Le coup de bluff de l’Arabie saoudite (II)

En limitant sa production, l'Opep se retrouve piégée par les pétroliers américains.
En limitant sa production, l'Opep se retrouve piégée par les pétroliers américains.

Le prix du baril de Brent, qualité qui se rapproche du Sahara Blend algérien se maintient difficilement au dessus des 50 dollars.

2- L’avenir de l’OPEP se limitera à un rôle purement défensif

L’augmentation de la production américaine de pétrole, une baisse saisonnière de la demande et l’entretien des raffineries n’ont pas permis de remédier à la baisse des prix causée par le surplus mondial depuis 2014. Une hausse trop rapide des cours ferait cependant courir à l’OPEP le risque de stimuler la production américaine du pétrole de schiste.

Le comité ministériel, réuni au Koweït dimanche 26 mars, a demandé au secrétariat de l’OPEP de passer en revue le marché du pétrole et de faire des recommandations en avril sur l’extension de l’accord. Il est possible que les marchés soient déçus et aient attendu de la part du comité qu’il effectue une recommandation immédiate d’extension. Ce n’est selon toute vraisemblance pas le cas car cet accord se limite uniquement à faire barrage à un prix plancher de 50 dollars le baril. Pourquoi ? Parce que l’effort de réduction fait par chacun des membres n’a pas suffit d’éponger le surplus de près de un million de baril sur le marché.

Les marchés réalisent que si l'OPEP produit moins, les Etats-Unis augmentent leur production, ce qui fait que les prix vont baisser.

Automatiquement, les membres vont se réunir pour examiner d’autres possibilités, les prix reprendront légèrement et ainsi de suite. De cette manière, les prix du baril resteront plombés dans une fourchette entre 50 et 55 dollars et le panier de l’OPEP dépassera difficilement le seuil des 50 dollars.

3- Vers un nouveau modèle de détermination des prix du baril

Cette oscillation des prix dans une fourchette ne dépassant pas les 60 dollars et ne descend pas moins des 50 dollars semble agréer tous les acteurs à l’exception de ceux dont l’économie reste fortement dépendante des hydrocarbures comme l’Algérie. Cette règle dure dans le temps et impose un nouveau modèle qui distribue un rôle à chacun des acteurs. Les producteurs de gaz de schiste réguleront la partie haute, c'est-à-dire le plafond des prix et les producteurs dont l’OPEP joueront le goal qui ne laissera pas passer le ballon au-dessous des 50 dollars. A moins que survienne un événement géopolitique qui chamboulera ce modèle, ce qui est peu probable. Le cas de l’attaque américaine en Syrie est édifiant car les prix du Brent ont fait un saut de 4 dollars en une séance. Mais il ne faut pas s’en réjouir car il s’agit d’un simple avertissement. La problématique est que les premiers, les attaquants font des efforts de recherche immense pour adapter leur tactique : Aujourd’hui, on constate que les compagnies qui produisent le pétrole et le gaz de schiste ont développé des techniques qui leur permettent de produire d’une manière rentable pour un prix de 50 dollars. La défense quant à elle ne fait qu’accentuer sa dépendance des hydrocarbures et, partant mettre leur développement en péril.

4- L’OPEP passe la main aux Américains

Tout le monde et ces experts qui défilent dans les médias lourds en sont convaincus que les facteurs géopolitiques ont beaucoup plus d’influence que ceux économiques. La réalité des chiffres est édifiante : L’OPEP, qui produit environ un tiers du brut mondial, a pompé quelque 32,3 millions de barils par jour (mbj) au premier trimestre 2016, tandis que la production saoudienne a atteint à elle seule 10,13 mbj de janvier à avril (+3,5 % sur un an). Dans un cycle normal, lorsque le prix du baril augmente, les investissements en amont augmentent et traînent avec eux l’offre qui équilibrera le marché. La situation d’aujourd’hui est inquiétante parce qu’elle décourage les capitaux par sa chronicité. Selon l’Agence internationale de l’Énergie, les investissements dans l’exploration-production devraient chuter pour la deuxième année consécutive en 2016 : après un recul de 24 % l’an passé, ils devraient à nouveau diminuer de 17 % cette année, ce qui laisse plusieurs analystes penser que le marché pourrait même être confronté à un déficit d’offre dès les années à venir. C’est justement sur cette thèse que les membres de l’OPEP s’appuient pour soutenir que ce soit au sein de l’OPEP ou non, et les consommateurs sont convaincus qu’un prix juste est nécessaire pour tout le monde afin d’obtenir un retour sur investissement raisonnable et investir dans l’industrie. Ce qui est logique mais des considérations géopolitiques en veulent autrement. Les Etats-Unis ont prévalu sa stratégie politique en supportant ses effets secondaire pour la simple raison que sa situation n’est guère rassurante. En partant de ces considérations, le rôle du swing producer n’est plus assuré par l’Arabie Saoudite mais les Etats-Unis en fonction de sa stratégie géopolitique.

Rabah Reghis, Consultant et Economiste Pétrolier

Lire la première partie : Le coup de bluff de l’Arabie saoudite (I)

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