Saïd Sadi et ce génocide intellectuel que personne n’ose dénoncer !

Saïd Sadi
Saïd Sadi

Lors d’une conférence-débat animée à Tizi-Ouzou, et rapportée vendredi 7 avril par TSA, notre docteur national se fend en envolées syntaxiques pas toujours cohérentes, lui qui nous a habitués à savourer chacune de ses interventions.

Ainsi donc, selon lui "la langue arabe ne donne pas accès aux sources de la rationalité mais sert plutôt à l’aliénation". Ce n’est pas sérieux docteur ! La langue arabe bien enseignée et utilisée à bon escient n’est pas moins stimulante intellectuellement que d’autres langues, y compris les langues dites vivantes. Et que faites-vous donc du génie de Naguib Mahfouz, de celui de Taha Hussein, de Mahmoud Darwich, de Nizzar Kebbani et tant d’autres ? L’un d’eux s’est même permis d’affirmer : "Je peux écrire un livre plus beau que le coran !" avant de se rétracter suite aux menaces classiques que l’on connaît.

Non docteur, la langue arabe n’est pas une langue aliénante ! Ce qui est aliénant dans l’affaire c’est cet attracteur unique autour duquel on la fait graviter de force depuis l’an 622 ! Car il faut bien oser l’avouer, l’école et la société algériennes n’ont pas été arabisées mais plutôt islamisées à tous les niveaux, par l’épée bien évidemment. Une épée qui s’est transmise de génération de despotes en génération de tyrans jusqu’à la famille FLiN-tox ! Et ça vous n’osez pas le dire !

À cet égard, si l’on se conforme à la nouvelle définition de "crime contre l’humanité", énoncée par Emmanuel Macron, pas plus tard qu’avant-hier soir sur France 2, pour justifier ses positions lors de l’entretien d’Alger, cette notion s’applique "chaque fois qu’un peuple est assujetti par la force", comme ce fût le cas de le France vis-à-vis des peuples berbères d’Algérie. Or, quelle est donc la différence entre assujettir un peuple par la force ou l’asservir par l’esprit ? En ce qui me concerne, je n’en vois aucune ! Sauf que, après tout, il y a toujours possibilité d’une rébellion physique, comme l’ont fait nos aînés en novembre 1954, après 132 ans de "séjour" gaulois, alors qu’aucune possibilité de révolte ne peut s’offrir à un peuple précipité dans les ténèbres religieuses ! S’affranchir d’une religion quand elle est pratiquée cinq fois par jour, 7 jours sur 7 est mission impossible, d’autant qu’elle se transmet d’une lignée à l’autre sans s’essouffler et qu’au contraire elle s’amplifie, à travers des canaux de transmissions de plus en plus nombreux et de plus en plus agressifs, au grand bonheur de ces guides insensés qui gèrent les affaires de la cité !

Je ne comprendrai jamais cette frilosité que nos politiques les plus éclairés affichent vis-à-vis de ce génocide mystique qui se perpétue sous nos yeux depuis plus de 50 ans ! Mais à quoi s’attendre d’autre quand d’aucuns affirment non sans une pincée de fierté : "Je ne permettrai à personne de se dire plus musulman que moi", et que d’autres en appellent à la criminalisation du blasphème (*) ? Ne soyons guère étonnés d’apprendre que notre docteur national envisage un petit tour à la Mecque pour se décharger de quelques pêchés et ainsi mériter une place à la droite d’Allah en compagnie de Ali Belhadj et Abdelaziz Bouteflika ! Allah yeqbal docteur !..... Athawaghith !

Tous les pays musulmans étranglent leurs peuples, à suffocation, d’overdoses de religion. On pourrait en rajouter tant, mais contentons-nous de reproduire ce qu’en pensait Ernest Renan : "Les musulmans sont les premières victimes de l’Islam. Combien de fois n’ai-je pas observé au cours de mes voyages en Orient, que le fanatisme est le fait d’une minorité d’hommes dangereux qui, par la terreur, maintiennent les autres dans la pratique d’une religion. Affranchir le musulman de sa religion est le plus grand service qu’on puisse lui rendre" (texte choisi par Ibn-Warraq, en préambule à son livre "Pourquoi je ne suis pas musulman", téléchargeable gratuitement sur le net). Kateb Yacine ne demandait pas plus d’un quart-d'heure à la télé pour décontaminer les esprits ! Au discernement d’un Keblouti du terroir, on a préféré importer l’imam el-Gahazali ! Résultat, le salafisme s’est tout naturellement propagé jusqu’aux cimes de Kabylie !

Quant à l’inadéquation de l’alphabet arabe pour prendre en charge l’éventail beaucoup plus large de la phonologie berbère, vous avez 7 ans de retard docteur, car sur lematindz, nos débats sur la question remontent à l’année 2010 (**) ! Faut peut-être apprendre à être à l’écoute du petit peuple, spectateur impuissant de son propre destin, mais qui, parfois en avance, quelquefois en retard, n’en pense pas moins !

Kacem Madani

(*) Criminaliser le blasphème, est-ce bien raisonnable et moderne Me Aït Larbi ?

(**) Notre langue qui dérange tant…

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Commentaires (17) | Réagir ?

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Toufik KLOUL

Espérons que cette langue devienne un jour un butin...

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Amnay Djennadi

Said Sadi est d'un cynisme stupéfiant. quand on s'érige en donneur de leçon, il faut d'abord s'assurer d'être soi-même irréprochable. Ce qui est loin d'être le cas, surtout quand on sait qu'il a trahi les victimes du terrorisme islamiste en s’alliant pour des considération bassement politiciennes aux terroriste islamistes

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