Ali Mecili : pour un novembre de la métamorphose démocratique !

Ali Mecili.
Ali Mecili.

Nous publions la déclaration commémorative du 30 éme anniversaire de l'assassinat de Ali Mecili que nous ont fait parvenir des militants associatifs, journalistes et acteurs politiques.

La nuit gémit sous le clair de lune

Les étoiles pleurent

La lune porte la blessure

Des rêves trahis

Les souvenirs fuient et se cachent

Pour mourir lentement

Seulement

L'aube refuse de renier

Sa promesse à l'horizon

Décidément

L'espoir s'éloigne de plus en plus

Cependant

Il est loin d'avoir dit

Son dernier mot...

Le temps est porteur de vérités qu'aucune corruption ne peut altérer. On peut imposer le silence aux faits historiques. Mais, on ne peut pas acheter l'histoire. On ne peut pas la rendre complice des crimes politiques, des crimes contre le politique, des crimes contre l'humain en chacun de nous, des crimes contre le rêve, l'être et la citoyenneté que représentait le combat du "porte-parole" politique d'une algérianité de liberté au sen Amazigh du terme. Une algérianité profondément engagée dans la construction citoyenne de la Cité nord-africaine, de la Cité méditerranéenne, de la Cité humaine.

Il y a 30 ans, les criminels de la clanocratie croyaient avoir tué l'espoir algérien en assassinant l'un des meilleurs enfants de l'Algérie : Maître Ali Mécili.

Ils croyaient en avoir fini avec le combat du peuple algérien pour son droit d'avoir des droits. Surtout, ils croyaient compter sur la connivence des raisons d'Etat de l'ancienne puissance coloniale et d'un régime incarnant la triste condition historique du colonisé pour assassiner un démocrate qui vouait un amour désintéressé à l'Algérie, assassiner, par la suite, sa mémoire et l'enterrer dans un non-lieu de mémoire extrêmement dangereux.

Dangereux parce qu'il maintient le primat de l'impunité sur la vérité et la justice, indispensables pour faire la lumière sur tous les crimes commis contre l'histoire et ses faiseurs, le présent et ceux qui lui apportent le meilleur de leur humanité, l'avenir et ceux qui le bâtissent en remettant l'humain au cœur de citoyenneté et la citoyenneté au cœur de la construction de "la terre-patrie".

Dangereux, enfin, parce qu'il met les mémoires sur le volcan du non-dit, les consciences rationnelles sur celui de l'impensé et de l'impensable, les consciences affectives sur celui du silence des blessures profondes.

A s'entêter à aller contre le sens de l'histoire, à empêcher toute initiative de démasquer les assassins de l'espoir démocratique et ceux qui le portent, ces volcans risquent un jour de jeter à la face d'un monde soumis à une globalisation ultralibérale et déshumanisante, la lave d'une colère incontrôlable. Une colère qui risque de tout emporter sur son chemin.

Pour l’élection d’une assemblée nationale constituante

Cher Ali,

Il y a 30 ans, le 22 mars 1987, quelques jours seulement avant qu'un proxénète engagé par la Sécurité Militaire algérienne n’exécute ton inqualifiable assassinat sur le sol français, tu offrais à l'Algérie d'une des plus belles perspectives de la démocratisation de son système politique en ces mots-lumière :

"... nous disons qu’il n’y a pas d’autre alternative que l’alternative démocratique, que seule l’action conjuguée des mouvements politiques et des masses algériennes pourra pousser les pouvoirs en place soit à se transformer, et ce serait la meilleure des solutions bien que nous n’y croyions guère, soit à laisser la place finalement à la parole populaire, à la possibilité pour le peuple algérien d’élire librement ses représentants à une assemblée nationale constituante qui elle seule à le droit, qui elle seule pourra définir en toute liberté et dans le pluralisme politique retrouvé, les voies et moyens d’édifier dans notre pays une authentique démocratie décentralisatrice."

Faire des mouvements politiques des instruments de mobilisation des richesses populaires, rendre au peuple l'espace et la parole publics, laisser la parole populaire agir pour offrir à l'Algérie les moyens de se doter d'un système politique légitime par l'élection d'une ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE, ce combat était le tien, celui de Dda L'Hocine Aït-Ahmed, celui de toutes les Algériennes et de tous les Algériens qui n'ont jamais renoncé à l'objectif de réaliser le rêve de la République Algérienne Démocratique et Sociale.

Aujourd'hui, ce combat est le nôtre !

Un système qui "se nourrit de la chair de ses enfants" !

Cher Ali,

Le système du pouvoir algérien a poussé l'ignominie jusqu'à offrir aux Algériennes et aux Algériens le spectacle cannibalesque d'un président malade dont il se nourrit devant les caméras et les flashs des croques-morts-vivants de "la maison".

La vie publique du pays est suspendue à la perfusion d'un hologramme présidentiel réduisant toute la symbolique de sa fonction et de l'institution dont il est sensé être le chef à son dossier médical. Un dossier tenu au secret des raisons sécuritaires d'Etat.

