"Paris, capitale du tiers monde", de Michael Goebel

La couverture de l'ouvrage.
La couverture de l'ouvrage.

Historien, Michael Goebel enseigne l'histoire globale et de l'Amérique latine à la Freie Universität de Berlin. Il a publié chez La Découverte "Paris, capitale du tiers monde, comment est née la révolution anticoloniale (1919 -1939)".

C’est un livre qui plonge le lecteur dans ce Paris du début du XXe siècle, capitale où se retrouvent les "colonisés" pour travailler et surtout se forger aux luttes politiques. Paris, capitale de la France coloniale, mais paradoxalement aussi, capitale de dizaines de figures de la lutte pour l’indépendance et la décolonisation dans les continents africains, asiatiques et d’Amérique latine. Historien, Michael Goebel fouille ce Paris du militantisme où se croisent Hô Chi Minh, Vallejo César (célèbre écrivain péruvien), Messali Hadj, Imache Amar, Hadj Ali Abdelkader, Deng Xiaoping, Aimé Césaire, Mella Julio Antonio (fondateur du parti communiste cubain), Habib Bourguiba,…

Cet ouvrage nous rappelle que non seulement les nationalistes algériens ont forgé leurs premières armes indépendantistes dans la ville Lumière, mais aussi que leur "aventure" n'était pas solitaire puisque les créateurs de l'Etoile nord-africaine étaient très liés aux communistes et au monde syndical français. "Ceci étant, si la capitale française devint un tel centre d'informations pour les critiques de l'exploitation impérialiste sous toutes ses formes, c'est avant tout parce qu'elle mit davantage en relief leurs liens systémiques. La migration et les divers types d'échanges auxquels elle donna lieu rendirent plus visibles les points d'ancrage de l'ordre impérialiste, ce qui permit d'aiguiser les critiques et fournit le levier discursif nécessaire à la formulation d'attaques plus fondées. Paris fut donc bien plus qu'un terrain d'entraînement pour des individus qui seraient de toute façon devenus des anti-impérialistes", écritl'auteur.

Par ailleurs, selon Michael Goebel, certains mouvements anti-impérialistes ont opéré des rapprochements douteux avec la droite européenne, comme l'Action française, voire même le mouvement fasciste. "Le panarabisme et le panislamisme étaient étroitement liés à la droite européenne que leurs équivalents d'Afrique subsaharienne et d'Asie de l'Est, en partie parce que Mussolini et Hitler vendaient leurs régimes comme des solutions alternatives à l'impérialisme britannique et français en Afrique du nord et au Proche-Orient".

Les mouvements qui ont pris position contre la guerre du Rif dans les années 1920 ont préfiguré ceux qui soutiendront les luttes indépendantistes indochinois et algériens. En parallèle, ces moments ont été une occasion pour des échanges intercommunautaires. En l'espèce "les intellectuels et le Parti communiste français furent sans doute les principaux facilitateurs de ces échanges", analyse Michael Goebel. Puis de nuancer : " Cela ne veut pas dire que le PCF inventa l'anti-impéralisme de Paris."

"Paris, capitale du tiers monde, comment est née la révolution anticoloniale (1919-1939)" offre une somme d'informations inestimables sur cette noria de mouvements indépendantistes africains et asiatiques. L'ouvrage est bâti sur des rapports de police et autres sources de première main. Il éclaire aussi sur le rôle premier des ouvriers expatriés dans la libération des peuples. Pas seulement, il donne des clés sur ce formidable mouvement qu'est le tiers-mondisme.

Kassia G.-A.

"Paris, capitale du tiers monde, comment est née la révolution anticoloniale (1919-1939)" de Michael Goebel, aux éditions la Découverte.

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