L’imbroglio yéménite !

Le Yémen déchiré par la guerre
Le Yémen déchiré par la guerre

Inéluctablement, la guerre du Yémen est une source de préoccupation régionale majeure non seulement pour l'Arabie Saoudite mais aussi pour les autres pétromonarchies du Golfe qui la soutiennent comme les Émirats arabes unis par exemple et, enfin, les occidentaux.

Preuve en est que l'armée saoudienne a largué des milliards de dollars de bombes sur ce pays-là, considéré du reste parmi les plus pauvres au monde arabe, sans que cela fasse vraiment reculer les rebelles Houthis. Ces derniers bénéficient, pour rappel, du soutien de l'ex-président Ali Abdullah Saleh, renversé en 2011 dans le sillage des révolutions du Printemps arabe, auquel des éléments influents dans l'armée sont restés fidèles et aussi de l'Iran, cette puissance chiite entrée en concurrence avec les Turcs et les Saoudiens pour le leadership stratégique de l'espace musulman après le retrait significatif de l’Égypte de la scène.

En effet, si Aden a été libéré rapidement en juillet 2015 de l'emprise des Houthis et le port de Mokha sur la mer rouge a été aussi repris le 07 janvier dernier, il se trouve que les troupes saoudiennes au sol avancent difficilement vers le nord en raison des divers obstacles mis sur leur route.

En outre, l'opération "Restaurer l'espoir" ayant succédé en avril 2015 à celle de «Tempête décisive» aurait éloigné la perspective du règlement politique de la crise. Cela est d'autant plus inquiétant que les négociations menées sous l'égide de l'ONU en août 2016 se sont soldées par un cuisant échec. La situation s'est empiré davantage récemment au point que le 22 mars dernier, six ONG se sont alarmées à l'ONU de l'enlisement militaire qui a plongé le Yémen dans une grave crise humanitaire, jamais vécue ces dernières années. Drame, désastre ou catastrophe, les termes se multiplient pour converger vers le même constat : le chaos! Ce qui fera, sans doute, le lit des djihadistes de la nébuleuse Daech et d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (A.Q.P.A).

De même ce pourrissement peut-il avoir des conséquences fâcheuses sur la mer rouge, une zone stratégique pour le commerce international (20% des exportations mondiales y transitent) et la rive africaine. Ainsi l'Iran et le Soudan ont-ils rompu, dès janvier 2016 déjà, leurs relations diplomatiques après que ce dernier ait prêté main-forte à l'Arabie saoudite, en envoyant au Yémen ses fameuses milices militaires "Djandjawides", en échange d'une importante aide de 5 milliards de dollars !

Les Émirats arabes ont lancé, de leur côté, leurs bombardiers à l'assaut des Houthis depuis la base navale d'Assab en Érythrée, ce qui n'est pas du goût de cette dernière. Les tensions politico-militaires dans la région sont complexes et la crainte de voir le conflit entraîner la mer rouge et la corne d'Afrique dans l'instabilité chronique s'en fait chaque jour ressentir. D'ailleurs, les bases militaires de l'Arabie saoudite à Djibouti ou à Berbera (en Somalie) sont à portée de tir des forces Houthis (4 missiles balistiques tirées par celles-ci ont été interceptées fin mars).

Enfin, un autre problème surgit : le siège des pétromonarchies sur le Yémen depuis la côte africaine de la mer rouge dans le but de bloquer l'acheminement des armes à destination des Houthis ainsi que leurs alliés via Oman et le port de Hodeibah aurait, ironie du sort, coupé aussi l'approvisionnement en vivres.

Kamal Guerroua

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