Bruits de campagne !

Les tableaux d'affichage sont le meilleur indice sur la désaffection pour cette législative.
Les tableaux d'affichage sont le meilleur indice sur la désaffection pour cette législative.

La cacophonie s'est installée d'avance dans cette campagne électorale qui aurait commencé à pas feutrés.

Voyant le fantôme du boycott rôder partout, beaucoup de partis, déjà dans le tourbillon de crises internes, tentent de rassurer une opinion publique, devenue très sceptique à l'égard de la nomenklatura et des élites en général, pour rattraper le temps du retard. Mais convaincre plus de 20 millions d'électeurs dont l'écrasante majorité est composée de jeunes d'aller voter le 4 mai prochain n'est pas du tout une sinécure. Car tout est à la traîne dans le pays : les réformes promises par le président Bouteflika, l'économie, l'éducation, la culture, etc.

En outre, la précédente législature n'y a pas remédié, sinon poussé la situation au pourrissement. Bref, le constat de l'échec politique du "système" est plus qu'affligeant aux yeux des citoyens. Quand le patron du FLN, Djamel Ould Abbès, a déclaré, par exemple au mois de février dernier, qu'il n'y aura pas de "couloir vert" pour les ministres, candidats de son parti aux législatives, jouant la carte de la transparence, beaucoup l'ont cru sur parole. Or, un mois plus tard, son parti a pris un sérieux coup à cause des scandales ayant émaillé la confection des listes électorales dans plusieurs de ses mouhafadate : la déception de tous ! Pourquoi cet énorme fossé entre le discours politique et sa pratique en Algérie ? Pourquoi cette fuite en avant et ce manque de «concret» dans l'acte politique ? Devenue affaire de gros sous pour des centaines de militants, la politique n'accroche pas du tout le citoyen lambda de Bab El Oued, d'Adrar, Annaba ou Aïn Témouchent ! Aussi, la dynamique partisane bat-elle de l'aile du côté de l'opposition. Scindée, divisée, parasitée, celle-ci tourne plutôt dans l'orbite de ce système-là au lieu d'en constituer une alternative.

L'histoire des "quotas" électoraux qu'on sort à chaque échéance des tiroirs est une des manifestations les plus laides de cette fragilité. Elle contribue à décrédibiliser davantage ce qui reste de cette "opposition". Mais qu'y a-t-il au juste ? Le pouvoir achète-t-il, vraiment, ces partis-là ? Si la réponse est par la négative, comment parvient-il alors à "normaliser" avec facilité leurs discours ? Et puis, si ce n'était qu'un ragot de trottoir comme d'aucuns le prétendent, pourquoi de telles rumeurs sont-elles toujours de rigueur ? La communauté des citoyens commence à s'inquiéter et à se poser des questions car la rente, le point d'attraction du système, n'est plus une assurance au jour d'aujourd'hui.

Les jours sont difficiles et les solutions introuvables, hélas ! Du coup, se mobiliser le jour "J" pour mettre son bulletin de vote dans l'urne et élire des députés n'excite pas trop les masses ni ne leur garantit une sortie du tunnel de la crise ! Qu'apporte un Parlement qui n'a servi, des années durant, que de caisse de résonance ou de salle d'enregistrement pour occuper le temps mort des Algériens ? Et si l'on n'y va pas, est-ce aussi une solution ? Dans les deux cas de figure, le choix paraît être cornélien et le risque d'abstention n'est pas des moindres. Mais si le taux de participation ne dépassera-t-il pas les 30 ou 40% ? Et si les Algériens diront-ils "non" de façon active au choix de leur intelligentsia ? Tout le problème est là.

Kamal Guerroua

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