Ainsi, la souveraineté nationale ne cesse d'être bradée sur le double plan, politique et diplomatique.

Concernant la souveraineté économique, elle est livrée à l'appétit vorace des supplétifs d'un néocolonialisme se nourrissant d'une géopolitique de conflit et travaillant pour réaliser ses objectifs de soumettre les pays libérés au pris le plus fort du joug colonial aux caprices de ce que le sociologue suisse Jean Ziegler qualifie de "dictature du capital financier".

En ce sens, la clanocratie a récemment envoyé un très mauvais signal en nommant un repris de justice, condamné en 2007 pour "divulgation d’informations classées secret-défense" à la tête de la Sonatrach. Par ce procédé, les tenants du régime clanique en Algérie ont, une fois de plus, montré leur volonté à ne céder aucun espace à toute représentation politique dans le processus de décision qui concerne le présent et l'avenir de l'Algérie.

Mobiliser l’oubli pour tuer la citoyenneté !

Connectée aux réseaux mafieux de la finance internationale, la clanocratie du crime et de l'argent sale met en danger la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale du pays. Elle multiplie les diversions politico-médiatiques pour éviter tout débat sur la question de l'illégitimité du système qu'elle a mis en place sans le peuple et contre la patrie.

Cher Ali,

Comme à son habitude, le système ne lésine sur aucune supercherie pour innover dans l'ignominie. Hier, comme te le disait notre Président Hocine Aït-Ahmed dans l'hommage qu'il t'a rendu en 2006, il avait légalisé l'aliénation des mémoires via une loi faite contre la réconciliation du pays avec son histoire récente, la vérité et la justice sur la guerre contre les civils qu'il a menée durant les années 1990.

"Le système innove en légalisant ce qu’il a toujours fait et ce qui lui a permis de durer : il décrète et légifère l’oubli et l’impunité. Il légifère le refus de ce qui constitue précisément l’histoire d’un peuple : la mémoire." te confiait Dda L'Hocine.

Aujourd'dui, il mobilise l'oubli pour en faire un écran de fumée attentatoire aux rapports mémoriels de notre peuple avec tout ce qui a participé à la construction de son identité.

Sur cet oubli, il projette une représentation caricaturale du patriotisme. Cette représentation lui permet de vider les dates de l'histoire de leurs substances mémorielles et les lieux de mémoire de leurs récits historiques.

Du souvenir de la Révolution, il prend sa force transformatrice pour en faire un outil de corruption des esprits et des âmes, un instrument à pervertir tous les mécanismes traditionnels de solidarité au sein de la société et tous les instruments autonomes politiques ou sociaux du combat démocratique.

Le système ne veut pas que le peuple fasse le deuil de ses enfants emportés par les fleuves de sang que ses dignitaires ont fait coulé en Algérie.

Aux porteurs de vérités, il voue une haine aussi aveugle que celle que vouait la France coloniale aux "porteurs de valises".

En clair, ce système ne veut pas qu'émerge une conscience citoyenne capable d'abattre des clôtures claniques érigées pour maintenir la réalité de l'exercice du pouvoir dans l'espace militaire clos et le champ politique prisonnier du charlatanisme dans le territoire hérité de l'ancien parti unique.

La distribution de la rente pétrolière quant à elle continue à faire le bonheur malsain des réseaux mafieux élargis aux tenants des fortunes mal acquise durant les années de guerre contre le peuple algérien.

Le piège d’une "partitocratie" de façade

Cher Ali,

Afin de ravager jusqu'aux derniers espaces de la légitimité militante et de la souveraineté partisane qu'elle a permis d'acquérir, le système s'est attaqué aux instruments populaires de lutte pour la réhabilitation du politique en Algérie.

Des partis nés pour mener le combat historique, le tien, celui de Dda L'Hocine et de tous nos illustres aînés, d'instaurer un Etat de Droit dans une Algérie libre sont aujourd'hui réduits à des appareils soumis à "la tyrannie de la famille" et des "clubs d'amitié" substituant le clientélisme à la militance. Une tyrannie faite pour produire une "partitocratie" de façade en dressant ces mêmes partis contre leur militants de base. En conséquence, ces partis sont transformés en des unités de recyclage de la déception populaire en une dépolitisation massive de la société.

Depuis l'adoption de la dernière mouture d'une constitution clanique faite contre tout ce qui constitue l'Algérie du peuple, la clanocratie tente de piéger les consciences vaillantes du pays en réduisant le combat politique à une représentation aussi caricaturale qu'humiliante.

Cette représentation fait, actuellement, la part belle au faux débat sur la participation où le boycott de la mascarade électorale des "législatives", organisée par un régime illégitime. Une mascarade dont le climat sert aux décideurs autoproclamés de gagner du temps pour décider en conclave clanocratique du visage à donner à "l'après-Bouteflika".

