faire !". Mahmoud, un septuagénaire des Aurès, explique qu'il a dépensé presque 4000 euros pour rapatrier la dépouille mortelle de sa femme en 2014. "Je ne m'en remets pas, mais je ne pouvais pas l'enterrer ici même si nous sommes arrivés en 1970, il fallait qu'elle se repose là-bas", avoue-t-il.

Selon des chiffres du Consulat général d’Algérie à Paris, repris par El Moudjahid, entre 12 000 et 15 000 Algériens décèdent chaque année en France.

Sofiane Ayache

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