Les "élections législatives": Les mots [maux] de la campagne électorale

Les "élections législatives": Les mots [maux] de la campagne électorale

Les harangues électorales débitées depuis deux semaines dans tous les coins d'Algérie nous donnent déjà un avant-goût de la composition, de la qualité et de l'efficacité de la prochaine Assemblée nationale. Autrement dit, les boniments, les délires, les fantasmes et l'art de tirer des plans sur la comète se matérialiseront, à partir du 4 mai, par une forme d'ascension sociale inespérée pour près de 500 "représentants" du peuple. S'attendre à une ambition et une mission plus grandes, serait, sans doute, une ingénuité ou une illusion qui ne tente plus les Algériens.

Le citoyen lambda n'a pas raté l'occasion de verser dans un humour sarcastique face à la kyrielle de candidatures où se sont recrutés toutes sortes de profils, y compris beaucoup de célèbres anonymes, des émigrés, des retraités de la fonction publique et d'autres personnages qui ont voulu changer de métier. La presse écrite a eu également à prendre en charge une si grande masse de matière que, parfois, il lui est arrivé de perdre le sens des priorités.

Si la télévision publique demeure toujours un temple hermétique au bouillonnement social et politique de la société, les autres chaînes TV non encore encadrées par la loi, ou qui le sont partiellement par le moyen d'agréments provisoires, ne sont pas toujours au-dessus de tout soupçon en matière de professionnalisme. Mais, c'est là une étape sans doute nécessaire pour une maturation progressive, dans le sens d'une meilleure appréhension de la notion de service public.

Le monde "paraît" être à la portée des jeunes Algériens

Cependant, s'il y a un média qui n'arrive à être réglementé par aucune loi, qui échappe presque à tout le monde, c'est bien celui des réseaux sociaux. Cependant, au cours de ces deux dernières années, le gouvernement a déployé toute son énergie pour poursuivre certains animateurs de pages facebook qui "porteraient atteinte" à l'ordre public ou à la sécurité. facebook, qui est le plus usité en Algérie, est devenu le média informel de la jeunesse; il peut donner l'information, comme il peut l'altérer. Il sélectionne, exagère, place les choses dans un contexte qui n'est pas le leur; il verse dans l'humour, il détend l'atmosphère, comme il peut la tendre par des faux "scoops" et du mauvais sensationnel. L'Algérie a accédé à la quatrième génération du mobile. Des millions de jeunes sont connectés sur la toile; le monde paraît être à la portée. C'est là un créneau qui, avec un minimum de professionnalisme et de sens moral, pourrait faire jouer à la jeunesse algérienne un rôle majeur dans la construction d'une société démocratique et d'une culture de la tolérance.

Encore une fois, et comme sur d'autres sujets aussi sensibles, l'école, bien plus que les parents, est vivement interpellée pour conférer un sens et un contenu citoyens à la communication électronique sous toutes ses déclinaisons. De toute façon, ce mode de communication deviendra hégémonique dans quelques années, au point où des journaux, comme cela a commencé à devenir une réalité dans plusieurs pays industrialisés, seront appelés à disparaître dans leur version papier au profit du seul support numérique. Une autre culture prévaudra alors, et un autre combat pour le financement et l'acquisition de la publicité sera engagé.

L'enfer est pavé de bonnes intentions

Au cours de ces deux dernières années, les Algériens - malmenés par la crise économique issue de la chute des prix du pétrole - ont eu à entendre plusieurs sons de cloche de personnalités qui, chacune à sa façon, veut transformer l'image de l'Algérie. On a entendu moult projections, une kyrielle de bonnes intentions- comme celles qui pavent la route de l'enfer- et une somme de mielleuses promesses, que l'on voudrait faire passer pour des données irréfutables d'une solide construction politique. Cette dernière voit pourtant se dresser devant elle un cadre institutionnel archaïque, une sorte de camisole qui ne permet presque aucune marge de manœuvre. Autrement dit, le travail et la mission du parlementaire n'ont pas encore leur place dans le jeu institutionnel, malgré les apparences d'un formalisme consacré pourtant par la Constitution.

Dans une série de rêvasseries, où se mêlent le cynisme et la mauvaise foi, l'on continue à promettre aux jeunes une allocation chômage, un rehaussement des crédits pour les micro-entreprises- dont une grande partie ne trouve plus de marché où évoluer-, la construction de routes, d'hôpitaux, de salles de jeux,…etc. C'est-à-dire, une reproduction in extenso des errements de l'ère de l'euphorie financière, mais assumés dans une conjoncture de dèche des recettes pétrolières.

Pourtant, la question majeure, sans doute la clef de toutes les autres, qui attend sa réponse tout au long de ces interrogations, est bien celle afférente à la meilleure manière de soustraire notre pays à la dangereuse dépendance vis-à-vis des recettes en hydrocarbures. Ces recettes, qui avaient conféré aux gouvernants le moyen de lancer des investissements publics tous azimuts (routes, chemins de fer, barrages hydrauliques,…), avec les malfaçons techniques et les inévitables pratiques de corruption qui les ont accompagnés, sont aujourd'hui réduite de près de 70 %. Aucune alternative n'a été préparée pour parer à une telle situation.

L'Assemblée sortante avait applaudi toutes les décisions du gouvernement, y compris celles qui avaient préfiguré et dessiné cette impasse.

La force de la persuasion

Par quels moyens les arguments et les envolées grandiloquentes des animateurs de la campagne électorale pourront-ils acquérir sens et intelligibilité auprès d'une jeunesse écrasée par le sort, réduite à une loque humaine rêvant de l'autre rive ? La masse du public venant écouter les discoureurs est plutôt faite de badauds en mal de loisirs et d'espaces récréatifs.

Par quels moyens peut-on juguler, faute de les neutraliser complètement, la démagogie verbeuse et le populisme de bas étage ? Comment transformer la chaleur de la foule, l'énergie juvénile et l'engouement primesautier des Algériens, en une force de persuasion qui évite la pente glissante de l'autocongratulation, du "tout va bien" et des lendemains qui chantent…sans coup férir ? La question vaut pour tous les acteurs politiques, particulièrement ceux qui se prévalent de la mouvance moderniste et démocratique.

On nous rebat les oreilles avec une menace extérieure qui, pourtant, existe. Néanmoins, la crédibilité du discours portant sur la souveraineté du pays et l'unité nationale, dans un environnement régional pour le moins trouble, devrait reposer d'abord sur un contrat social interne, qui consacre la citoyenneté dans sa plénitude, à commencer par la "sacralisation" du principe de la représentation politique. Et l'Assemblée nationale en est le segment le plus important et le plus expressif.

Amar Naït Messaoud

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Commentaires (1) | Réagir ?

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moh arwal

un roman pour ien dire au final