100 jours de grève de la faim de Dr. Kameleddine Fekhar

Dr. Kameleddine Fekhar
Dr. Kameleddine Fekhar

Depuis le président dictateur Houari Boumediene, le régime algérien a toujours utilisé la carte palestinienne pour se donner un semblant de légitimité qu’il n’a pas auprès de son peuple en jouant sur le conflit religieux entre cousins arabes et juifs. Lequel conflit ne devrait concerner les berbères ni de prêt, ni de loin, étant donné la grande distance à la fois géographique, ethnique et culturel qui sépare les deux mondes.

Malheureusement les sujets algériens sont entrainés dans ce sale jeu en se comportant en plus palestiniens que les Palestiniens. Ce qui fait qu’en plein printemps noir kabyle 2001 qui a laissé 128 jeunes assassinés, aucun Algérien n’a bougé le petit doigt alors que des manifestations de rue sont aussitôt enclenchées au moindre palestinien tué par l’armée israélienne.

Le constat est le même pour les Mozabites qui souffrent le martyre depuis les évènements de 20 mars 2008 à Berriane, une commune située à 44 km au nord de Ghardaïa, capitale de la Vallée du Mzab (600 km au sud d'Alger). Lesquels évènements n’ont pas connu de répit jusqu’à la date du 07 juillet 2015 ou 22 personnes, en majorité berbères, ont été tuées suite aux affrontements meurtriers entre arabes chaambis et amazighs Mozabites.

Ces derniers ont de tout temps trouvé un soutien indéfectible auprès de leurs frères kabyles que ce soit en Kabylie ou dans la diaspora où réside une forte communauté kabyle (France, Canada, USA) pour dénoncer périodiquement, à travers les rassemblements de solidarité, l’injustice qui s’est abattue sur eux. A contrario les sujets algériens étaient toujours aux abonnés absents attendant quand l’armée israélienne bombarderait les palestiniens pour sortir en masse dans les rues.

Deux jours après les affrontements en question, soit durant la nuit du jeudi 09 juillet 2015 Dr Kamal Eddine Fekhar, militant des droits de l’homme et président du Mouvement pour l’Autonomie du Mzab et plusieurs autres codétenus ont été arrêtés à l’intérieur même d’une mosquée mozabite.

Ce qui permis de douter que les émeutes du 07 juillet 2015, laissant 22 morts, ont été provoqués pour justifier l’incarcération du militant des droits de l’homme qu’est Dr. Kameleddine Fekhar. Ce dernier commençait en effet à devenir gênant de par ses nombreux appels à l’ONU pour intervenir sachant qu’on ne lui connaît pas une seule déclaration appelant à l’émeute ou au meurtre. Ses communiqués sont des cris d’alarme d’une voix révoltée, meurtrie par tout ce qu’il observe comme injustice envers son peuple mozabite. En clair un témoin gênant pour tous ceux qui mettent le feu à la vallée du M’zab, et en premier lieu l’état algérien de connivence avec les arabes chaambis.

Dr Kameleddine Fekhar ne supportant pas ses 17 mois de détention sans être jugé a décidé de mener une grève de la faim depuis le 03 Janvier 2017, soit exactement 100 jours au jour d’aujourd’hui 12 avril 2017.

Il est important de signaler que selon Wikipédia la plus longue grève de la faim a duré 94 jours. C’était en 1920 à la prison de Cork en Irlande par des membres de l'armée républicaine irlandaise. Cette donne doit donc être revue avec le nouveau record de 100 jours de grève de la faim de Dr Kameleddine Fekhar pour protester contre :

  • L’injustice subie de la part du personnel judiciaire et l’arrestation arbitraire sur la base d’une lettre illégale émise par le procureur général près la cour de Ghardaïa.

  • Le refus, par la justice, de répondre à ses plaintes déposées suite à la torture qu’il a subi au moment de son arrestation au commissariat de police et aux plaintes à l’encontre du directeur de la sureté de Ghardaïa et contre le procureur général près la cour de Ghardaïa.

  • Le refus, par la justice, de convoquer certains hommes du régime algérien tels que MM. Ahmed Ouyahia, Ammar Saidani et Mohamed Lamine Medienne, dit Toufik, qui pourtant possèdent des informations précises très pertinentes sur les crimes commis à Ghardaïa;

  • Le rejet, par la justice, de sa demande expertise et la convocation de témoins parmi les fonctionnaires des services de sécurité et de l’administration qui possèdent des informations certaines sur lesdits crimes;

  • La détention de ses amis, qui ne peuvent être considérés du point de vue légal, que comme de simples témoins.