En attendant, le piège de "l'opposition parlementaire" est doublement dangereux : d'un côté, il substitue le carriérisme parlementaire à la nécessité d'ouvrir des espaces du libre débat et de l’initiative politique au sein de la société. De l'autre, il permet de diluer le passif lourd de certaines organisations et de certains acteurs politiques dans une opposition organique faite pour empêcher la traduction politique des manifestations sociales, associatives, estudiantines et celles de tous les citoyens en des mouvements populaires et pacifiques, capables de rendre irréversible le processus de construction de l’alternative démocratique en Algérie.

A la démocratie ses militants et à la mangeoire les siens !

Cher Ali,

L'espoir que Dda L'Hocine est toi avez semé en nous, nous a permis de comprendre l'importance d’œuvrer pour l'avènement d'un Novembre de la métamorphose démocratique.

Novembre de la Révolution ayant rempli sa mission dans l'histoire, il ne s'agit nullement d'en faire un acte II actualisé.

Une telle conception est historiquement une ineptie, humainement inacceptable, moralement intolérable et politiquement une aventure suicidaire.

Novembre de la métamorphose démocratique est, au sens que donne le penseur français Edgar Morin à la métamorphose, celui qui garde de la révolution "la radicalité transformatrice" en la liant "à la conservation (de la vie, de l’héritage des cultures)."

Nous, enfants de ton combat, de celui de Dda L'Hocine et de celui de tous les démocrates impénitents, refusons de céder ton assassinat au non-lieu imposé à nos mémoires et à nos consciences par les raisons sécuritaires d'Etat d'une France incapable d'assumer son passé colonial et d'un système algérien inapte à tout changement démocratique.

Nous refusons de marchander notre souveraineté que vous nous avez appris à construire pour des strapontins au sein de la mangeoire institutionnalisée.

Nous rejetons toute vente concomitante visant à réduire au silence le combat hautement courageux que mènent ta famille, tes amis, tes camarades fraternels de combat, toutes celles et tous ceux à qui tu as appris à porter le rêve algérien et à être à la hauteur de se battre pour le réaliser.

Nous revendiquons la levée du non-lieu sur l'affaire de ton assassinat.

Nous revendiquons que vérité soit établie et justice soit rendue à toutes les victimes de la clanocratie du crime et de l'argent sale.

Nous revendiquons que toute la lumière soit faite sur les massacres des années 1990, les tueries de la Kabylie en 2001, celles du M'zab et toutes celles qui ont endeuillé l'ensemble des régions du pays.

Nous revendiquons la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus d'opinion, de tous les prisonniers innocents, qu'ils soient des acteurs politiques, des militants des Droits de la personne humaine, des journalistes, des blogueurs, des syndicalistes, des militants associatifs ou de simples citoyens.

A tous ces détenus du patriotisme démocratique, à tous les algériens persécutés pour leur amour inconditionnel à l'Algérie du peuple, nous témoignons notre soutien indéfectible.

Comme à chaque année, nous ne manquerons pas d'honorer la mémoire de Dda Ali au trentenaire de son assassinat.

Dda L'Hocine ayant rejoint Dda Ali au panthéon de l'histoire de l'Algérie, de l'Afrique du Nord, de la méditerranée et de l'humanité, les dates commémoratives de leurs disparition constituent pour nous des rendez-vous avec l'histoire, des rendez-vous pour nous recueillir sur leurs tombes, des rendez-vous pour nous ressourcer aux sources des fondamentaux du combat démocratique, des rendez-vous réapprendre à nous renouveler sur le chemin de l'ascèse politique et de la camaraderie militante, des rendez-vous pour nous rappeler l'importance de servir humblement notre peuple et, à travers lui, l'humanité entière.

Par ailleurs, le 4 mai prochain, jour de la tenue de la mascarade des "législatives", nous n'irons pas mettre notre bulletin aux urnes de la mangeoire.

Notre choix, nos valeurs, notre fidélité à ton combat et à celui de Dda L'Hocine, nous les manifesterons en vous apportons les fleurs de notre reconnaissance.

Nous appelons tous les démocrates impénitents à rejeter "dans le fond et dans la forme" la mascarade des législatives.

Aussi, nous les invitons à se recueillir, le 4 mai prochain, sur la tombe de Dda l'Hocine, pour ceux qui sont en Algérie, et sur celle Dda Ali Mécili pour ceux qui sont en France.

A la démocratie ses militants et à la mangeoire les siens !

Les signataires : Ali Aït-Djoudi, Said Boukhari, Dr Adib Fayçal, Mohamed Said Ould Oulhadj, Essaid Aknine, Kader Zerrou, Malek Aït Ouakli dit Slimane, Nacer Tabèche dit Rabah, Boukhalfa Ben Mamar, Djebar Tabèche, Sofiane Moali, Nora Chili, Idir Aouacif, Idir Tazerout, Tahar Si Serir, Hakim Taibi, Mohamed Djezar, Arezki Mamart, Salem Azzouk, Walid Bouray, Hacène Loucif.

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