  • Les mauvais traitements qu’ils subissent, lui et ses codétenus de la part des agents pénitenciers.

  • La souffrance des détenus d’opinion et des prisonniers innocents dans les geôles en partie due au silence complice de l’écrasante majorité des intellectuels, médias, partis politiques, associations civiles et l’ensemble du peuple algérien, ainsi que les notables qui prétendent représenter les Mzabs et l’ensemble de la communauté Mzab, surtout que l’on trouve des preuves irréfutables de l’implication des responsables du pouvoir dans la crise du Mzab, par des photos, des vidéos et des déclarations scandaleuses de ceux en charge de ce système comme Saïdani, Ouyahia et le Préfet de Ghardaïa Azzeddine Mecheri.

Le record de la plus longue grève de la faim que vient de battre Dr Kameleddine Fekhar m’a donné à réfléchir pour en savoir plus sur ce moyen de protestation non violent. J’ai trouvé que le recours vers cette arme politique a été médiatisé pour la première fois en occident depuis les grèves de la faim du mouvement suffragiste britannique.

Il s’agit du Women's Social and Political Union, une organisation créée en 1903 pour revendiquer le droit de vote pour les femmes au Royaume-Uni. Ses modes d’action sont fondés sur la provocation mais surtout sur les grèves de la faim dans les prisons de certaines militantes membres de ce mouvement. La police tenta de les obliger à manger et le gouvernement répondit - sans succès - avec la loi dite «Chat et Souris» (Cat and Mouse Act). Celle-ci consiste à relâcher une gréviste de la faim une fois trop faible, puis réincarcérée une fois sa vie hors de danger.

Il reste que le gréviste de la faim le plus célèbre est Gandhi, qui a fait au moins 14 grèves de la faim avec une durée maximale de 21 jours. La grève de la faim la plus dramatique connue est celle des 10 prisonniers politiques irlandais de la prison de Maze (1980), tous décédés après 45 à 61 jours de grève.

Il demeure que l’Israël passe pour le pays ou les grèves de la faim sont les plus nombreuses. Par exemple Khader Adnan Mohammad Musa, un membre de haut rang de l'organisation JIP (Jihad Islamique Palestinien), a été détenu 10 fois en détention administrative, une procédure qui permet à Israël de détenir des personnes pour des périodes de 6 mois, chacune renouvelable, sans le dépôt de charges ou un procès.

Khader a été arrêté la première fois le 17 décembre 2011. Le lendemain, pour protester contre les conditions de son arrestation, la politique israélienne de détention administrative et le traitement des palestiniens sous occupation israélienne, Adnan a fait une grève de la faim. Le 21 février 2012, un accord a été annoncé entre Adnan et les autorités israéliennes par lesquelles ils ont confirmé qu'il sortirait le 17 avril 2012 et qu'il mettrait immédiatement fin à sa grève de la faim qui a duré 66 jours, la plus longue de l'histoire palestinienne. Il a été repris sous la même procédure le 8 juillet 2014, pour être libéré à nouveau une année plus tard puisque les autorités israéliennes n'avaient pas porté d'accusations formelles contre lui mis à part la classique raison «les activités qui menacent la sécurité régionale».

J’ai relativement tardé sur ce cas israélo-palestinien pour donner à réfléchir aux uns et aux autres sur la nature de l’état algérien. A savoir que celui-ci s’est comporté depuis presque deux ans de la même façon envers les mozabites, sachant qu’il a de tout temps joué sur le malheureux sort des palestiniens en dénonçant l’injustice de l’état israélien. A la différence près qu’Israël a, au moins, le mérite de céder sur la pression causée par les grèves de la faim en libérant ses initiateurs à chaque fois qu’un certain seuil est dépassé. Chose que ne connait pas le régime algérien, ce Aḥkim ur nesɛa aḥkim, c’est-à-dire un pouvoir sans scrupule, n’ayant peur de rien.

En conclusion il est à rappeler qu’au niveau de la diaspora (Europe et Amérique) nous avons tenté toutes les voies possibles pour alerter les organisations internationales, gouvernements et organisations non gouvernementales en dénonçant ce régime. Malheureusement il se trouve, et las, que les intérêts économiques priment sur l’aspect humanitaire et droits humains. Il reste que ce n’est pas une raison pour lâcher. D’autres voies sont à définir pour sauver et exiger la libération de Dr. Kameleddine Fekhar, de ses codétenues mozabites, mais aussi toutes les autres victimes de l’arbitraire dont les Kabyles Slimane Bouhafs, Imad Belaid et Merzoug Touati.

Racid At Ali uQasi

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